Grenier du Bel Amour (13)

On sait que « La Princesse de Clèves » parut d’abord, au XVII° siècle, d’une façon tout à fait anonyme – même si nous savons bien aujourd’hui que l’auteur (l’autrice ?) en était la comtesse de Lafayette.

Dont nous connaissions aussi d’autres œuvres comme "l’Histoire de la princesse de Montpensier"… ou "l’Histoire de madame la comtesse de Tende".

Eh ! quoi, se dira-t-on, uniquement des histoires qui concernent des membres de la haute noblesse ? En effet – mais comment faire différemment en cette époque où la France tout entière tournait autour de son roi et de ceux qui l’entouraient ?  Il suffit à ce propos de se rappeler "l'Histoire amoureuse des Gaules" du comte de Bussy-Rabutin qui, sous un déguisement facilement décryptable, annonce déjà les chroniques scandaleuses de Saint-Evremond.

Mais quel bénéfice à en tirer !

Je me souviens de ce que mon père me fit lire Madame de Lafayette dès l’âge de dix ans, en arguant qu’il était toujours bon de saisir le monde comme il va… Et l’on a vite fait de s’apercevoir que ces histoires de grands nobles nous concernent tous tant que nous sommes, ou selon ce que nous sommes devenus.

N’y a-t-il pas là, en effet, au-delà de ce que le « grand siècle » avait cru y voir, c’est-à-dire des romans historiques (ce qu’ils sont aussi, et il n’est pas question de le nier), des textes qui nous introduisent dans les labyrinthes du cœur et de la gloire ? Après tout, il serait intéressant d’examiner les rapports d’esprit de Madame de Lafayette au théâtre de Corneille, et de se demander si Denis de Rougemont, dans "L’Amour et l’occident", ne produit pas un merveilleux contre-sens en raccrochant « La Princesse » à tout le phylum issu de la légende de Tristan et Iseult.

Je sais, les temps ont changé depuis le XVII°. Mais, loin de l’interprétation de son temps, Madame de Lafayette n’avouait-t-elle pas implicitement qu’elle parlait de l’humanité telle qu’elle est, ou bien se voudrait,  quand elle se félicitait de ce que son ouvrage "anonyme" ne lui fût pas (encore) attribué ?

Avouons-le, c’est une merveilleuse initiative de la Pleïade, que de nous faire accéder aux "Œuvres complètes" de la comtesse, et de nous faire découvrir des textes comme Zayde ou comme l’Histoire de la mort d’Henriette d’Angleterre - et surtout, de nous permettre de lire une superbe correspondance qui s’étale sur plusieurs décennies.

Donc, et quoi que puissent en penser certains esprits chagrins, un volume à lire de toute urgence, et j’oserai ajouter : avec une infinie reconnaissance !