Choix de poèmes

 

Fièvres

 

A nouveau la torpeur
de la fièvre qui frappe.
  Le gris au fond du ciel.
  Emmitouflée de vent,
  la pluie sur le basalte :
   j’ai fermé ma fenêtre.

Par le dedans, écoute
des soubresauts du monde
qui cherche à s’évader
des torpeurs insensées
où s’enlisent les hommes.

Descendre au plus profond
en quête de l’issue
vers le souffle vital
qui sait drainer son cours
dans les filons de l’âme
loin des voies en impasse.

Rejoindre calmement le point où monte en soi
le silence infini d’un amour en travail
plus certain que nos maux, nos essais, nos combats
tandis que nous allons sur nos chemins de terre.

 

Janvier 2014

 

 

Artisan

 

La mèche fume,
l’âtre rougeoie,
et tout autour le froid,
la neige pelletée
pour frayer le chemin.

Vie sous la cendre,
sang palpitant
en deçà des blessures,
au-delà des appels
qu’atténue la présence.

Écoute active,
compatissante
sans ôter le tranchant
de la décision ferme
à prendre pour renaître.

Sans concession
mais en aimant
en appeler à l’âme,
aux veines très profondes
où la parole invite.

Quand le soir tombe
après l’accueil,
l’étayage sans cesse
repris pierre après pierre,
puisse-t-il se poser

comme il fut dit
qu’aux premiers jours 
après avoir œuvré
l’artisan alluma
les lampes du sabbat.

Février 2014

 

 

« Saisons » d’après Vivaldi

 

Cours intempestif.
Ondes. Vibrations.
L’archet en main droite
montent les aigus,
descendent les graves.
Labour de la terre
après l’éclosion
des fleurs sur les arbres :
ainsi des saisons.
Cycles de vie pris
dans l’étau des fins
qui toujours s’avancent
pour mieux entrouvrir
la cosse durcie
d’où jaillit le fruit.

 

Après avoir écouté sur ARTE
une composition moderne,
sorte de traduction
des « Quatre saisons » de Vivaldi

Mars 2014

 

 

Où est la source ?

 

Frondaison  printanière
des tilleuls près des pins
des cerisiers en fleurs :
préludes du matin.

L’angoisse de la nuit
prégnante encore en moi
lentement se desserre
à respirer le vent
qui se fraie un passage
au milieu de l’allée
sortie il y a peu
du filet des ténèbres.

Dans le parc réveillé
par le chant des oiseaux
qui s’appellent l’un l’autre
sans presque le savoir
serpentent des sentiers
en montée, en descente,
en courbes ou en droites
croisées ou parallèles.

Les mouvements du cœur
de joie ou de tristesse,
d’assurance ou de doute,
à ces détours ressemblent,
même si, à la fin,
ils viennent s’abimer
au point où la conscience
les reprend en sa main.

Avril 2014
 

 

 

Sète

 

Le ressac sur le sable
Le vent pur de la mer
Les canaux vers l’étang
Les ponts, les quais, les voiles

Le cliquetis des mâts
Le cri des goélands
Sur la tuile faîtière
marche de tourterelle

Au loin dressées, les lignes
de pêcheurs immobiles
Scintillements des eaux
au zénith comme au soir

Le ton chantant des gens
répercuté sur l’eau
Civilité, sourire
Douce hospitalité

Au musée Valéry
Miro et ses éclats
de teintes et de lignes
étrangement jetés 

Les Alpes à l’orient
les Pyrénées à l’ouest
le Pic Saint Loup au nord,
l’Afrique au sud : estampes

La mer, le cimetière
Sur le toit d’une tombe
le pas d’une  colombe
et le soupir d’un foc

L’iode salée venue
imprégner toute chose
aux franges bleues des eaux
toujours recommencées.

Octobre 2014

 

 

 

Noir et blanc

 

La route où l’an dernier l’on montait aux herbages
Encombrée de rochers n’offre plus de passage.
La neige du printemps parsème de cristaux
Les lignes du granit cassées, dressées, abruptes.

Au fond de la vallée, l’écho de l’avalanche
S’est imprimé comme le négatif inscrit
La photo qu’il recèle : ils savent au village
Que le sentier n’est plus qui les reliait aux granges.

Le bâton à la main, cherchant dans sa mémoire
Les courbes du vallon, il se tient là debout.
Où déceler la faille en ce chaos de pierres ?

Un pas de bouquetin crisse sur le névé.
Sous ses yeux étonnés passe la harde entière
Qui vient d’écrire en noir le tracé qu’il quêtait.

 

Poème écrit à l’hiver 2000