L’Amour en flanant

 

Ce matin en me promenant au bord du lac
Je suis tombé amoureux d’un roitelet
et plus tard dans la journée d’une souris
que le chat a déposée sous la table dans la salle à manger.

A l’ombre d’un soir en automne
Je suis tombé pour une couturière
encore assise devant sa machine derrière la vitrine du tailleur,
et plus tard pour un bol de bouillon,
la vapeur montant en l’air comme de la fumée d’une bataille navale.

Celui-ci est le meilleur genre d’amour, pensais-je,
sans récompense, sans cadeaux,
ni paroles blessantes, sans suspicions,
ni silence au téléphone.

L’amour du marron,
le béret du musicien de jazz et juste une main au volant.

Pas de volupté, pas de porte claquée
l’amour de l’oranger en miniature,
la chemise blanche impeccable, la douche chaude le soir,
la grande route qui coupe à travers l’étendue de la Floride.

 

Pas d’attente, pas de hauteur, ni rancune-
juste un petit regret de temps en temps

pour le roitelet qui avait construit son nid
sur une branche inférieure surplombant la surface de l’eau
et pour la souris morte
encore vêtue de son costume brun clair.

Mais mon coeur est toujours étayé
dans un champ sur son trépied
préparé à recevoir la prochaine flèche.

Après avoir transporté la souris suspendue par la queue
à un tas de feuilles dans les bois,
Je me suis retrouvé devant le lavabo
en train de regarder affectueusement la savonnette,

si patiente et soluble,
si à l’aise sur son plateau vert clair,
je pouvais me sentir tomber de nouveau
à la retourner dans mes mains mouillées
et à respirer l’odeur de la lavande et de la pierre.

 

 

Traduction Elizabeth Brunazzi 

 

 

Aimless Love

 

This morning as I walked along the lakeshore,
I fell in love with a wren
and later in the day with a mouse
the cat had dropped under the dining room table.

In the shadows of an autumn evening,
I fell for a seamstress
still at her machine in the tailor’s window,
and later for a bowl of broth,
steam rising like smoke from a naval battle.

This is the best kind of love, I thought,
without recompense, without gifts,
or unkind words, without suspicion,
or silence on the telephone.

The love of the chestnut,
the jazz cap and one hand on the wheel.

No lust, no slam of the door
the love of the miniature orange tree,
the clean white shirt, the hot evening shower,
the highway that cuts across Florida.

No waiting, no huffiness, or rancor-
just a twinge every now and then

for the wren who had built her nest
on a low branch overhanging the water
and for the dead mouse
still dressed in its light brown suit.

But my heart is always propped up
in a field on its tripod,
ready for the next arrow.

 

After I carried the mouse by the tail
to a pile of leaves in the woods,
I found myself standing at the bathroom sink
gazing down affectionately at the soap,

so patient and soluble,
so at home in its pale green soap dish.
I could feel myself falling again
as I felt its turning in my wet hands
and caught the scent of lavender and stone.

 

From Nine Horses, Random House, 2002