Grenier du Bel Amour (7)

 

En chemin… A propos de Brigitte Maillard

 

 C’est entendu : le soleil nous éclaire et nous réchauffe (le soleil de ce monde, le soleil fait de matière et d’atomes).
  Mais n’y a-t-il un soleil  au delà de ce seul soleil visible, un soleil qui nous entoure de sa ténébreuse lumière, un soleil  « sur-réel » qui serait le guide de nos âmes en ce monde imparfait ?

  Bien sûr, on connaissait déjà le « soleil noir de la mélancolie » dont nous avait déjà tant entretenu, dans son sentiment intime d’être un desdichado, un poète comme Gérard de Nerval – et dont l’appréhension court aussi bien dans de nombreuses pages des Filles du feu que dans Sylvie, pour finir en apothéose dans l’ultime inspiration d’Aurelia.

   N’existe-t-il pas, néanmoins – et encore plus profondément – un autre soleil, dont la noirceur intrinsèque serait due à un trop-plein de lumière (une telle lumière qu’elle aveuglerait nos yeux), un soleil dont l’absence serait la preuve la plus tangible de son irrémessible présence à nos cœurs et à nos mains adorantes ?

   Il me semble (me trompé-je ?) que c’est de ce soleil que nous entretient Brigitte Maillard dans le recueil poétique qu’elle vient de faire paraître,  et que, lorsqu’elle note presque tout de suite (dès la deuxième page précisément) : « tu vois il a disparu/ il ne reste que l’horizon », elle se trouve extraordinairement proche de ce Père de Cappadoce qu’était Grégoire de Nysse quand, dans ses Homélies sur le Cantique des cantiques, il explique que nous allons de « commencement en commencement par des commencements sans fin », et que nous nous approchons ainsi d’un horizon qui, pourtant, se dérobe sans fin.

   Comment comprendre autrement telle notation si proche du Grain de Sénevé de maître Eckhart ou de la parole du « Bienheureux » à Arjuna, dans la Bhagvad-Gita, sur « Cela » qui, à la vérité, ne se trouverait ni près ni loin : « Je suis un peu perdue/ ici-bas n’est pas ici et ailleurs/ ici » ?

   Bien sûr, ces vers se poursuivent par l’évocation de la mort, mais s’agit-il de la même mort à laquelle nous sommes habitués ? Lorsque Brigitte Maillard  écrit par exemple, s’adressant à elle : « décore mon jardin/ de tes mains si douces », pour continuer peu après par : «  éternité/ tu devances ma vie ! », comment ne pas entendre que c’est avec le suprême  mystère qu’elle s’entretient de la sorte ?

   Et dès lors, cet Amour dont ne veut se déprendre l’auteur (mais plutôt, sans cesse et sans cesse, rechercher son essence jusque dans les recoins de la vie), peut révéler son visage sans figure discernable : « je crie l’amour unique/ la flambée de violence/ la courroie qui se brise/ et la corde qui m’attache// fleur au soleil levé je crie/ la chute de l’homme dans les dimensions de dieu »…

   C’est le moment, en effet, où elle peut bien relever que, « Poète sans histoire, au bord du gouffre, la tête renversée je touche au ciel. »  et qu’ « il a fallu mourir// (plus de mille fois par jour/ à la morsure du loup)// pour que naisse le jour/ que la vie se  retrouve/ sans que rêve l’amour ».

    Et si le vrai soleil, dans notre vie comme elle est – et dans cette part d’éternité dont nous sommes aussi constitués – c’était cela : un soleil d’après le soleil, une telle sombre lumière dont nous désespérons de pouvoir jamais l’exprimer – et si son adoration consistait à se taire pour d’autant mieux le révérer dans sa source de bienfaits et son pouvoir de transmutation ?

   « naît alors/ un vrai visage/ sans second plan/ avec Amour///sur le vent de la pierre et des ombres/ sur le verbe fruit/ sur ce qui est là// (demeure le silence)