Poèmes de Syrie

« Les bombes tombent comme de la pluie. Sans travail, sans ressources, sans eau, sans sécurité, privés de toute pitié espérée et du secours attendu de l’Occident chrétien. »

 

 

                                                                                                                                                                                                                             Alep, août 2015

 

 

Hurlements sirènes
la nuit s’est abattue sur la peur d’Alep
et la soif et la mort
ont plaqué leurs masques sur les regards
les lampes se sont éteintes
le soleil s’est réfugié dans les cailloux
Sans fracas les enfants d’Alep
se faufilent entre les brûlures
venues du ciel
le souvenir de l’eau
écarquille les gorges écourte
les rues où fleurissent de petits cercueils

D’où nous sommes
nous avons déjà oublié
la mémorable Hellab
à peine distinguons-nous des mots
descellés de leurs sens
des mots qui ne disent plus rien
à cause de l’étrange musique
ruisselant sur nos écrans
qui efface la ligne du temps

Voilà Alep
à la blancheur de lait
devenue ce lointain mouroir
sans fin ni commencement

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« On cherche à détruire, nous cherchons à bâtir. On cherche à nous expatrier, nous luttons pour rester. En bref tout ce que nous attendons c’est la Paix et nous voulons bâtir pour rester. »

 

 

 

 

Qui s’approcherait de Maamoura
entendrait surgis de ses murs
de brique et de chaux
des mots mystérieux
enchâssés dans une ronde joyeuse  
salam salam
le bruissement de l’oasis
suggère les jeux d’enfants
et dans les jardins qui rougeoient
le voyageur déchiffre le chant
que propage un vent léger
salam salam salam

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« Nous ne voulons pas de vos visas, nous voulons la paix.»

 

 

 

 

 

                                                                                             Kessab, août 2015

 

 

 

Quel est ce tremblement de terre
la nuit à peine achevée
quelle est cette mort tombée du ciel
qui éventre champs et jardins
et ce bourdonnement continu
que nous adresse la montagne
qu’annonce-t-il qui dérobe
le silencieux salut de nos forêts
Mon Dieu protégez vos enfants

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« L’Etat islamique a emmené mon papa et je ne sais pas où il est. »

 

 

 

                                                                                             Qafroun, août 2015

 

 

Le rebond
d’un ballon
à Qafroun
et c’est l’été recommencé
(comme on le voudrait)
qui élargit les cœurs d’enfants
à la proche forêt
au ciel jusqu’à eux
descendu dans sa miséricorde
avant qu’ils ne retournent
à l’enfer d’Alep

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

« Cette terre est la leur (aux chrétiens). Notre identité et notre unité sont détruites par ces départs. C’est la Syrie qui se meurt. »

 

 

 

                                                                                                         Alep, août 2015

 

 

 

 

Le ciel a feulé
la terre se soulève
le cœur bat dans le ventre
lumière grise comme après
un feu de feuilles
la rue sans bouger