La poésie de Shizue Ogawa

par : A-C Carls

 

Shizue Ogawa

 

Présentation

par

Alice-Catherine Carls

 

 

            Shizue Ogawa est née en 1947 sur l’île d’Hokkaido au Japon. Elle est spécialiste du poète romantique anglais John Keats, a enseigné la littérature britannique à l’université du Kansai et la culture internationale à l’université pédagogique d’Osaka. Depuis de longues années, elle est l’invitée de festivals internationaux de poésie en Belgique, France, Canada et Finlande, et elle est une habituée fidèle du festival international Gerard Manley Hopkins en Irlande. Elle a publié dix-sept recueils poétiques. Ses poèmes sont traduits en dix langues étrangères. En 1963, elle reçut le Grand Prix de l’Exposition Nationale Sakura pour ses œuvres d’art au crayon pastel et, en 2011, le Prix International de Poésie Antonio Viccaro au Festival des Trois Rivières au Québec.

 

            Shizue Ogawa écoute la relation de l’eau, du vent et du feu à la terre, ses animaux, insectes, plantes et êtres humains. Cette relation apporte sérénité, respect et douceur, un sens de la juste place de chacun ; cet équilibre tire son pouvoir de la métaphysique Tendai, Zen, et Shinto grâce à une écriture en contrepoint. La tristesse féconde alterne avec la plénitude exultante, un simple objet avec son reflet cosmique:

 

Le bol sereinement

tourné vers le ciel

humblement  reçoit les étoiles

les présente

sa courbe est la même que le ciel

 

Lorsque les insectes s’enfoncent dans la terre pour hiberner, leurs sensations conduisent le lecteur au sein de la mémoire de la nature. Les épines des roses viennent-elles d’un excès de joie ? Pourquoi les fraises sont-elles rouges si leurs graines sont noires ? Ainsi Shizue Ogawa ouvre-t-elle au lecteur un vaste espace-temps, celui de l’animisme et du vitalisme cosmique. Un espace de douceur caractérise son oeuvre poétique : 

 

Les voix du poète sont celles du vent

qui effleure l’eau.

 

Cet univers bucolique emprunte son inspiration aux Géorgiques de Virgile, inspiration visible dans la suite des sept volumes cités ci-dessous, auxquels Shizue Ogawa a l’intention d’ajouter quatre autres. Tous ensemble formeront un chant ininterrompu de la nature. Leurs titres bougent au rythme des océans comme une âme qui joue. Un élément de la tradition virgilienne en évidence dans sa poésie est l’exquise précision et les détails de ses descriptions dont plusieurs doivent leur acuité à l’observation scientifique qu’en fait la poète.

 

            Dans cet univers la paix ne règne toutefois pas toujours et la violence sensorielle ou physique transforme le réel en une vision surréaliste angoissée. La ville fait de l’être humain un moule en fer, les yeux de la solitude sont injectés de sang. / Ils ne cillent pas, / ils regardent fixement / d’un regard saoûl. La poète devient un triste ballon publicitaire / un ballon perdu, un oeil jaune qui regarde dans le passé. Un violon crache son poison,  un serpent habite le corps en brillant à travers ma peau comme une bougie, puis apparaissent d’autres serpents qui glissent jusqu’au bout de mes doigts. Le temps montre sa traîtrise :

 

Le temps est liquide.

Il épouse ma forme et m’enserre.

Quand je tente de le repousser,

il m’aborde avec une amicale méchanceté.

 

Inscrite dans le quotidien, la mort se manifeste par la phénoménologie de la crémation, par le souvenir du grand-père brûlant tous les kimonos ayant appartenu à son épouse morte ou tout simplement par une mélancolie sans objet précis. Compagnon de la mort, le feu est à la fois purificateur et destructeur.

 

            Écrivant la plupart du temps à la première personne, Shizue Ogawa assume plusieurs rôles : fille, poète, épouse, amie, facteur, rose, sœur, inspecteur, insecte : multiples métamorphoses d’une poète qui a vécu de nombreux voyages à l’intérieur comme à l’extérieur de son âme qui joue. Ce jeu ne lui fait pas oublier un fort sens d’équilibre qui fait d’elle un miroir du monde, une matrice de vecteurs opposés dont le vecteur culturel orient-occident qu’elle parcourt comme un ruban de Möbius, tissant les saisons de sa vie l’une dans l’autre et unissant les variations multiples de ses expériences poétiques dans une récolte incessante de beauté. Sa poésie pourrait se comparer à un beau drap, solide, uni, avec de délicats motifs ton sur ton.

 

            La dimension ludique de sa démarche poétique est importante. Shizue Ogawa en donne tout le crédit à son professeur, Josaburo Ogino, qui l’encouragea à développer quatre méthodes. En premier, l’esprit joueur, les subtiles taquineries des amies, l’amitié entre insectes et arbres, un pic-vert qui se dépêche de faire ses devoirs le soir. Triste, un arbre en hiver cache des photographies dans son tronc ou bien un inspecteur envoyé par la ville / vérifie le croassement des grenouilles. . . / vérifie le chant des insectes. . . pour déterminer si la récolte de riz sera bonne. En deuxième, le passage du réel à l’imaginaire et au merveilleux : des elfes souterrains infusent de couleur les racines d’un arc-en-ciel dont la poète peint le ciel, un orchestre de poissons joue, danse et chante dans une rivière illuminée par la lune, un escalier devient:

 

un ressort en acier,

une liane se balançant dans le vent.

L’escalier en spirale était suspendu entre ciel et terre.

 

En troisième, la libération de la matière par la création d’un support poétique libre tel la texture changeante et immatérielle de l’air, de l’eau, ou du vent :

 

À côté de la pleine lune d’août

une montagne tremblait comme un reflet sur l’eau.

 

Le support poétique peut également être un morceau de toile étendu sur un buisson entre la poète qui la brode pour en faire cadeau à sa sœur :

 

Les fourmis s’approchent des fils

et se frottent les yeux en cherchant leurs couleurs préférées.

Les abeilles prennent la broderie pour de vraies fraises des bois.

Elles s’arrêtent, secouent la tête, et reprennent leur vol. . .

 

. . . Les fleurs d’abélia

se sont cousues dans les fils à broder.

Regarde.  Il y a des motifs de fleurs au revers de l’étoffe !

 

En quatrième, la mise en scène. Le poème “Son”,  par exemple, montre l’imbrication en abîme de différentes scènes. Le poète contemple un tableau à la tempera représentant des tisserands ; contre un des murs de ce premier grand tableau, est accroché un tableau représentant des musiciens. Les tableaux prennent vie quand les sons deviennent des fils et les couleurs des sons, reliant les deux tableaux. La poète puis le lecteur sont attirés dans ce nouveau tableau. Leur interprétation de ce qu’ils voient complète la mise en scène.

 

            La spontanéité des poèmes de Shizue Ogawa, qui semblent être écrits sous l’emprise du vécu, leur apparence éphémère, et la simplicité de leurs vers, ne doivent pas tromper. Sous cette apparence se cache un formidable atelier poétique qui s’apparente à la tradition japonaise haikai dans laquelle la précision accompagne le minimalisme comme dans l’esthétique des jardins japonais. L’ouverture culturelle de Shizue Ogawa et son érudition rendent sa poésie immédiatement accessible au lecteur occidental qui apprend à voir différemment les violons, Tchaïkovski, les sonnets de Shakespeare, les campanellas, les paysages d’Irlande, de Belgique, et de France, les chaconnes de Bach, les trèfles, et les sarabandes. Toutefois, par l’évocation de plantes et d’arbres, de nourritures et d’habits, d’éléments architecturaux et décoratifs, le lecteur est tout naturellement introduit à la culture japonaise.

 

            Sous le visage du quotidien, Shizue Ogawa regarde l’obscurité tellurienne de l’âme humaine, transformant des événements ordinaires en extraordinaires expériences poétiques. Le poème intitulé “Ma maison” fait ainsi d’une maison un lieu multiple, un refuge, une prison, un lieu où l’absence est ressentie de façon poignante:

 

Ma maison est dans la mer.

Un rocher pointu émerge du fond marin,

et ma maison est assise sur sa pointe. . .

 

Si profonde est la mer qu’aucune vague ne s’élève

et nul vent ne souffle. . .

Puis un jour / ma maison a cédé à l’eau tourbillonnante

et s’est mise à osciller lentement. . .

 

Bientôt ma maison

sur le rocher pointu

va basculer. . .

 

L’eau de la mer, froide et brune, va m’enlacer.

Alors seulement je pourrai calmement appeler les noms de ma famille.

 

La réalité en apparence si présente, est en fait légère comme l’air et glisse imperceptiblement vers le monde des apparences, le monde des ombres et de l’imagination qui sont permanents, mais inaccessibles. La vie est transformée en art, l’art est transformé en vie: cette double opération élimine les frontières du rationnel et permet à Shizue Ogawa de créer des parallèles, des correspondances, qui humanisent l’art et élèvent la vie jusqu’à la permanence.

 

Bibliographie

 

Water – A Soul at Play I (Konan City, Japon: Ishibe-higashi, 1999). 158 pages. Édition bilingue japonais-anglais ; traduction par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-76-5. CD sous le même titre avec les poèmes lus par Shizue Ogawa et Donna Tamaki.

 

Flames – A Soul at Play II (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2005). 194 pages. Édition bilingue japonais-anglais ; traduction par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 4-944229-53-4. CD sous le même titre avec les poèmes lus par Shizue Ogawa et Donna Tamaki.

 

Sound – A Soul at Play III (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2007). 180 pages. Édition bilingue japonais-anglais ; traduction par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-71-0.         

 

Wind – A Soul at Play IV (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2009). 198 pages. Édition bilingue japonais-anglais ; traduction par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-00-2.         

 

Sea – A Soul at Play V (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2011). 180 pages. Édition bilingue japonais-anglais ; traduction par Soraya Umewaka et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-01-9.

 

Land – A Soul at Play VI (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, At press). Édition bilingue japonais-anglais ; traduction par Soraya Umewaka et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-05-7.

 

Clouds – A Soul at Play VII (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, At press). Édition bilingue japonais-anglais ; traduction par Soraya Umewaka et Shizue Ogawa.

 

En français

 

Une âme qui joue. Choix de poèmes. (Belgique: Éditions À bouche perdue, Collection Pangée, 2010 et 2011).  177 pages. ISBN 978-2-9600953-1-9. Édition bilingue japonais-français ; traduction de l’anglais par Michèle Duclos et Jacqueline Starer.

 

Une âme qui joue. Le cercle. (France: Éditions Caractères, 2012) 111 pages. ISBN 978-4-904625-03-3. Édition bilingue japonais-français ; traduction du japonais par Véronique Brindeau.

 

Une âme qui joue. L’embarras, la tranquillité, l’amour. (Konan City, Japon: Editions Iwanami Publishing Service Center, 2012). 105 pages. ISBN 978-4-904625-03-3. Édition bilingue  japonais-français ; traduction de l’anglais par Michèle Duclos et Jacqueline Starer et du japonais par Véronique Brindeau. Introduction de Michèle Duclos. Dessins de l’auteur.

 

 

 

Shizue Ogawa

 

Presentation

by

Alice-Catherine Carls

 

 

            Shizue Ogawa was born in 1947 on Hokkaido island in Japon. She is a specialist of the Romantic British poet John Keats and taught British literature at the University of Kansai, and international culture at Osaka University of Education. For many years, she has been invited to international poetry festivals in Belgium, France, Canada, and Finland, and she is a regular at the Gerard Manley Hopkins international festival in Ireland. She has published seventeen poetic volumes, and her poetry has been translated in ten foreign languages. In 1963, she received the Grand Prize of the Sakura National Exhibit for her pastel art works, and in 2011, the Prix International de Poésie Antonio Viccaro at the Trois Rivières festival in Québec.

 

            Shizue Ogawa is attuned to the relationship between water, wind, fire, and the earth, its fauna, flora, and human beings. This relationship imbued with serenity, respect, and kindness, gives everybody and everything a sense of place; this balance draws its strength from the metaphysical beliefs of the Tendai, Zen, and Shinto religions, and it stresses counterpoints. Pregnant sadness alternates with jubilant plenitude, a simple object with its cosmic reflection:

 

The bowl quietly

looks up at the heavens.

Humbly it receives the stars

and serves them up. Curved like the sky,

this rice bowl.

 

When insects burrow into the ground to hibernate, their sensations lead the reader into the heart of nature’s memory. Did roses get their thorns from an excess of joy? “Why Are Strawberries Red If Their Seeds Are Black?” Thus Shizue Ogawa opens for the reader the vast space-time of animism and cosmic vitality. Such space is marked by the softness that characterizes her poetic work:

 

The voices of a poet are the voices of the wind

diffusing small ripples in the water.

 

This bucolic universe borrows from Vergil’s Georgics tradition. This tradition is visible in the sequence of the seven volumes of poetry listed below, to which Shizue Ogawa plans to add four more, all forming a seamless song of nature. Their titles move with the oceans in the universe like a soul at play. One element of Vergil’s tradition that is evident in her poetry is the exquisitely detailed precision of her descriptions, many of which owe their sharpness to her scientific observation of the world around her.

 

            Peace does not always prevail in this universe, however, and sensorial or physical violence transforms reality into an anguished, surrealistic vision. The city turns the poet into an iron mold, solitude’s eyes are bloodshot. / They do not blink, / just stare. / Drunken looking.The poet becomes a sad advertising balloon / a balloon torn loose, a yellow eye staring into the past. A violin spits out poison,a serpent inhabits the poet’s body, glowing through my skin like a candle, then more serpents appear and slither to the tips of my fingers. Time shows himself as a deceitful being:

 

Time is liquid.

It takes my form and presses in.

When I try to thrust it away,

it approaches me with friendly malice.

 

Inscribed within everyday matters is death, seen through the phenomenology of cremation, the memory of her grandfather burning all the kimonos belonging to his dead wife, or simply an undefined melancholy. Death’s companion, fire purifies and destroys at the same time.

 

            Writing mostly in the first person, Shizue Ogawa takes on several roles: daughter, poet, wife, friend, mailperson, rose, sister, inspector, insect: such are the multiples metamorphoses of a poet who has traveled widely inside as well as outside of her soul at play. This playfulness does not diminish the strong sense of balance that appoints her into a mirror of the world, the matrix of opposite vectors, including the East-West cultural vector that she travels as a Möbius strip, weaving the seasons of her life together and uniting the multiple variations of her poetic experiences into a ceaseless harvest of beauty. One might compare her poetry to a handsome piece of cloth on which she embroidered delicate motives in matching shades.

 

            The playful dimension of her poetic method is important. Shizue Ogawa credits one of her professors, Josaburo Ogino, who encouraged her to develop four methods. First, a playful mind, the subtle teasing of friends, friendships between insects and trees, a woodpecker is in a hurry at night because he is doing his homework, a sad winter tree is concealing pictures inside, or an inspector sent from the town office / to check how the frogs are croaking today. . . to check how the insects are singing today. . . in order to measure whether the rice harvest will be good. Second, the transition from the world of reality to the world of imagination and marvel: underground elves pour colors into the roots of a rainbow that the poet drags across the sky, a fish orchestra plays a symphony in the river under the silver moon, a staircase becomes

 

. . . a steel spring,

a vine swinging in the wind.

The spiral staircase hung in midair.

 

Third, the freeing of objects from their material support through the creation of a free poetic support such as the immaterial and changing texture of air, water, or wind:

 

Besides the full moon of August

a mountain swayed flimsily like a reflection on the water.

 

The poetic support can also be a piece of cloth stretched on a bush between the poet who embroiders it as a special present for her sister:

 

Ants come near the threads

and rub their eyes as they look for their favorite colors.

Bees mistake the embroidery for real wild strawberries.

They pause, nod their heads and fly away again. . .

 

. . . The abelia flowers

were sewn into the embroidery threads.

Look? There are flower patterns under cloth, too!

 

Fourth, the staging. The poem “Sound,” for example, shows the en abîme composition of different scenes. The poet contemplates a tempera painting representing weavers; against one of the walls of this larger tableau, hangs a painting representing musicians. The paintings come to life as sounds become threads and colors become sounds, linking both tableaux. The poet, then the reader, are drawn in this new tableau. Their interpretation of the tableau completes its staging.

 

            The spontaneity of Shizue Ogawa’s poems which seem to be written under the influence of the moment, their ephemeral appearance, and the simplicity of their verse, should not mislead the reader. This appearance hides a formidable poetic workshop that is related to the Japanese tradition of haikai in which precision accompanies minimalism as in the aesthetic of Japanese gardens. Shizue Ogawa’s cultural openness and erudition render her poetry immediately accessible to the Western reader who learns to see differently elements such as violins, Tchaikovsky, Shakespeare’s sonnets, campanellas, Irish, Belgian, and French landscapes, JS Bach’s chaconnes, four-leaf clovers, and sarabands. Still, through the evocation of plants and trees, food and dress, architectural and decorative elements, the reader is quite naturally introduced to Japanese culture.

 

            Shizue Ogawa peers under the daily world’s appearance, into the tellurian darkness of the human soul, thus transforming ordinary events into extraordinary poetic experiences. Thus the house embodies a refuge, a prison, a lonely place of longing, and the locus of reunification with loved ones:

 

My house is in the sea.

A sharp boulder protrudes from the seabed,

and my house sits on the tip. . .

 

. . . So deep is the sea that no waves rise up,

and no wind blows. . .

 

. . . Then one day

my house yielded to the swirling water

and began to sway slowly. . .

 

Soon my house will tilt over

on the sharp boulder. . .

 

. . . The cold, brown seawater will embrace me.

Only then can I calmly call out the names of my family.

 

Reality, seemingly so present in the poem, is in fact as light as air and shifts imperceptibly towards the world of appearances, of shadows, and of imagination that are permanent, yet inaccessible. Life is transformed into art, art is transformed into life: this double operation erases the borders of rationality and allows Shizue Ogawa to create parallels and correspondences that humanize art and elevate life into permanence.

 

Bibliography

 

Water – A Soul at Play I (Konan City, Japon: Ishibe-higashi, 1999). 158 pages. Bilingual edition Japanese-English, translated by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-76-5.

CD available, under the same title. Poems read by Shizue Ogawa and Donna Tamaki.

 

Flames – A Soul at Play II (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2005). 194 pages. Bilingual edition Japanese-English, translated by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 4-944229-53-4. CD available, under the same title. Poems read by Shizue Ogawa and Donna Tamaki.

 

Sound – A Soul at Play III (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2007). 180 pages. Bilingual edition Japanese-English, translated by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-71-0.       

 

Wind – A Soul at Play IV (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2009). 198 pages. Bilingual edition Japanese-English, translated by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-00-2.       

 

Sea – A Soul at Play V (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, 2011). 180 pages. Bilingual edition Japanese-English, translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-01-9.

 

Land – A Soul at Play VI (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, At press). Bilingual edition Japanese-English, translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-05-7.

 

Clouds – A Soul at Play VII (Konan City, Japan: Ishibe-higashi, At press). Bilingual edition Japanese-English, translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa.

 

Choix de poèmes de Shizue Ogawa

 

 

桑の実 落して 

 

桑の実

落して

赤いの取って

ひとりで食べずに

くださいな

 

桑の木 見つけた 

登って 食べた

青いの摘まずに 

待っていて

うれたのほかに 

見つけましょ

 

枝やわらかく 

先に実が

それを私にくださいな

いっしょに取りましょ

鳥も食べましょ 

はねずの実

 

桑の実 赤く 口赤く

食べたのないしょ 

むずかしい

鳥が翼で口かくし 

まだ食べてるよ 

片足あげて

 

深い霧の 森の朝

2人でゆきましょ 

みんなでゆきましょ

桑の実取りに

かごにも摘んで 

帰りましょ

 

 

雲 ― 遊ぶ魂 (VII) 

 

 

Send Down Some Mulberries

 

Send down

some mulberries.

Can I have the red ones?

Don’t have them all,

keep some for me.

 

We discovered

more mulberry trees.

You climbed one and ate its fruits.

Wait, don’t pick the green ones.

Shall we search for

ripe berries elsewhere?

 

A soft bent twig

carries berries on its tip.

Save some for me.

Shall we pick fruits together?

Along with birds,

let’s feast on hanezu crimson berries.

 

Mulberries are red, turning our mouths red.

Eating them is a secret

that’s difficult to keep.

A bird is still nibbling away,

covering its mouth with its wing

while perching on one leg.

 

Forest’s morning, thick mist drifts.

Shall we go, the two of us,

shall we all go

to pick mulberries?

Let’s return home

with baskets full of mulberries.

 

Author’s note: The word, hanezu, is used in Manyoshu, the oldest Japanese anthology of poems, which contains about forty-thousand-and-five-hundred poems in twenty volumes. The original meaning of hanezu is a tree that resembles peach trees or cherry trees with whitish crimson flowers. Now the term hanezu refers to a whitish crimson color.

Clouds ― A Soul at Play (VII)

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

 

Fais tomber quelques mûres

 

Envoie-moi

quelques mûres.

Puis-les avoir rouges ?

Ne les prends pas toutes,

garde m’en quelques-unes.

 

Nous avons découvert

d’autres mûriers.

Tu es monté dans l’un et tu as mangé ses fruits.

Attention, ne cueille pas les verts.

Et si nous cherchions

ailleurs des mûres bien mûres ?

 

Un rameau souple courbé

porte des baies à son bout.

Gardes-en quelques-unes pour moi.

Et si nous cueillions les fruits ensemble ?

Avec les oiseaux,

Régalons-nous de mûres cramoisies.

 

Les mûres rouges tachent nos bouches.

En manger est un secret

difficile à garder.

Un oiseau continue à s’en gaver,

couvrant son bec de son aile,

perché sur une patte.

 

Forêt au matin traversée de brumes épaisses. 

Si nous allions tous les deux,

si nous allions tous

cueillir des mûres ?

Pour ramener à la maison

des paniers pleins de mûres. 

 

Note du Poète : le mot hanezu se trouve dans le  Manyoshu, la plus vieille anthologie japonaise de poèmes, qui contient quelque quarante mille cinq cents poèmes en vingt volumes.À l’origine le hanezu est un arbre qui ressemble à un pêcher ou à un cerisier aux fleurs rouge pâle. Aujourd’hui le vocable hanezu désigne une couleur rouge pâle.

 

Les nuages ―  Une âme qui joue (VII)

Traduit de l’anglais par Michèle Duclos

 

 

 

四角い悲しみ 

 

さそわれるままにゆくと

池があった

水に かえでが

枝をはり出していた

突然 せみが落ちてきた

それは死んでいた

 

しばらく歩くと  疏水があった

「水は大津から京都へと流れる」

友が言った

1ぴきのせみが死んでも

鳴き声の勢いは  かわらなかった

森全体が 太陽にむかって鳴り響いいた

 

疏水は音もなく流れた

友は語らず 私のそばにいた

私は  自分にふさわしいところで待ち

四角い悲しみをもらうだろう

辛抱強く立ち 

乾いた悲しみをもらうだろう

 

友が「先を急いでいるか」とたずねた

私はうなずき 

ひとりになった

池にもどった

せみの足は  意外に小さく 

白い斑点が浮いていた

 

 

 

雲 ― 遊ぶ魂 (VII) 

 

 

 

 

Squared Sorrow 

 

I went to where I was led,

a pond.

Maple trees stretched their boughs

above the water.

Suddenly a cicada dropped.

It was dead.

 

After walking for some time,

we came across a canal.

“The water flows from Otsu to Kyoto,” my friend said.

Even though one cicada died,

the ear-piercing shrill of cicadas remained unchanged.

The whole forest burst into songs, facing the sun.

 

The canal flowed without a sound.

My friend, silent, stood beside me.

I shall wait in the appropriate place,

I may receive squared sorrow.

I shall patiently stand,

I may receive dried-up sorrow.

 

My friend asked me, “Are you in a hurry?”

I nodded,

I was now alone.

I returned to the pond.

The legs of the cicada were surprisingly small,

white spots appeared over them.

 

 

Clouds ― A Soul at Play (VII)

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

 

 

Une tristesse carrée

 

J’allai où l’on me mena,

c’était un étang.

Des érables étendaient leurs branches

au-dessus de l’eau.

Soudain une cigale tomba.

Elle était morte.

 

Après avoir marché quelque temps,

nous arrivâmes à un canal.

« L’eau coule d’Otsu à Kyoto, » dit mon ami.

Bien que l’une d’elles eût disparu,

les cigales stridulaient aussi fort qu’avant.

Toute la forêt résonnait de chants, face au soleil.

 

Le canal coulait sans faire de bruit.

Mon ami se tenait en silence à côté de moi.

J’attendrai là où il faudra,

une tristesse carrée montera peut-être en moi.

J’attendrai patiemment,

une tristesse asséchée montera peut-être en moi.

 

Mon ami me demanda : « Êtes-vous pressée ? »

Je fis signe que oui,

j’étais seule à présent.

Je retournai à l’étang.

Les pattes de la cigale me parurent étonnamment petites,

elles étaient couvertes de taches blanches.

 

Les nuages ―  Une âme qui joue (VII)

Traduit de l’anglais par Jacqueline Starer

 

 

線路のつぎ目   

 

奥さんは リュックサックを背負って

毎日 ホテルにゆく

私は奥さんの背でまどろむ

ペットボトル

 

奥さんは旅人を見るのが好き

だから私も いつも旅人

ホテルのレセプションの

いすにかけて 私を取り出す

 

奥さんが家に帰ってくると

私はになっている

でも どうぞ捨てないで

 また私を使って

 

リュックのなかで 

水が一杯の時

目は見えない

水が減ると見えてくる

 

 

リュックのなかに

地図と磁石

画帳と12色のクレヨン

奥さんは いつも私をクレヨンの横に置く

 

 

 

雲 ― 遊ぶ魂 (VII) 

 

 

 

Knapsack 

 

My landlady goes to a hotel every day

carrying a knapsack.

I am a plastic bottle,

dozing off on her back.

 

My landlady loves to watch travelers,

so I, too, become a constant traveler.

She sits on a chair at a reception

and takes me out into the light.

 

By the time she returns home,

I am empty.

Please do not throw me away,

use me again tomorrow.

 

Inside the knapsack,

when I am filled with water,

my vision is clouded.

As the water level dwindles, I regain my sight.

 

In her knapsack

she has a map, a compass, a sketchbook

and twelve different colored crayons.

My landlady always places me besides the crayons.

 

 

 

Clouds ― A Soul at Play (VII)

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

 

Sac à dos

 

 

Ma logeuse se rend chaque jour dans un hôtel

avec un sac à dos.

Je suis une bouteille en plastique

assoupie sur son dos.

 

Ma logeuse adore observer les voyageurs,

elle fait ainsi de moi une constante voyageuse.

Assise sur une chaise à la réception,

elle me sort à la lumière.

 

Le temps de rentrer chez elle,

je suis vide.

S’il-vous-plaît, ne me jetez pas,

reprenez-moi demain.

 

Quand je suis dans le sac à dos,

remplie d’eau,

ma vision se voile.

Quand le niveau baisse, je recouvre la vue.

 

Dans son sac à dos

elle a une carte, un compas, un carnet à dessins

et douze crayons de couleurs différentes.

Ma logeuse me range toujours à côté des crayons.

 

 

Les nuages ― Une âme qui joue (VII)

Traduit de l’anglais par Jacqueline Starer

 

 

 

線路のつぎ目  

 

もし  線路につぎ目がなかったら

やはり悲しいでしょう

私は あの音を聞くために

電車にのる時があります

切符はどちらまで?

上り? 下り?

旅は 長くなくてよいでしょう

用事がないのに

会う人もいないのに

切符を買ってごらんなさい

 

線路のつぎ目 考えたことあります?

それは 大切な意味を持っています

「ひずみを吸収するために必要だ」などと 言わないで

ひざをかかえて泣いた日

耳に響いたあの音

親しい駅を ゆっくり離れ

となりの駅の秘密に近づく

旅に出ない?

ひと駅 ふた駅 

反対路線に のってみてもよいでしょう

 

 

 

祈り― 遊ぶ魂 (VIII)  

 

 

Railroad Joints

 

If there were no railroad joints,

it would be pitiful.

There are times when I get on trains

just to hear the clattering sounds.

A ticket to where?

East? West?

A journey should preferably not be long.

Although there is no reason to go,

nor friends to see,

why not buy a train ticket?

 

Have you ever thought about railroad joints?

They carry an important meaning.

Don’t say, "They reduce the crookedness of rails."

On the day when I cried holding my knees,

the clattering sounds echoed in my ears.

The sounds slowly departed from my home station,

getting closer to the secrets of a neighboring station.

Shall we go on a trip?

One station, two more stations,

this time a ticket for the opposite direction? 

 

 

Prayer ― Soul at Play (VIII)

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

 

Les joints de rails

 

Si les rails n’avaient pas de joints,

ce serait pitoyable.

Parfois je prends le train

juste pour entendre leur cliquetis.

Un billet pour où ?

L’est ? L’ouest ?

Un voyage court est préférable.

Même sans aucune raison de partir,

sans aucune amie à voir,

pourquoi ne pas acheter un billet ?

 

Avez-vous jamais pensé aux joints de rails ?

Ils portent une signification lourde.

Ne dis pas, “ils redressent les rails.”

Le jour où j’ai pleuré en me tenant les genoux,

leur cliquetis résonnait à mon oreille.

Les sons partaient lentement de ma station,

s’approchant des secrets de la station voisine.

Partirons-nous en voyage ?

Une station, deux de plus,

cette fois, un billet pour la direction opposée ?

 

Prière – Une âme qui joue (VIII)

Traduit de l’anglais par Alice-Catherine Carls

 

 

 

露 

 

音がした

大きな葉から

露が落ちた

規則正しい音が

森を神秘的にした

森は一層深く

私は 

音のなかを歩いた

 

葉は 

いつ露をためるのだろう

それは風が吹く時

葉は

いつ露を落すのだろう

それは 足音が聞こえる時

私は 1枚の葉から

手のひらに露をこぼした

 

 

祈り― 遊ぶ魂 (VIII)  

 

 

 

Dew 

 

Dewdrop.

A dew dropped

from a large leaf.

Regular sounds of drops

mystified the forest.

The forest grew more dense,

I walked

in the sounds.

  

When does a leaf

hold onto its dews?

When the wind blows.

When does a leaf

drop its dew?

When it hears footsteps.

Tilting a single leaf,

I poured its dew onto my palm.

 

Prayer ― Soul at Play (VIII)

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

Rosée

 

Goutte de rosée.

Une goutte tomba

d’une grande feuille.

Des bruits réguliers de gouttes

intriguaient la forêt.

La forêt se fit plus dense,

Je marchais

dans les bruits.

 

Quand une feuille

retient-elle ses gouttelettes ?

Quand le vent souffle.

Quand une feuille

laisse-t-elle tomber sa rosée ?

Quand elle entend des pas.

Inclinant une feuille

J’ai versé sa rosée sur ma paume.

 

 

Prière   ̶  Une âme qui joue (VIII)

 

Traduit de l’anglais par Michèle Duclos

 

 

ちょうのゆりかご

 

海に  ちょうが飛んでいた

とまるところをさがしていた

羽は やさしく風をおこし

波にたずねた 「少し休みたいの」

大海原に ちょうの声が届いた

 

波は静止して

ちょうを休ませた

陸の裏の海までも

一羽の訪問者に

手を差しのべた

 

ちょうは   海の水を吸い

安らかに念じて

羽の色を水色にした

波に2度 3度うなずいて

ふたたび飛んだ

 

海はしばらく ちょうを見つめ

まばたきひとつしなかった

陸の裏の波までも

つま先立って

ちょうが またきてくれるのを待っていた

 

 

祈り― 遊ぶ魂 (VIII)  

 

Cradle of a Butterfly 

 
A butterfly hovered over the sea,
searching for a place to rest.
Her wings gently stirred up wind
and asked, “Can I take a little break?”
Her voice reached the vast ocean.
 
Waves became still
to let her rest.
Even seas from other continents
held out a helping hand
to a single visitor.
 
The butterfly tasted the ocean water,
peacefully wishing
she made her wings azure blue.
Nodding twice, thrice
she flew off again.

The sea watched the butterfly for some time
without blinking once.
Even waves from other continents
stood on tiptoes,
waiting for her to come back.

 

 

Prayer ― Soul at Play (VIII)

 

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

Le berceau d’un papillon

 

Un papillon voletait sur la mer,

cherchant un endroit où se poser.

Ses ailes déplaçaient légèrement l’air

et demandaient : « Puis-je m’arrêter un peu ? »

Sa voix atteignit le vaste océan.

 

Les vagues s’apaisèrent

pour qu’il puisse se reposer.

Même les mers des autres continents

apportèrent leur aide

à cet unique visiteur.

 

Le papillon goûta l’eau de l’océan,

espérant sereinement

qu’elle teinterait ses ailes en bleu azur.

Après avoir salué deux, trois fois,

il reprit son vol.

 

La mer continua à regarder le papillon

sans ciller du tout.

Même les vagues des autres continents

se mirent sur la pointe des pieds,

en attendant son retour.

 

Prière ― Une âme qui joue (VIII)

 

Traduit de l’anglais par Jacqueline Starer
 

 

 

遊ぶ魂 ― 回転木馬

 

部屋から

実のなる木を見つめていた

枝は大きく動き

葉が円を描いて揺れていた

私には 

これからおこることがわからなかった

木の実がうらやましかった

一日 枝につかまっていたらいいのだ

私は たくさんの痛い思いをするだろう

こころにも体にも

苦しい時

私を見下ろしていた木の実を 

思い出すだろう

 

部屋の窓を閉めて外に出た

木の下に立った

私はふっと 

ある考えを否定した

雲が見えていたが

木と雲と私とは

互いに

関係を持たないのではないかと

雑踏のなかに出た

人は「静けさ」よりも 

多くを私に教えた

 

大きな荷物を持って歩く人を

自分だと認めてはいけない

足を引きずって東にむかう人が

私と同じ目的を持っていると 

認めてはいけない 

長くいつくしんできた思いが

いつわりであったと

知らなければならない

 

川のそばの公園の

回転木馬が

夜も照明されている

木馬がまわっている

私はかつて「これにのりたい」と

親にせがむ子どもであっただろう

馬の首につけられている鈴に触れて

「見て!」と叫びながら

木馬から 

親をさがす子どもであっただろう

 

父の肉を食え

母の肉を食え

私はそれによって成長した

 

善を望まず

悪を否定せず

私は存在する

夜の回転木馬は 

さみしい木馬

オルゴールより聞こえる鈴のは

揺れる木の実の 悲しい記憶

馬のたてがみをつかんで

遊べ 子ども

1日の長さを知らない 

子ども

 

 

土 ― 遊ぶ魂(X) 

 

 

A Soul at Play Merry-go-round

 

 

I watched from my room

a tree which bore berries.

Branches moved freely,

leaves swayed in circles. 

I did not know

what was going to happen to me. 

I envied the berries.

They can simply hold onto the branches.

I will experience a lot of pain

in my heart and body.

When I am in distress,

I shall remember those berries

that looked down on me.

      

I shut the window and went out,

I stood under the tree.

Without any reason

I suppressed a thought.

I could see the clouds

but I could not see the relationship

between

the trees, clouds and me.

I walked into a crowd.

The people taught me much more

than what “silence” taught me.

 

A person walks with heavy luggage,

I should not admit that that person is me

 

I should not admit that

the person who dragged his feet and headed east

has the same goals as me.

I have to face the fact that

the thought I cherished for a long time

was false.

 

A merry-go-round

in a park along a river

is lit even at night.

Wooden horses circle.

I may have once been a child

who begged my parents saying,

"I want to ride the merry-go-round."

While ringing the horse's bells around its neck,

I may have looked for my parents,

shouting from the horse, "Look at me!"

 

Eat Father's meat.

Eat Mother's meat

I grew up eating that.

 

I do not desire virtue,

I do not deny vice,

I exist.

The evening merry-go-round,

lonely wooden horses.

Sounds of bells from a music box

play sad memories of swaying berries.

             Clutch onto the horse's mane,

go and play child,

the child who does not know

how long a day lasts.

 

 Soil ― A Soul at Play (X)

 Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

 

Une âme qui joue – le manège

 

De ma chambre je regardai

un arbre qui portait des baies.

Ses branches bougeaient librement,

ses feuilles se balançaient en rond.

Je ne savais pas

ce qui allait m’arriver.

J’enviais les baies.

Elles n’ont qu’à tenir aux branches.

Je vais beaucoup souffrir

dans mon cœur et dans mon corps.

Quand je serai en détresse,

je penserai à ces baies

qui me toisaient de haut.

 

Je fermai la fenêtre et sortis,

je me mis sous l’arbre.

Sans raison aucune

je supprimai une pensée.

Je pouvais voir les nuages

mais pas la relation

entre

les arbres, les nuages, et moi.

J’entrai dans une foule.

Les gens m’apprirent bien plus

que ce que le “silence” m’avait appris.

 

Un être chemine avec un lourd bagage,

je ne devrais pas admettre que cet être est moi.

Je ne devrais pas admettre que

la personne qui traînait des pieds en partant vers l’est

a les mêmes buts que moi.

Il me faut accepter

que la pensée chérie depuis longtemps

ait été fausse.

 

Un manège

dans un parc au bord d’une rivière

est éclairé même la nuit.

Tournent les chevaux de bois.

Je fus peut-être une enfant jadis

qui suppliais mes parents en disant,

“Je veux faire un tour de manège.”

En faisant tinter les clochettes au cou du cheval,

peut-être ai-je cherché mes parents

en criant de mon cheval, “Regardez-moi!”

 

Mange la viande de Père.

Mange la viande de Mère.

Je grandis en mangeant ça.

 

Je ne désire pas la vertu,

je ne nie pas le vice,

j’existe.

Le manège du soir,

chevaux esseulés.

Les sons cristallins d’une boîte à musique

jouent le triste souvenir des baies dansantes.

Accroche-toi à la crinière du cheval,

va jouer, petit enfant,

toi qui ne connais pas

la longueur du jour.

 

Terre – Une âme qui joue (X)

Traduit de l’anglais par Alice-Catherine Carls

 

 

を拾った時

ああ その冷たさ

しゃがんだまま

花を見つめる

ひとり

 

花弁は開き

落ちる涙を

むかえ入れる

露にして

花心にしまう

 

の手ざわり

罪の臭い

のは

閉じられ

永遠にその前で

花を手のひらに

 

こころは

花へと流れ去り

胸に 

やわらかい空洞が残る

門を閉じた

誤り 

 

落下しても開き続ける力を

強さと言わないでください

その冷たさを

美しさと言わないでください

ああ 門のを

一輪の花のために

はずしてください

 

 

 

土 ― 遊ぶ魂(X) 

 

 

Orchid

 

When I picked up a fallen orchid,

oh how bitter cold!

I stared at it

while crouching.

Alone.

 

Petals open,

take in my falling tears,

turn them into dews

and store them

in its heart.

 

The touch of calamity,

the smell of sin.

The gates of atonement

are closed.

In front of the gates, I stand forever

with the flower in my palm.

 

My heart

drifts to the flower,

a soft hollowness stays

in my chest.

Closing the gates

was a mistake.

 

The orchid that

falls and stays open,

do not call that strength.

Its frostiness,

do not call that beauty.

Ah, unlock

the gates’ bolt

for this single flower.

 

Soil ― A Soul at Play (X)

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

 

L’orchidée

 

Je ramassai une orchidée tombée

– comme elle était froide!

Je la regardai

accroupie

seule.

 

Pétales ouvertes,

accueillez mes larmes,

faites-en une rosée

et conservez-la

en son cœur.

 

La touche du malheur,

L’odeur du péché.

Fermées sont

les portes du salut.

Attente infinie devant elles,

la fleur dans ma paume.

 

Mon cœur

va vers la fleur,

un tendre vide reste

dans ma poitrine

c’était une erreur

de fermer les portes.

 

N’appelle pas force

l’orchidée qui

tombe et reste ouverte.

N’appelle pas beauté

sa froideur.

Ah, déverrouille

les portes

pour cette unique fleur.

 

Terre – Une âme qui joue (X)

Traduit de l’anglais par Alice-Catherine Carls

 

 

 

 

偶数と奇数 

 

 

偶数は

誕生を司った  

奇数は

死を司った

 

偶数は 

すべての喜びを集め

横にならんだ

 

奇数は

すべての悲しみを集め

縦にならんだ

 

誕生の数だけ

死があり

偶数は

奇数と交差して

十字をなした

 

2種類の数字は

優劣を持たず

役割の違いを

認識していた

は 

人の世を悲しみ

十字を

上から見ていた

 

 

太 陽 ― 遊ぶ魂(XI)

 

 

 

Even and Odd Numbers

 

Even numbers

governed “Birth.”

Odd numbers

governed “Death.”

 

Even numbers

lined up in a row

collecting all moments of joy.

 

Odd numbers

lined up vertically

collecting all moments of sorrow.

 

There were as many “Deaths”

as there were “Births.”

Even numbers

intersected odd numbers

and formed a cross.

 

Even and odd numbers

felt like equals.

Both numbers recognized

their distinct roles.

Zero

grieved the lives of humans

and looked down at the cross

from above.

 

 

The Sun ― A Soul at PlayXI

Translated by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa

 

 

 

Nombres pairs et nombres impairs

 

Les nombres pairs

gouvernaient « Naissance ».

Les nombres impairs

gouvernaient « Mort ».

 

Les nombres pairs

alignés sur une rangée

recueillaient tous les moments de joie.

 

Les nombres impairs

alignés verticalement

recueillaient tous les moments de peine.

 

Il y avait autant de « Morts »

qu’il y avait de « Naissances ».

Les nombres pairs intersectaient

les nombres impairs

et formaient une croix.

 

Numéros pairs et numéros impairs

se sentaient égaux.

Et reconnaissaient

leurs rôles distincts.

Zéro

pleurait la vie des humains

et regardait la croix

de haut.

 

NdlP : « Zéro » désigne le soleil

 

 

Soleil – Une âme qui joue (XI)

 

Traduit de l’anglais par Michèle Duclos