5 poèmes

 

 

On a coulé dans les vagues bien trempées d’eau de mer, elle regarde car l’eau fascine et perd. N’ira pas à l’eau constate, regards éperdus pour la masse visiblement intemporelle et miroitante, la nuit c’est de cela le rêve et le matin c’est ce qu’elle aura dit. La mer. L’eau. Le bateau. Les grains de sable enrayent mais pour elle c’est le début de tout on n’a qu’à patienter peut-être et l’eau, là, sera des nôtres, patienter, courir plutôt vers la profondeur du sable on creuse, on étale, on modèle, par cela on oublie le manque d’eau. La mer a trop de sel et trop de flots. La mer sans pouvoir se passer d’elle et de nous, le soleil on tournoierait des heures dans la joie intempestive de savoir l’eau là juste, là au toucher, qui revient toujours chargée de mousse blanchie et rieuse, la cavalcade au-dessus des mouettes des nuées du temps qui ne passe plus, la conscience inouïe d’être qui la réveille la nuit, transie, pressée d’en découdre mais de contempler plutôt, y toucher, non, son image brûle déjà la main, son éclat qui me grise, la mer à voir danser. Elle a ouvert les bras grand jusqu’au large des côtes, elle si petite, la mer, la contenir, la dupliquer.

 

                                                                        ***

 

Son bateau monde

 

Elle a étalé les couleurs, bicolore, un côté vert un côté rose, la mer, un bateau. Et c’est un trait épais malhabile déterminé à l’extrême. J’ai passé la couleur sur les couleurs j’ai arrondi l’angle et aplani les aspérités, parce que son chemin de petits pics conduit à ma plaine plus ample, verger d’amandes douces, d’oliviers parsemés de senteur citron. C’est elle la sente de vallon fraîchi d’eau neuve et notre mer absorbera l’horizon.

Un trait gomme mauve et orangé, bicolore. Le grain de poudre, matière première, prend la feuille à rebours, la feuille déjà pleine d’avant, mappemonde fine trop fragile. Ce n’est rien, le bateau passe, un bateau, un point, un trait s’effondre un peu, le bateau passe sur les autres routes déjà prises et vaines, oh. Ce n’est rien, le pastel tombe net et l’idée revient, un tout début de jour, l’océan jade, son bateau monde.

 

                                                                       ***

 

Le chant du coq entame la trêve et bien avant, le cri des chiens errants. On a imaginé que la nuit conduirait au miracle. Mais le champ voisin a porté des fourmis et les oiseaux un peu noirs croassent vers le terme. Le coq insiste davantage et bientôt c’en est trop, ricane car la lune a cédé, la lune n’était plus rien ce soir, on a préféré le chant du cygne. C’est laid, criard et je sais bien, je sens que l’air du large n’avait pas retenu le givre des merveilles, alors prises. D’un champ l’autre et la chaux n’a pas englué le terrain de l’aurore. D’un champ sec à l’humide marais, là où les oiseaux par milliers se picorent le plumage, miroirs de beauté des airs mêlés, plumage feu de paon. Le sentier des marais a viré de bord, à côté du torrent impétueux, un canard approchait pour recevoir le compliment des hommes et dans l’eau les carpes folles détalaient. C’est ainsi que le ciel s’est fendu aux nuages d’albâtre, plus beaux même que l’océan gris, de granit ils ont teinté le monde et puis les roseaux, gigantesques, ont commencé de danser jusqu’au bout de l’ivresse, écroulés bientôt au long des bosquets bruns. Mon oiseau vert de gris a entamé son chant de gloire et d’insolence aux noirceurs vaines, le petit râteau a glissé ses dents piquantes dans la terre près des ruisseaux et c’est alors qu’enfin, les hirondelles graciles ont cliqueté.

 

 

                                                                       ***

 

La roche toujours irradiée, émerge par à-coups du matériau de plaine vert sombre et argent, terre rouge profond et ciels de paix. Un coup de feu sur la roche, la montagne tout près a surgi du décor, comme toujours.

 

 

                                                                       ***

 

 

Voir l’origine

 

J’ai marché jusqu’au bout du chemin de pierre. A l’aplomb de la falaise rosie s’écrase la mer démesurée. Au-dessus de nous la traîne de tempête à venir épaissit le ciel un peu léger. On part pour les grandes profondeurs en haut, en bas, tout autour s’évasait et les parois imaginaires ne pourraient contenir le poids du monde. S’élever ou couler là même. Là pile où je rabote mon pinceau trop épais. Où je dois cisailler le mot, un cheveu, ne tient qu’à un fil communion du ciel et de l’eau. Si cela ne se peut, danger d’inondables, ailes brûlées, persévérer. Je persévère et l’écume imprimée au feutre de l’air chaud décide pour moi, colonne sans respirer creuse le temps des étoiles et l’énigme aux portes du monde devant. On tente de se frayer le chemin des matelots vers le large mais c’est le ciel qui m’emploie, on croit voir l’origine.