Critiques

Rodrigue Lavallée, Quelqu’un/Peut-être

Le texte de Rodrigue Lavallé est celui d’une quête. Dans ce recueil au titre mystérieux, à l’écriture fragmentée, où les vers se disloquent, s’arrêtent parfois net, comme on viendrait se fracasser au sol après la chute, la première ( et la plus grande ) des énigmes, c’est Elle.

Une femme confrontée au vide, à la faille, en « rupture de la voix et des membres », absente à elle-même. Ce « si peu » qui l’habite,  l’anime (au sens latin du terme) s’étend dedans comme dehors.

Michèle Finck, La Troisième Main

 

Musique et poésie doigts entremêlés

 

Comment écrire « à et avec la musique » ? Chaque poème de La Troisième Main peut être lu comme une tentative de réponse à cette interrogation ; chaque poème, sans chercher à rien dire sur la musique, parle, chante avec elle.

Deux lectures de : Christophe Dauphin , Comme un cri d'os, Jacques Simonomis

 

Ce fort volume de 240 pages, donné comme l’ultime dernier de la revue Le Cri d’os [1993-2003], cependant édité par les Hommes Sans Épaules, s’avère un régal. La première moitié du volume est consacrée à une présentation du poète Simonomis, 37 ouvrages parus, un prix obtenu en 1993 auprès de la SGDL, un poète peu connu donc, présentation signée Christophe Dauphin. Et la seconde moitié fournit un copieux choix de poèmes qui retient plus que l’attention.

Jean-Claude Tardif, La vie blanchit

 

 

Alors on garde le silence
comme une pierre de couleur
dans un sac de sel.

J-C T

 

Fil de lectures de JM Corbusier : Mathy, Pozzani, Nunez Tolin, Kaïtéris

 

 

Il m’arrive pourtant de croire que j’ai dans les yeux pour leur sourire la toupie folle d’espérer                      et
Tant de soleil et si peu d’amour pour soulever le mutisme des pierres.

 

Fil de lectures d'Eric Pistouley : Macé, Marie, Blaine

 

 

 

La monnaie tombée des poches
ne suffira pas. Pour payer le passage
il faudra des espèce un peu plus sonores,
que le réveil à l’aurore fera trembler.
Puis sauter par-dessus les ombre
et sortir du langage. (…)

Nicolas Grégoire, face à / morts d’être

 

Quelle réponse donner au génocide, si, en effet, répondre reviendrait à prendre des responsabilités ? Comment rester muet, devant le faux mutisme des charniers ? Au Rwanda, même la terre, percée d’os et de crânes n’est plus impavide. Tout mutisme provient, ici, d’abord d’une dislocation des corps, mais la boue, percée de crânes et d’os, mais les corps de femmes empalés parleraient, alors que, dans le ciel biblique, Nicolas Grégoire reçoit le martèlement d’un meurtre infiniment perpétré, celui d’Abel.

Larry Eigner, De l’air porteur

Mai 52

 

L a r g e

 

J'ai tenté de les assembler
En contraste       Beautés que sont
maisons et soleil plat

Tombé en admiration
Monde de
       l'esprit

F.J. Ossang, Venezia central

 

La désolation de l'esprit, le vrai tourment de la condition, est de voir intelligence et Amour se diviser et s'opposer dans l'homme. De ce tourment, il est bon et nécessaire que des témoins soient parmi nous, et qu'ils le chantent. Pierre Emmanuel

 

Dans son ABC de la littérature, Ezra Pound distinguait le mauvais critique en ce qu'il parle d'abord du poète avant de parler de la poésie !

François Bordes, Le logis des passants de peu de biens précédé de L’âge obscur

 

Pourquoi écrit-on semble rappeler François Bordes, dès les premières pages de son livre, dans la première section, au beau titre qui s’éclaire ? Pourquoi ? Pour vaincre sans doute  cet « Age obscur » et « reconquérir la parole ».

Deux voix, alors, en alternance, en contraste, débattent sur des thèmes essentiels : le « vide », le « je », l’expérience et la mort.

« Je suis la lumière inverse, qui fuse du dedans » ou « je suis l’obscur » ou encore « Je me tais dans la parole ».

Luisa Futoransky, Peintures rupestres

 

Née à Buenos Aires mais vivant à Paris depuis plus de trente ans, Luisa Futoransky est poète, narratrice et essayiste. Elle a reçu de nombreux prix littéraires. Son oeuvre est traduite en anglais, français, italien, portugais et hébreu.

Elle est considérée comme l’icône de la poésie argentine exilée à Paris avec Cortázar qui est venu à sa première lecture comme elle a assisté à son enterrement.

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