Joël Bastard

par : Anonyme

SIX LIEUX

SIX LIEUX

 

L’oracle des cyprès donne sa flamme à l’entrée du chemin. Les vignes soumises, feuilles basses, devant les pierres dressées pour le mur, ruminent quelques restes nocturnes. Les chauves souris dans l’oliveraie en perte d’obscurs tissent les gestes du passé aux ronces distinguées. Tous quittent leur gangue noire, précisent leur nom, un à un sur la colline, à commencer par cet arbre aux fruits excentriques d’or et de sang mêlé.

Aujargues

 

 

 

La nuit vient. L'on passe devant une maison faiblement éclairée et l'on se dit, c'est là que je veux vivre. Avec cette femme inconnue qui se repose sous l'abat jour.

Vertamboz

 

 

 

Adolescent, je profanais les tombes en hurlant dans la nuit. Arrachant les croix de mauvaises qualités pour les jeter aux ronces. Aujourd'hui, je lis les meilleures feuilles funéraires et je me promène calmement dans les cimetières, sachant que là-dessous il n'y a personne. Le vent dans les pins, comme un applaudissement.

Saint Maurice de Sorgues

 

 

Nous prenons le vent, côte à côte, la grande éolienne et moi. Sans un mot. Parfois, nous tournons la tête dans la même direction. Sans même nous concerter.

Millau

 

 

Ce matin, bâton de brume à la main. Vers Mascourbe, je pensais écrire le déblanc des amélanchiers. Maintenant l'éclat orangé d'une seule feuille de buis comme un bijou dans le chemin. Ô crapauds, premiers marcheurs terrestres et premières mains. On chemine lentement dans le village pour arriver jusqu'au soir. La seule occupation est celle du vent dans les ruelles. L'alyte dans la nuit approfondira notre présence à la fenêtre ouverte dans l’obscur.

Latour sur Sorgues

 

 

Le peintre était debout au beau milieu d’une esplanade d’armoises. Devant des milliers d’arbres ronds poudrés de brume et de lumière. Immobile devant son chevalet. Le printemps troublait les feuillages. Le calme du paysage se mélangeait à sa toile. Se répandait sur sa toile, en toute évidence. J'ai aimé cet inconnu qui m'a donné le jour sans un mot. Je ne peux l’oublier. Il y a si longtemps. Il faut dire que ce jour-là, le paysage lui ressemblait !

Sisteron