Jean-Pierre Metge

par : Anonyme

Nous remercions chaleureusement les éditions L’Arrière-Pays de nous autoriser à reproduire ces poèmes, extraits de Nos seuls soleils sont des lichens

Le plus joli voyage serait à contretemps

 

Le plus joli voyage serait à contretemps
remonter un chemin
bordé de noisetiers
où les filles du soir
une main sur la hanche
et un bras arrondi
sur des morceaux de ciel
criblés d’astres rouillés
nés des chocs aux fontaines
bomberaient leurs seins blancs
pour irriguer la nuit
 

Limite est des jours

 

Limite est des jours
vitrine du matin
un huitième de terre
dans un ciel vertical
dévoré de nuages malades

J’ai vu se décomposer
les cumulus charnus
se dissoudre
dans la langueur des heures
l’or des plages célestes

Tu le vois bien

 

Tu le vois bien
il n’y a que ces murs gris
sur ces chemins cassés
il n’y a plus personne.

ces murs de pierres sèches
écroulés sous leur poids
qu’une main stupide a poussées
au rêve des jardins

et cette terre rouge
adhérant aux souliers
du promeneur perdu
dans ses années d’enfance.
 

voyageur du silence

 

voyageur du silence
je joue avec les mots
novembre
est cette pluie
qui danse dans ma tête
du rouge de la feuille
au rouge de tes lèvres
l’air donne un baiser froid
aux dernières couleurs
 

bouquets de lunes blanches

 

bouquets de lunes blanches
glaçant les limbes morts
lumières dentelées au contre-jour des cieux
aveuglantes monnaies
du soir trop tôt venu
je serai toujours le perdant
au grand jeu des saisons

j’ai cueilli sur les branches l’absence
et ce sera bientôt l’hiver