Des poèmes inédits de Geneviève Raphanel

par : Anonyme

Quel appel

 

   Quel appel

   dans la mer    se renverse

 

   De la barque à la rive

   les corps décrucifiés

   abandonnent le sillage

 

   Espace convoqué

   femmes pleureuses à leur départ

   se répartissent pain et silence

  
   Porté au tombeau

   le blanc du ciel

Rouge fatigue sous les yeux

 

   Rouge fatigue sous les yeux. On a cherché le plus vieux souvenir.

   Soudaineté du hennissement loin dans le passé-nuit, figure du cheval tendre et coléreux :

   il m'appelle, tout imbibé de ce noir qu'on le contraint à dévorer.

 

   Elle menait où cette route, autrefois ?

 

   La carriole file, attelée aux chevaux qui galopent sans besoin qu'on les guide.

   Ils existent encore, on entend le bruit de leurs sabots dans beaucoup de mémoires.

   Il n'est pas près de s'éteindre.

 

   Dans le rond toujours immobile, avec le corbeau tout au bord, les pas gardent l'odeur du gel

   et du passage des saisons.

   Et je cours, je cours, claquement du fouet, chute de feuilles, tout près de l'inquiète éternité.
 

Trace perdue

  

   Trace perdue

   au-delà de la neige

   d'un pur galimatias

   de pas et de signes

 

  Terreur du nulle part

   du pas ici

   mais c'était bien le champ

   et son jaune piégeur

   de corbeaux

   et d'enfance

 

   Ils sont tous là

   le front sur le bois des tables

   affamés

 

   revenus du sommeil

   cherchant l'erreur

Avancer n'était pas le but

    

    Avancer n'était pas le but. Il s'agissait de rejoindre. Délaissant la folie. Par l'obscur,

se glisser. A force d'entassements, les ombres disparaissent. Font le noir. Et c'est plus clair,

plus sûr aussi.

 

    Finalement, on remet les sandales. Sans s'asseoir. Se tenant sur un pied. Refus du repos

et la suite à l'imprévisible, dans la tête, à l'origine du premier jeu, en noir et blanc.

 

    Ni fleurs ni couronnes. Des plaques avec un nom. Lecture attentive. Ne rien oublier

dans l'avenir. Très petit avenir. Alors courir, courir pour rejoindre un visage, le silence de

cette nuit-là quand il y avait quelqu'un pour s'endormir sous l'arbre.

Les mêmes actions

 

    Les mêmes actions toujours mais les corps ont changé. Et radicalement différents les petits

êtres qui courent, en tenant à peine sur leurs jambes. Bruits de pas au-dessus de la tête.

Souffles à travers le plafond. Têtes qui se penchent, s'immiscent, surgissent par un trou.

Ne pas s'effrayer pour autant. Car la liste est longue des choses que l'on peut observer ailleurs.

 

    Et le lit est là, parmi les différents lits qui se sont succédés. Un lit blanc. Les montants ont

des boules de cuivre qui luisent à la lueur du feu. Lit d'enfant qui dure, qui est passé de

chambre en chambre, qui a traversé le temps, on dirait.

 

    Le dehors disparaît avec la neige. On s'est approché un jour, limite lointaine ou illusion :

la vie s'est sauvée, un corps de rien s'est refusé à périr.
 

La mémoire habite une maison étrangère

 

   Honteuse la langue
  
   paralysée    les mots se cachent

   avec le brin de tabac

   jusqu'au fond de la gorge

 

   Une petite lueur en surface

   opiniâtrement radoteuse

   vêt le paysage

 

   Sur le seuil gagné

   par la pénombre

   le magasinier surveille

   le traitement des peaux mortes

 

Cortège de l' Errance   (Extrait)   Rougerie Editeur