Poèmes

GRAFFITI

 

 

 

la porte a le bleu des autans

la révolution que l’on croit une

y cause un latin étonnant

le chat y a perdu les dents

 

les fleurs s’y comptent une à une

vierge folle n’y voit goutte

la grue navigue en avant toute

le soleil a mangé la lune.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

PIC EPEICHE

 

 

 

 

 

Il n’était pas accroché au tronc de l’arbre

il ne martelait pas l’écorce.

Il se balançait superbe et gauche
aux branches d’un saule pleureur

dont il bécotait les feuilles. C’est cette année

que les oiseaux sont revenus

 

après plusieurs années d’absence. Nous avions pensé l’une et l’autre

« insecticides ». Je me suis jetée sur le téléphone

 

pour l’annoncer à ta sœur. C’est elle qui m’a dit « pic épeiche ».

Tu aurais dit de même. Mais tu n’y étais plus.

 

Bruxelles, mai 2015

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Monde immonde

c’est un fait

mais pas question de s’en aller.

La grande plongée vers l’intérieur.
Chatons, plaque de bronze multimillénaire,
rue de la bienveillance.

La rue de la bienveillance

pourrait aussi bien être une île,

un quartier, un village, une planète.

 

Tout le monde serait bienveillant

en ce qu’il aurait confiance absolument dans la bienveillance des autres.

A ce point inimaginable ?

 

Inimaginable, non.

Mais semer cet espoir

une fois pour toutes.

 

J’ai dit : semer.

Le double sens s’imposait.

J’aurais voulu dire : abandonner.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Petits maux inavouables

et l’idée extraordinairement amusante

que tous les Français décèdent de mort.

Est-il normal d’être à ce point fatigué ;

de rechercher tout le temps

la position allongée, un peu comme s’il

fallait anticiper sa fin ? le moment

où mes yeux deviendront bleu opaque ? le moment

où la lourdeur de vivre – on a dit que vivre est un métier,

« on » a donné ensuite sa démission –, de vivre sera réservée

aux autres exclusivement ?

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Et voici ceux et celles qui eurent l’obsession

du grand jardin du monde.

Aquarelles déliées. Notes manuscrites en facsimilé. Confrontation

entre le jardin et l’aquarelle. Question face aux fleurs,

aux papillons du XVIIe siècle : était-ce vraiment ainsi

ou est-ce ainsi qu’on les voyait ?

 

Que penser d’une rose ?

Mais que, vraiment, penser d’une rose ?