5 poèmes

 

Dans le matin noir le réverbère
est l'étoile qui indiqua jadis
l'entrée de la crèche
Vierge sans enfant, auréolée
des vapeurs de la machine à café
elle est là pour ceux qui lavent
les rues avant le jour
Bergers sans brebis, les mains jointes
autour de la tasse, qui à l'abri
dans le silence de ses yeux
laissent monter peu à peu
le sourire de l'enfance

 

***

 


La nuit blanche se penche sur toi
tu vois son visage embrasser le salon
et les bibelots de l'étagère

Ils te montrent ta tristesse
qu'ils savent cachée sous les rires du jour
mais qui flotte maintenant dans la lumière argentée

Se dissout la peur qui te lestait le corps
au fond du sommeil lourd
et sans rêves de l'enfance

Mais le baiser blanc a laissé sur tes lèvres
une rosée amère que tu goûtes prudemment
en attendant que le jour fasse monter

sous la cloche rose du ciel
le jardin, le chemin, le village
devenus adultes

 

***

L'été s'écoule encore sous l'acacia
le temps n'est plus sensible
qu'à travers la longueur des ombres

Les mots du livre ne restent plus en toi
Ils s'envolent, petits insectes noirs
et tu les cherches dans les nuages biscornus

qui déjà t'emmènent ailleurs
Le cœur est entré dans l'attente
de la vie qui vient

 

 

***

 

 

Tu es tombée de moi
si tôt, sur la pointe des pieds
Comme une baie encore verte
qui aurait su, mystérieusement
qu'elle ne devait pas mûrir
Mais seulement laisser, au creux
de la paume qui la recevrait
une trace brillante et sucrée

 

 

***

 

Ici
les mots sont rares
on ne les gaspille pas
Les flaques remplies de ciel
frémissent à leur passage
et tu les aperçois parfois
passer au-dessus des clôtures
circuler dans les cuisines
entre les verres de café
à travers les potagers
Ils ne sont plus le paravent
mélodieux derrière lequel
d'habitude tu te caches
Mais pour la première fois
peut-être, à ton oreille engourdie
ils nomment les choses