Critiques

Un éditeur et ses auteurs : les Éditions Arfuyen, avec NOVALIS, Marie-Claire BANCQUART, Cécile A. HOLDBAN.

 

 

Les Éditions ARFUYEN

 

Coup d'oeil sur deux collections des éditions Arfuyen : la collection Ainsi parlait et Les Cahiers d'Arfuyen. Dans la première vient de paraître un volume consacré à Novalis, dans la seconde, deux recueils de poèmes, l'un  dû à Marie-Claire Bancquart, l'autre à Cécile A Holdban…

 

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Marc DUGARDIN, Lettre en abyme

 

 

Des livres consacrés à la mère, il en est de remarquables : ceux de Jules Renard, d’Hervé-Bazin, d’Annie Ernaux. Nous pouvons en ajouter désormais un autre, celui que Marc Dugardin adresse à la sienne, et au-delà à toutes les mères.

Albertine BENEDETTO, Le Présent des bêtes.

 

 

Albertine Benedetto signe son 9ème recueil, Le Présent des bêtes aux Editions Al Manar accompagné des dessins d’Henri Baviera.

Si cet opus comporte trois parties (la dernière ayant donné son nom à l’ensemble) nous faisant passer de l’humain, aux paysages et aux bêtes, Albertine nous conduit de bout en bout de la vie, à la vie, à la vie.

Marie-Noëlle AGNIAU, Mortels habitants de la terre

 

J'aime les quatrièmes de couverture qui disent tout sans rien en dévoiler. Qui ne font qu'attraper le lecteur par le mystère. "Assumer par le poème la disparition de l'écriture cursive et la mise en écran du monde, il le faut au moment où meurt la mère qui vous a enfantés : ne pas revenir est la règle du vaisseau." Tout un programme alléchant pour qui aime les mots, avec ce nouvel ouvrage publié par les éditions l’Arbre à paroles, avec en couverture une illustration mystérieuse de Benjamin Monti.

Isabelle BONAT-LUCIANI, Quand bien même

 

 

 

"J'ai beau regarder
partout l'éternité
me dépasse."

 

 

Roger Dextre, Des écarts de langage

 

 

Cinq parties composent ce recueil : suites de poèmes et longs poèmes en plusieurs parties ; mais cela n'a sans doute guère d'importance…

Emilien CHESNOT, Il est un air

 

 

Après Faiblesse d’un seul publié en 2015 aux éditions Centrifuges, Emilien Chesnot (né en 1991) vient placer son jeune âge comme un nouveau regard sur ce que devrait être la poésie : une recherche d’une autre façon de voir, avec le regard de la jeunesse “Chaque oeil au singulier d’un monde / ouvert”.

 

“les yeux / ce qui dépasse le plus / du corps / avec et plus loin / qu’un simple arriéré / de perception”.

 

Hélène DORION, Tant de fleuves

 

 

Le dernier recueil d'Hélène Dorion occupe seize pages de quatrains, à l'exception de deux tercets, en vers libres sur le papier aux bords dévorés des éditions du Petit Flou. Toutes ces strophes ou presque expriment, au moyen de la répétition du groupe verbal " on voudrait ", un désir violent qui, dans sa litanie, prendra finalement un sens encyclopédique.

Etienne ORSINI, Répondre aux oiseaux

 

 

Sur des dessins de Pierre Lancelin (10 vignettes en noir et blanc, aux traits mouvementés et brouillés), le poète, né en 1968, auteur de six autres livres de poésie, décline en brèves pulsations une solitude majeure.

L’avenir, bouché, « une année morte », « cette soif d’étoiles », oui, bien mélancolique, sont quelques fragments d’une vision où le poète « presse/ Le ciel de rester » avec lui.

Les « jours révolus », une nostalgie cuisante parsèment ces poèmes courts :

 

Eliane VERNAY, En noir et blanc

 

 

Eliane Vernay nous parle d'un deuil, quand la peau devient marbre avec un visage au regard infini.

Pourtant le flambeau de la parole est encore vivace, les mots dansent toujours, même si c'est sans musique, les ailes peuplent le ciel. Mais le vide est là, plus puissant que le silence, absence qui bat jusqu'à l'os.

Des larmes de pierre, plus lourdes que toutes les montagnes, tombent et creusent le présent dans un puits sans fond.

Claude BER, Il y a des choses que non

par : M.H Prouteau

 

 

Ce recueil, c’est d’abord un titre : « Il y a des choses que non ». Déconcertant, heurté. Comme si la claudication de la phrase venait dire la claudication de ces temps où il est minuit dans le siècle. C’est Louise qui parle, la grand-mère de Claude Ber, paysanne, engagée dans la Résistance FFI et rebelle à tout ce qui humilie. Ce legs qui remonte à l’enfance de l’écrivain dessine une certaine façon d’être au monde, exacerbée aujourd’hui, les raisons de dire non à l’inacceptable s’étant démultipliées.  

Christophe MANON, Au nord du futur

 

Au nord du futur, deuxième livre de Christophe Manon publié aux éditions Nous, est un livre qui, intensément, lie.

Au nord du futur lie trois formes distinctes, réparties en trois chapitres qui explorent le vers, chacun à leur manière, mais avec des effets d’écho profonds. Les trois chapitres se regardent et se répondent, comme un triptyque. Le premier, qui donne son titre au livre, emploie d’étonnantes césures et justifie ce choix :

 

Fil de lecture autour de Michel DEGUY, Patricia COTTRON-DAUBIGNE, Serge PEY, Mathias LAIR, et David DUMORTIER

 

 

Michel DEGUY, Prose du suaire.

 

Prose du suaire de Michel Deguy est un livre qui va vite à lire même s'il incite l'amateur de poésie à prendre son temps… Qu'on en juge : quatre pages (dont la quatrième de couverture) en français, seulement, dont un poème de Deguy ensuite traduit en 19 langues ! Un poème écrit à l'occasion de la disparition d'Abdelwahab Meddeb. Si l'on ne présente plus Michel Deguy, quelques mots sont nécessaires quant à Meddeb (1946-2014).

Paolo UNIVERSO, Dans un lieu commun j’ai fini par te trouver, poésie

 

La présentation juxtalinéaire des poèmes en italien et français de l’auteur, né en 1934, décédé en 2002, offre au lecteur la possibilité d’entrevoir l’ « univers » d’un poète rebelle, réticent à l’édition, bien dans l’esprit de l’irrédentiste Trieste.

L’irrévérence, l’insolence, la liberté génèrent des poèmes à contre-courant du sens commun. Certains y verront même une quête blasphématoire en certains endroits, dès le premier poème :

Marie-Claire BANCQUART, Qui vient de loin

 

Ce dernier recueil de Marie-Claire Bancquart est celui du temps qui passe, qui est passé, du temps de la maladie et de la mort qui se rapproche.

Pourtant sa voix reste transparente, limpide, même si des objets sont fichés au-dessus de l'inutile, dans une sorte de terrible beauté. Elle pose cette perpétuelle question de qui sommes-nous, et cette question se traduit par la poésie qui chante encore, malgré les mots qui tombent parfois en désordre, à la recherche du silence.

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