Quelles ténèbres n’ont pas vu ces yeux...

 

Quelles ténèbres n’ont pas vu ces yeux rougis,
Quel affront, quel cynisme ne fut cette gifle
Au front du vent.
Pour vous
J’ai trempé les doigts dans l’aneth et l’estragon,
Les ai poussés dans vos narines étroites
Et vous ai nourris du Sud.
Je vous ai offert les froidures de l’hiver,
Vous ai porté les ululements du loup
Et vous ai fait dormir dans la pureté du Nord.
Je vous ai montré l’astre au levant,
Je vous ai mené à l’Ouest au ponant,
Je vous ai conduit sur tous les rivages,
Sur tous les continents.
Je vous ai portés, je vous ai soulevés,
Je vous ai ouvert le ciel et vous ai enseigné
Le vol de l’étourneau.

Je vous ai appris le langage du chêne
Qui s’est allié à ceux de votre race,
Et la vigne pour vous s’est tuée au combat
Sans faillir à la tâche.

J’ai porté votre nom au-delà des limites,
J’ai conduit vos enfants, fait pâturer vos bêtes,
J’ai fait entrer la gloire dans vos têtes trop vides,
Pansé vos plaies, adouci vos morts,
Ouvert les jambes de vos femmes
Et comblé les absences de l’âme.

J’ai parié des Empires sur vos pauvres carcasses,
Fait souffler le Zéphyr et gronder les orages.

Je vous ai livré les secrets de mes fils,
J’ai murmuré leur nom au creux de vos oreilles
Et les ai fait rejoindre vos hordes de servants.
Quelle gifle au front du vent.

Quelle gifle au front du vent,
Car vous avez tout pris sans jamais un merci
Et votre amour pour moi n’est plus que du mépris.
Vous avez rejoué les règles du destin
Sur un avenir vide et bien plus qu’incertain.
Vous avez rejeté ce qui vous construisait
Pour des rêves enfantins, des chimères de salon
Qui bientôt j’en suis sûre,
Vous anéantiront.