VIGIE

 

Mais toi,
vigie accoudée à la nuit,
tu attends toujours
qu'un Ange vienne frapper à ta porte.
Ton ombre portée ressemble
à un soldat très vieux
dans un trou accroupi,
très loin de son escorte
- sa capote le sangle -
il a l'air assoupi
- ou bien quelqu’un l'étrangle ? -

Mais toi tu es à ta fenêtre,
au centre de l'intrigue ;
tu ne sais plus faire la part
de ce que tu redoutes,
de ce que tu espères ;
dans ta poche le doute
a trouvé son repaire.
Autour de toi,
des bêtes immobiles
sondent l'obscurité
à des fins très subtiles,
- leur œil est une fente -
mais tu ne les vois pas.
Tu n'es qu'à ton attente ;
quelqu'un pleure tout bas
mais tu ne l'entends pas.

Mais si la fin du monde
t'avait oublié là,
dans un cercle de nuit,
comme on oublie parfois
la moindre chose,
celle sur laquelle
la main jamais ne se pose ;
elle n'est ni laide ni belle
mais on ne la voit pas ;
les hommes sont aveugles
et leur cœur est ailleurs.
Mais s'il n'y avait plus rien
que les milliards d'étoiles
qui te voient et te pleurent
comme on pleure un enfant,
maigre fruit d'une peur
sur le giron
d'une femme humiliée ?