François Teyssandier

par : Anonyme

5 poèmes inédits d'un poète à découvrir

MEMOIRE DEROBEE

 

1

 

Tu remontes de ce puits
De ténèbres un peu de lumière

Comme une eau lustrée
Par tes mains qui recueillent

A la fraîcheur même de la source
Le reflet incandescent du ciel

L’éclat du jour repousse vers la mer
L’ombre oblique des cyprès

Tu recherches d’un pas mesuré
Un nouveau rivage d’exil

Pour amarrer ta barque que le temps
A construit avec tes mots

 

2

Vaincre
La solitude
De l’eau et des pierres

Par la secrète harmonie
Des nuages
Et du ciel

Triompher
Du vide obscur
De la nuit

Par un trop plein
De gestes
Et de mots

Accueillir
Le lourd sommeil
Des ombres et des rêves

Pour accroître à l’infini
Les cercles étroits
Du silence

 

3

 

Terre d’oliviers pensifs
Et de chats apeurés glissant
Comme des ombres le long des murs
Blanchis par l’écume d’une mer
Presque invisible qui heurte
De plein fouet le rivage

Terre de pierres sèches
Et de chemins aveuglés
Par la lumière sourde des vagues
Qui se dressent vers le ciel
Et éclaboussent à grandes gerbes de couleurs
Le silence des seuils et des terrasses

Terre d’anges frivoles
Et de poètes versatiles
Que le temps glorifie chaque jour
Dans la mémoire votive des récits
Et des chants qui célèbrent encore
Ce qui envoûte la nuit de tes songes

 

4

 

Marche à l’aveugle
Dans la nuit du langage

Tâtonnant avec tes mots
Comme s’ils étaient des mains

Touche l’ombre d’une voix
Pour qu’elle devienne une pierre

Sur laquelle tu pourras t’asseoir
Le front appuyé contre le ciel

Immobile et repu d’espace
Prisonnier du sommeil des étoiles

 

5

 

Eperonne les noirs chevaux de l’orage
Que ta main ou ton regard
Dessine d’un trait sur la paroi du ciel

Avec quelques taches de couleurs
Et d’obliques aplats de lumière
Pour parfaire le plus pur silence de la terre

Escorte les cimes qui partent à l’assaut des vagues
Que le vent décuple et rabat vers le rivage
De ton futur exil parmi les cendres de ton nom

Combats de ton souffle les ténèbres errantes
De ces nuits qui n’auront d’autre sable à t’offrir
Que celui du temps grenu s’écoulant entre tes mots