Critiques

Les poètes polonais du Scamandre

« Les Scamandrites : sous ce nom fort peu connu des Français est désigné un groupe de poètes polonais de l’entre-deux-guerres. Et plus précisément cinq d’entre eux, les Cinq Grands, à savoir : Julian Tuwim, Kazimerz Wierzyński, Jaroslaw Iwaszkiewicz, Antoni Slonimski, Jan Lechoń.

J-M Sourdillon, Dix secondes tigre

Avec Dix secondes tigre de Jean-Marc Sourdillon, les éditions de L’Arrière-Pays donnent à lire un texte d’une grande originalité, propre à nous interroger sur l’acte poétique, et qui interpelle dès le titre, dès le tigre : le titre déjà bondit sur le lecteur, l’arrache à la somnolence de ses certitudes littéraires.

Peter Huchel, La tristesse est inhabitable

La nature est omniprésente dans ce recueil. Elle l’a été dès la petite enfance de Peter Huchel et les souvenirs sont nombreux, dans ses textes, notamment ceux de la ferme où il a vécu avec sa mère malade.

 

Ouvre la porte
  de l’étable se mêle
À l’odeur lactée des étoiles

(extrait du poème intitulé Ferme Thomasset)

Bernard Jakobiak, Le fardeau des orages

par : Fabien Desur

Avec ce Fardeau des orages, Bernard Jakobiak donne les poèmes d’une renaissance spirituelle. Sur fond d’individuation par un retour au sacré intérieur. Le poète s’engage dans des couloirs, ses propres couloirs, et nous entraîne à sa suite. Il y a six couloirs ou étages qui mènent vers plus de lucidité dans le réel, vers une septième et potentielle étape. Celle de la vie dans l’instant de l’unité.
À l’entrée :

Marc Baron, Ma page blanche mon amour

Le beau livre de poèmes de Marc Baron est la résolution d'un paradoxe. 53 poèmes, composés sur une année, chacun commençant par ces mots : "Ma page blanche". Il y a une dimension a priori paradoxale à creuser la légendaire angoisse de la page blanche en s'adressant directement à elle. Mais peut-être, plutôt que de parler de paradoxe, serait-il plus approprié de le considérer comme une mise en abîme.

Bernard Grasset, Au temps du mystère...

Je connais le poète Bernard Grasset depuis des années. Je ne connais pas l'homme. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je connais ses livres et ses poèmes, ayant identifié la lueur qui y brille dès la première fois que j'eus la chance de croiser sa voix dans une anthologie collective. Un nom dès lors retenu précieusement dans ma mémoire. Pour "plus tard". Ce "plus tard" est maintenant advenu, avec le projet de Recours au Poème et c'est alors tout naturellement que je me suis tourné vers le poète pour le convier à notre magazine.

Cœurs ébouillantés

Ce sont dix-sept voix féminines lituaniennes que Diana Sakalauskaitė et Nicole Barrière nous invitent à découvrir. Certaines sont des poètes connues dans leur pays – elles ont édité un grand nombre de recueils, ont gagné plusieurs prix : c’est le cas d’Aldona Elena Puišytė, Ramutė Skučaitė sur lesquelles s’ouvre l’ouvrage. (Notons que les recueils de l’une ou de l’autre sont traduits dans plusieurs langues : anglais, allemand, suédois, russe, italien, portugais et même japonais, mais rarement en français).

Thomas Hardy, Poèmes du Wessex

par : Antoine Beck

Il ne faut pas trop se mentir : on connaît surtout Thomas Hardy le romancier. L’auteur de Jude l’Obscur. Frédéric-Jacques Temple nous offre ici l’opportunité d’appréhender un Thomas Hardy tout aussi important : le poète. Il y a bien de la complexité en cela. Hardy a d’abord publié des romans, atteint une notoriété internationale extraordinaire puis… il a publié Jude l’Obscur, choqué Londres et son épouse. Son épouse surtout. Puis il a renoncé à l’écriture romanesque.

Pascal Commère, Tashuur

Ce qui vaut écriture, la marche des troupeaux

 

Le nouveau livre de poèmes de Pascal Commère, qui est en fait « un seul poème, avec quelque chose d'une narration », fait suite à un séjour en Mongolie pendant l'année 2005. Il emprunte son titre, Tashuur, au monde de la steppe mongole. En effet, Tashuur « désigne le petit fouet dont les cavaliers mongols, lanière passée autour du poignet, ne se séparent jamais ».

Garcia Lorca, La désillusion du monde

par : Alain Gopnic

Je ne conçois de poésie que lyrique

                                         Federico García Lorca

 

J.L Maxence, Soleils au poing

Les éditions du Castor Astral, dont le catalogue de poésie est un des plus beaux de notre époque, ont eu l’excellente idée de faire paraître une anthologie des poèmes de Jean-Luc Maxence. Anthologie concoctée par les soins du poète, parmi des poèmes parus depuis les années 70 chez divers éditeurs, dont SGDP, Chambelland ou Le Nouvel Athanor, ou dans des anthologies collectives, des revues. Il s’agit ici de réunir ce qui est épars, de travailler aussi, à l’évidence, à retirer ce qui, aux yeux du poète, apparaît peut-être comme étant des scories.

Dominique Sorrente, Pays sous les continents

 

Un homme parle,
Une science inconnue sur ses lèvres

                                                 Dominique Sorrente

 

 

Marc Alyn, La Combustion de l'Ange

À l’issue d’une représentation, Michel Deutsch disait du théâtre qu’il rend possible un surplus de vie. Bernard Noël, dans sa préface à La Combustion de l’Ange, explique que le vers tire « de la langue un supplément expressif ». Ceux de Marc Alyn ont ce pouvoir-là. Bernard Noël cite quelques vers écrits en 1962 :

 

         Toujours la bête en l’homme pèse et choisit le gouffre
         
et le gouffre respire, humain, sous le frisson.

 

Rafaël Alberti, Marin à terre

Avec ce volume composé de trois recueils, Marin à terre, L’Amante et L’aube de la giroflée, la collection de poche « Poésie » des éditions Gallimard donne à lire le premier cycle poétique de Rafael Alberti, écrit et conçu ainsi entre 1924 et 1927. Il s’agit d’une poésie faite d’empathie avec l’Espagne du littoral et la vie de la mer, les flots autant que les hommes.

Marin à terre 1

La mer. La mer.
La mer. Rien que la mer !

Lobo Antunes, La nébuleuse de l'insomnie

C’est le livre du souffle. Il doit dire l’étrange pouvoir qui est le sien et trouver sa place dans le cœur du lecteur. Mais, avant - tout, sous nos yeux attentifs, il déroule avec vivacité son écriture « qui pense ». L’homme roman. Présent sous nos doigts, il nous donne le vertige. On pourrait même le toucher.  Son histoire est peut-être celle de la vie, de la liberté de la vie  au centre d’un monde  qui nous précipite dans la misère. ( mon frère écrivant ruelles et mon grand-père comptant et recomptant  l’argent  de la retraite…)

Totems aux yeux de rasoir

Nous sommes heureux de présenter ce livre rempli de livres. Car nous connaissons son auteur, Christophe Dauphin, depuis de nombreuses années, du temps où nous étions engagés dans la belle aventure revuistique Supérieur Inconnu que fonda et dirigea Sarane Alexandrian jusqu'à sa mort. C'est d'ailleurs lui, Sarane Alexandrian, qui signe la préface de ces Totems aux yeux de rasoir, ensemble de 8 recueils - infini vertical -  de poèmes composés entre 2001 et 2008.

Rencontre avec Christian Prigent

La Vie moderne, que vous venez de publier (éd. P.O.L.), se déroule entre deux références, Juvénal et Blaise Cendrars. Quelle est l’importance de ces repères dans votre poésie ? Pour le dire autrement, à quoi ressemble « le beau corps d’aujourd’hui » de Calliope enserré dans un corset pareil ?

Anna de Noailles, L'offrande

Dans sa préface, Philippe Giraudon insiste sur la nature double d’Anna de Noailles : elle est attirée à la fois par la nature – les sensations simples qu’elle procure – et par l’héroïsme – « la grandeur, la démesure ».

Tous les sens sont en éveil chez Anna de Noailles.

Le goût :

J’ai le goût de l’azur et du vent dans la bouche.

La vue, l’ouïe, le toucher :

La nuit comme le jour

C’est une belle collection beige, dont peu à peu le ton s’affirme au sein des éditions du Nouvel Athanor. Une collection qui réunit des poésies engagées en dedans de l’être. On l’avouera, Recours au Poème a goût pour les poètes publiés là, autant que pour leurs préfaciers. Ici, Gérard Pfister, poète et parfois éditeur sous la signature d’Arfuyen. Du reste, outre Pfister, les poètes qui préfacent les différents recueils de Perroy nous sont chers : Jean-Pierre Lemaire, Gilles Baudry, Pierre Dhainaut. Des écritures qui, ici, importent.

Libre livre

Jean Pérol est l’auteur d’une importante œuvre poétique, depuis son recueil paru en 1953 chez Seghers, l’époque même où les publications poétiques de Pierre Seghers marquaient l’histoire de l’édition française. Avoir été un de ces auteurs Seghers là, ce n’est pas anodin. L’œuvre du poète a ensuite paru aux éditions Chambelland, Gallimard, La Différence, avec un premier tome d’œuvres poétiques complètes, puis de nouveau chez Gallimard, comme un retour aux sources le temps de ce Libre livre.

Jean Maison, "Fragment"

Il peut paraître étrange qu’un seul poème fasse figure de recueil entier, même si cette surprise est tempérée par la connaissance que l’on peut avoir du travail éditorial effectué par Laurent Albarracin avec Le Cadran ligné, puisque le poète du beau Secret secret paru il y a peu chez Flammarion a comme espoir et désir sans cesse renouvelé de créer une succession de recueils contenant un seul poème qui paraîtrait à l’acmé de sa forme, travaillant en profondeur la notion d’image, et pourrait être en soi aussi abouti qu’un ensemble de textes, n’appelant pas forcémen

Adonis, Chroniques des branches

Ce très beau recueil de poèmes d’Adonis commence par une préface enthousiaste signée Jacques Lacarrière, moment de lecture émouvant que la découverte d’un texte inconnu de l’écrivain décédé en 2005. Ce dernier évoque le « frisson nouveau » ressenti la première fois qu’il a lu des poèmes d’Adonis. Frissons, selon lui, comparables à ceux que put vivre Hugo à la découverte de la poésie de Rimbaud. On imagine le choc. Et il est vrai que lire Adonis, c’est franchir un seuil. Passer d’un instant à un autre instant du vrai.

Patrick Amstutz, Déprendre soi

par : Fabien Desur

Et le galop de ton cheval
plus fort que la forêt de branches
martèle d’amour
le sommeil de nos vies

Une poésie qui parle d’amour et d’Amour, de fraternité et de sororité, une poésie qui en appelle aux liens qui unissent les hommes à l’Homme, d’où qu’ils soient, au travers de tous les mythes entremêlés. Fluide et simple, une poésie forte détachée de toute forme de scorie. Amstutz va droit à l’essentiel, ce sans quoi il est rarement de poésie.

Hélène N’Diémé

Jean Métellus

Jean Métellus est de ces auteurs-aiguillons qui aident à ne pas avoir trop bonne conscience, ici, de ce côté du Monde. Nous, Occidentaux. Nous, berceau de l’esprit occidental. Nous Lumières mais pas seulement.

Inventeur du four crématoire et des gaz défoliants des bombes atomiques
et des mines antipersonnelles
Tout en proclamant précieuse la vie et sacré l’homme

Vers l'Autre

Un recueil au style roman, celui de Florentin Benoit d'Entrevaux, Vers l'Autre. Ce qui émeut d'entrée, c'est la simplicité nue, la pauvreté pourrait-on dire. Dans une époque à la logorrhée maladive, la parole du poète est vêtement de pauvreté consentie. Les mots de peu contiennent les traces de la source première. Poésie empreinte d'humidité, signe d'une eau ancienne que la langue recèle ainsi qu'on protège un trésor, comme son intelligibilité initiale. D'ailleurs, le mouvement même du recueil forme retour vers la source.

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