LA SOLITUDE

 

Il faut prier
Encore prier
Prier en compagnie de ce langage d'herbes et d'arbres
De croissances et d'excroissances
Régions du corps foudroyé par le baiser divin
Matins radieux qui enjambent leurs lits
Lèvres projetées par la parole
En hommage au dernier soupir de l'homme, la femme rattachée à son espoir .
Prier s'en aller
En compagnie de cet ange gardien
Portant des lambeaux déterrés de terre calcinée
A sa bouche amère.
Prier s'en aller
Epousant la couleur du fruit selon la saison
Avalant sa salive et toutes traces volcaniques
Pour en répandre l'intensité, la magie , la gloire à la vue de l'âme au-dessus de la dépouille
Prier s'en aller
En compagnie des meurtrissures, des doutes, des illusions
Une main serrée sur la poignet du songe
L'autre sur le pommeau de la contemplation
De l'espoir ranimé face au monde .

Les animaux célestes venant vers nous
Les plumages, les harmonies, les planètes internes venant vers nous
Les yeux, les narines, les doigts venant vers nous
Les oiseaux des portiques, des cantiques, des mers ,des roches, des plaines
Les  oiseaux du froid, des rivages, des anses, des rivières, venant vers nous
Les papillons nocturnes
Mystiques et de flammes venant vers nous
Les vaches sacrées, la licorne, le bouc venant vers nous
L'écureuil, le lézard, le loup venant vers nous
Avec la sauterelle, le grillon et la libellule
Toutes les âmes vives et fragiles venant vers nous .
Encore prier s'en aller
Le perroquet sur l'épaule fracassée
L'agneau dans les bras son museau jusqu'au coeur
L'immense goéland au devant de la crevasse, de l'entrée des espérances
L'hirondelle affolée dans la crinière du temps
Et le couple tourterelles égrenant sa mélodie.
Encore prier s'en aller, encore une fois se désaltérer au Niagara de cette chevelure
Le flambeau enfanté dans la nuit comme un fragment divinatoire
Dans les linges, les draps étoilés de l'initiation
L'embryon dans la chaleur du sang, des planètes creusées
Au centre de la moelle encore intacte
De souveraine lumière .