Critiques

Adonis, Chroniques des branches

Ce très beau recueil de poèmes d’Adonis commence par une préface enthousiaste signée Jacques Lacarrière, moment de lecture émouvant que la découverte d’un texte inconnu de l’écrivain décédé en 2005. Ce dernier évoque le « frisson nouveau » ressenti la première fois qu’il a lu des poèmes d’Adonis. Frissons, selon lui, comparables à ceux que put vivre Hugo à la découverte de la poésie de Rimbaud. On imagine le choc. Et il est vrai que lire Adonis, c’est franchir un seuil. Passer d’un instant à un autre instant du vrai.

Patrick Amstutz, Déprendre soi

par : Fabien Desur

Et le galop de ton cheval
plus fort que la forêt de branches
martèle d’amour
le sommeil de nos vies

Une poésie qui parle d’amour et d’Amour, de fraternité et de sororité, une poésie qui en appelle aux liens qui unissent les hommes à l’Homme, d’où qu’ils soient, au travers de tous les mythes entremêlés. Fluide et simple, une poésie forte détachée de toute forme de scorie. Amstutz va droit à l’essentiel, ce sans quoi il est rarement de poésie.

Hélène N’Diémé

Jean Métellus

Jean Métellus est de ces auteurs-aiguillons qui aident à ne pas avoir trop bonne conscience, ici, de ce côté du Monde. Nous, Occidentaux. Nous, berceau de l’esprit occidental. Nous Lumières mais pas seulement.

Inventeur du four crématoire et des gaz défoliants des bombes atomiques
et des mines antipersonnelles
Tout en proclamant précieuse la vie et sacré l’homme

Vers l'Autre

Un recueil au style roman, celui de Florentin Benoit d'Entrevaux, Vers l'Autre. Ce qui émeut d'entrée, c'est la simplicité nue, la pauvreté pourrait-on dire. Dans une époque à la logorrhée maladive, la parole du poète est vêtement de pauvreté consentie. Les mots de peu contiennent les traces de la source première. Poésie empreinte d'humidité, signe d'une eau ancienne que la langue recèle ainsi qu'on protège un trésor, comme son intelligibilité initiale. D'ailleurs, le mouvement même du recueil forme retour vers la source.

Jean-Pierre Boulic

Il y a, en Finistère, dans l'église de la commune de Tréflévénez, une fresque. Cette fresque du Chemin de Croix est l'oeuvre du peintre roumain Valentin Scarlatescu.

Jean-Luc Wauthier

Quel beau titre choisi par Jean-Luc Wauthier pour rassembler ses poèmes récents. Le silence initial préside à la poésie et c'est ce manteau là que le poète propose de poser sur les épaules d'un monde où le bruit, le froid et la solitude règnent en lieu et place de la liberté.
Le tissu de ce manteau est d'une bure chatoyante, tramé d'un fil interrogeant l'essentiel : la vie, le mystère de l'autre à l'intérieur de soi, le poème.

Voyages post soviétiques

Rencontre un survivant
Rien à dire c’était bien
C’était sa jeunesse
Il a survécu

                   Henri Deluy

 

Nuno Jùdice, éditions Potentille

Les amateurs de poésie, de celle qui s’écrit maintenant, seront heureux de retrouver Jùdice, grâce aux éditions Potentille et à la traduction associée de Lucie Bibal et de Yves Humann, traduction réalisée en collaboration avec le poète. Ce qui devrait être une règle en ce domaine.

Le bleu de Max Alhau

Aujourd'hui, face aux signes de bouleversements de civilisation, pour ne pas dire de déconstruction de l'être occidentalisé, la langue de Max Alhau en son dernier recueil Du bleu dans la mémoire peut nous venir en aide. Il n'est qu'à lire les évènements du monde avec en palimpseste ce livre de poèmes pour apprécier ce qui se joue à tous les niveaux de la parole humaine. Une course à l'abîme, d'un côté. De l'autre le souci de préparer d'ores et déjà un relèvement.

L’Amant du Vide

Le recueil s’ouvre sur une préface dense signée Olivier Germain-Thomas, duquel on a longtemps admiré la voix et les dialogues de son émission For Intérieur, malheureusement arrêtée sur France Culture. Le rendez-vous était de haut vol, il manque à nos oreilles et à nos âmes. L’homme poète et voyageur Germain-Thomas est un fin connaisseur des poésies profondes. Comme des liens qui unissent de façon souvent voilée l’Orient et l’Occident. On les croit éloignés et il suffit pourtant d’une déambulation pour que ce qui paraît épars s’unisse.

Luc Dietrich

Luc Dietrich est, à n’en pas douter, un écrivain méconnu. De ces écrivains qui, à l’instar de Daumal ou Gilbert-Lecomte, croisent d’autres parcours d’écrivains, renaissant ainsi régulièrement avant de rencontrer un « public ». L’homme est né en 1913 et est mort en 1944, durant les bombardements américains de Normandie, une mort racontée de manière poignante par son biographie Frédéric Richaud.

Helga M. Novak

Par son introduction, Jean-François Nominé nous permet d’approcher à la fois l’écriture et la vie d’Helga M. NOVAK. Il y fait le parallèle entre la « langue percutante » et les « ruptures existentielles », nombreuses, qu’Helga M. NOVAK a endurées : orpheline, elle a connu la naissance d’une dictature, la guerre, des exils douloureux…

Fatalement, l’animosité grandit :

 

Engeances

par : Anonyme

Beau travail, moderne, que celui des éditions La Passe du vent, situées à Lyon, travaillant en lien avec un beau lieu de poésie, l’Espace Pandora. Le physique du livre, sa modernité et la poésie de Frédérick Houdaer sont en phase, voilà ce qui frappe de prime abord. Une poésie très contemporaine dans des pages très contemporaines. Belle réussite. Les mots et les poèmes semblent simples, anodins, quotidiens. Une apparence. On cherche des référents, d’abord on n’en trouve pas, puis le visage de Bukowski s’impose.

Jean Maison, "Araire"

Avec Araire, Jean Maison nous offre l'une de ses plus belles et de ses plus importantes paroles poétiques. Parole poursuivant l'exploration en même temps que la fondation d'une demeure dont les deux précédents recueils, Consolamentum et Terrasses stoïques, furent publiés chez feux les éditions Farrago/Léo Scheer. L'excellent Rougerie, éditeur d'une pléiade d'éminents poètes contemporains doit être ici remercié pour son travail aux marges d'un monde littéraire tenu par les exigences d'une rentabilité terrorisante.

Les enfants de la foudre

par : Antoine Beck

À la lisière du dehors et du dedans
le lieu est la marche sans but

                     [Mirabilia]

 

Jean-Pierre Lemaire en son premier recueil

Jean-Pierre Lemaire est l’auteur d’une œuvre poétique forte, pour l’essentiel éditée chez Gallimard et au Cheyne. Ce livre est la réédition du premier recueil du poète, paru aux éditions La Dogana en 1981. Il n’était plus disponible depuis longtemps. L’éditeur, Florian Rodari, dirigeait à l’époque une fort belle revue, La Revue de Belles Lettres, et avait fait paraître une partie des premiers poèmes de Lemaire.

Jacques Bertin, Les Traces des combats

Auteur-Compositeur-Interprète, Jacques Bertin s’est toujours tenu en marge des milieux officiels, depuis ses débuts en 1966. Bertin écrit des poèmes. Certains sont faits pour être mis en musique ; d’autres, non. Il est l’un de nos plus grands poètes lyriques ; le chef de file des auteurs de sa génération, qui s’étaient fixés pour but de développer le je créateur sans gommer l’homme dans l’artiste. Nous lui devons une bonne vingtaine d’albums, de nombreux poèmes et une quantité non négligeable de chefs-d’œuvre.

L’Année des fleurs de sophora

par : Anonyme

Sur la page de gauche, les caractères chinois. Un autre monde. Un autre univers. Sur celle de droite, la traduction signée Emmanuelle Péchenart. Comment passe-t-on de l’un à l’autre univers ? Une gageure. Pour le lecteur s’entend. Meng Ming est né en 1955, en Chine, mais il vit en France depuis 1989. La date parle d’elle-même. Le poète a été publié dans la revue dissidente Jintian. À l’époque, le printemps paraissait vouloir renaître en Chine. C’était avant la répression, et son acceptation pour cause de partenariat économique.

Rubén Dario, Azul

Philippe Ollé-Laprune donne une belle préface à ce volume. Elle commence ainsi : « Rubén Darío est revenu au Nicaragua, sa terre natale, pour y mourir. Celui qui a parcouru le monde, révolutionné l’écriture en espagnol et fait figure d’idole pour la jeunesse de l’Amérique Latine se sait condamné par la maladie ; les excès, liés à la vie agitée qu’il a mené, le condamnent. Il n’atteindra pas les cinquante ans.

Marina Tsvétaïéva, Insomnie

Insomnie et autres poèmes vient comme un complément nécessaire du précédent volume de Marina Tsvétaïéva paru chez le même éditeur et dans la même collection, Le ciel brûle suivi de Tentative de jalousie. Et, en effet, c’est de cette poésie dont il s’agit, une poésie apparaissant au monde comme le Dit du ciel qui brûle. Du reste, la poétesse avait 20 ans aux alentours de la révolution bolchevique, elle aimait lire Biély ou Blok, était l’amie de Volochine, l’amante de Sophie Parnok. Elle était mariée aussi.

Sur la terre comme en enfer

Nichts weiβt du, mein Bruder, von der Nacht,
nichts von dieser Qual […]

Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit,
rien de ce tourment […]

 

Après Mes Prix Littéraires, excellent recueil d’articles édité par Gallimard en 2010, voici Sur la terre comme en enfer, un magnifique recueil de poésie.

Aller simple

par : Malika Hadji

On pense à Saint François d’Assise en lisant ce livre d’Erri de Luca. Parce que l’on connaît cette part poétique de sa vie, celle de la lecture et de la traduction des Écritures, au petit matin, avant de partir sur les chantiers. De Luca, romancier, poète, ouvrier, lecteur du texte biblique en Hébreu. Avant de trimer, se ressourcer. Pour survivre. Puis écrire de la poésie ou des romans, le soir venu. Pour se « détendre », s’éloigner de la dureté du monde concret du travail exploité.

La mort c'est nous...

Les publications de Catherine Mafaraud-Leray et de Michel Merlen sont rares. Ils n’ont jamais cherché à se montrer et encore moins à « faire carrière ». Mais est-ce bien cela la poésie : faire carrière ? Michel Merlen répond : vous ne parviendrez pas à assassiner le désir – législateurs anonymes de l’obèse et de la vacuité. Discrets, ils le sont, même à l’heure d’Internet. Merlen se fît remarquer dans la revue Poésie 1 n°19, en 1971.

Ulysse brûlé par le soleil

par : Phil McBeath

Et soudain il m’a semblé,
Emporté par une telle frénésie
De terreur et de désir,
Que mon cœur éclatait en musique
Et que mon corps prenait feu.

                                      [ Soirée ]

 

Pages