Chroniques du veilleur (8)

                    Pour Philippe Mac Leod, la poésie n’a jamais été un art. C’est ce qu’il déclarait en conclusion de La liturgie des saisons (Le Castor Astral), après avoir obtenu en 2001 le prix Max-Pol Fouchet. Quoi donc ? Une « conquête » de soi-même, une aventure spirituelle, une lecture lente et passionnée du grand livre de la nature.

                     Philippe Mac Leod vit dans les Pyrénées, dans un village à l’écart des tumultes de ce monde, une vie solitaire et contemplative. Il a publié récemment, chez Ad Solem, un livre de méditations, Avance en vie profonde, d’une très grande richesse, d’une force entraînante où l’émerveillement devant l’énigme de la création est l’énergie principale. Son lyrisme, nourri par une foi profonde, prend de plus en plus d’ampleur au fil des volumes, il sait dire l’indicible et l’impalpable avec une sensibilité rare, qui émeut et illumine à la fois.

 

                Le vif, le pur (Le Passeur éditeur) réunit des poèmes qui interrogent le jour, « à la pointe extrême de l’univers », dans un paysage de montagnes où tout semble purifié, resté intact :

 

                     O jour –chair du monde- vierge sur la pierre quand l’hiver aiguisé te prête ses transparences et que la terre se creuse comme un berceau-

                     tu nous parles de résurrection, nous l’attendons mais tu étais là et nous ne le savions pas !

 

 

                      Bien sûr, comment ne pas penser alors à la présence du Ressuscité, dont le corps radieux s’élève depuis l’aube de Pâques dans l’infini de la lumière ? Tout est lié à lui, invisiblement, par la puissance vivifiante de l’Esprit. L’homme de prière, qui est aussi poète, laisse sa prière « devenir présence », laisse monter du fond de l’âme, dans le silence, la vie divine qui y est enclose. Pour que cette aube advienne, il faut faire silence, s’ouvrir au plus loin et au plus haut.

 

 

                       le clair ! l’ouvert !
                      où tu respires enfin
                      sans qu’il soit besoin d’être grand
                     l’infini au bout des mains
                     et le silence, son fouet à pleine gorge
                     mais sans ivresse, pas à pas
                    jusqu’au sommet où vivent les humbles.

 

 

C’est sur cette cime que nous engage à monter Philippe Mac Leod. Il nous invite à voir le plus ténu, à respirer l’air le plus vif, à écouter « un murmure de la terre », à avancer sur un chemin « haut dressé », tout intérieur mais « tissé d’un fil d’horizon ». S’adressant à ce chemin lui-même, il termine ce très beau livre en s’exclamant :

 

 

                           apprends-moi l’oubli, la perfection du bleu, pour avancer plus léger que l’oiseau blanc, plus rapide que l’écume grisante
                           jusqu’au bout
                          jusqu’au bout d’un élan qui te revient.

 

 

Son œuvre dessine une sorte de ligne de crête poétique et spirituelle, où la vraie vie, pure, fraîche, nous est offerte, « la vie lisse / dans un grand regard bleu/ qui pourrait être le nôtre. »