Chronique du veilleur (12)

   Le monde de Monique Saint-Julia est tout bruissant de feuilles, de fleurs et d’oiseaux. Je vous écris nous invite, nous tous, à venir cueillir les fruits gorgés de soleil et de sucs, que l’écriture du poème en prose éclaire et métamorphose.

            Des mots glissent, caresse qui n’est ni celle du vent, ni celle d’une rivière, mais celle des fruits ensoleillés dans les mains.
           Je vous dis l’été, ce filet où chaque aube recueille des voix, des présences, des mouvements d’oiseaux.
           Je respire le bois, l’air tout entier dans mes poumons, afin qu’il reste bien vivant en moi.

 

     C’est bien un vaste hymne à la vie, en effet, que compose Monique Saint-Julia, de livre en livre. Il y a chez elle comme l’innocence de l’enfant au seuil d’un jardin extraordinaire. Et pourtant, tout est inscrit dans l’ordre ordinaire des saisons, mais le poète ressent cela avec une sensibilité à fleur de sens et de cœur. « Le jour court vite, je le goûte avec l’ardeur des oiseaux. » Elle éprouve à chaque émerveillement le sentiment d’un au-delà qui ne cesse de lui adresser des signes.

                Bruits, chants, sources, bible d’oiseaux.
               On ne sait où nous entraînent ces voix qui nous gouvernent, peut-être à respirer le souffle des arbres, l’eau épurée de la réserve à truites.
               Un cantique de pluie s’allume.

 

      « Un aiguillon de vie », comme elle l’écrit, la stimule sans cesse, même lorsque la « marche intérieure, source silencieuse » sent passer en elle une ombre de tristesse et de solitude. Sa demeure poétique reste ouverte à tous les vents, aux souffles inspirants, aux visites des ciels changeants. Elle nous y accueille avec générosité et délicatesse. Cette lettre toujours reprise fait résonner un chant d’un très sincère lyrisme. « Vous écrire, c’est entendre des voix montantes. », nous dit-elle, car le poète ne fait que transmettre ce qu’il reçoit, les sons et les voix d’une réelle présence, à chaque instant à ses côtés.

                Comme il est contagieux ce goût d’écrire, cette perte d’identité qui vient silencieusement, ce besoin furieux d’inventer des noms, des silences, des sons, d’écouter les flocons de neige tendre une soie entre ciel et terre.

      Il n’y a pas plus bel éloge de l’amour de la poésie ! Monique Saint-Julia le vit et le communique magnifiquement.