GUILLAUME DECOURT

par : Anonyme

7 POEMES

 

ENTIEREMENT

 

Le puits chante le fond. Sécheresse. Cadavres blancs des cigales aux volets clos. Une femme est montée nue dans l’arbre. Elle regarde au loin. Les seins perchés au-dessous de la pluie.

HABITUDE

 

Le pittoresque à rebours ne lui importait plus. Teint rigoureux ; torse brûle-pourpoint ; des yeux faits pour les trous de serrures il psalmodiait sur une escarpolette de fortune : « Le poème est un siphon à prière. » Nous nous aperçûmes qu’il avait le visage grave d’un homme en fête

IMPORTANCE

 

Bruit à terre
D’une pomme de pin
La broche du soleil
Dans la chair blanche facile
Des oiseaux  ras de mer
Aux chansons de rescousse

Irréconciliable
À confondre cigales
Et petits chevaux de la vierge

Auparavant criblé de tout
C’est maintenant la joie
Qui revient en rafales

POSSIBLE

 

Heureusement de toi
Quand elle comme parée d’elle-même
Parle du temps
Que les empereurs apprenaient
Encore l’amour et la musique
Vient  cette heure du vert
Des pins définitifs
Des corridors sur la mer rauque

L’intercession du soleil
Large comme  un pied de femme
 

PROMESSE

 

Algarade de chiens errants
Les Césarion se succèdent
Et les souvlas tournent toujours
Un enfant mendie son morceau d’agneau
- Ta signifiance embellit toutes choses sordides -
On se décrète Roi des rois
Heureux comme un employé de maison

J’avais oublié la couleur
Des bigaradiers dans les rues de l’hiver
Les pépins de grenade écrasés
Sur le pas de la porte

Toute une géographie de l’âme
Avec la cicatrice du soleil à la mer

MOUSSON

 

Aïn le Roi le grand maître du jeu d’échec
Tenait toute sa science de Madagascar
A l’ouverture il s’amputait d’une tour car
Même en m’offrant ses fous j’étais mat aussi sec

Je peinais dans l’arrière-boutique sévère
En maudissant envieux ses huit coups d’avance
J’hésitais longuement de peur qu’il ne me tance
Ou qu’il ne brocarde ma technique primaire

Lorsque la clochette de la porte tintait
Il jurait et nous interrompions la partie
Tandis  que des touristes s’enquéraient du prix

D’un nautile tigre du lagon mahorais
Je rentrais chez ma mère un roque en cargaison
Envisageant le pat sous la pluie de mousson
 

RIVIÈRE

 

Mon amie du hameau  savait pêcher la truite
A la main et le buron proche la rivière
Devenait notre rendez-vous à l’heure dite
Je l’y retrouvais ligne appât mouches et vers

En poche elle glissait sa main sous un rocher
Elle avait l’art de bien caresser le poisson
Avec patience avant de lui déchirer les
Ouïes majeur et pouce en guise d’hameçons

Truite à terre elle dansait avec une joie
A démolir le monde entier à faire fuir
Un homme heureux à rendre le bonheur bien bas

A faire sembler l’espérance malhonnête
J’imaginerai toujours son éclat de rire
Enfoncé dans les monts comme une colonnette