MICHEL CAZENAVE

par : Anonyme

8 POEMES

Comme le vent qui s’ébroue

 

Comme le vent qui s’ébroue
Sur la crête des vagues,

Comme le souffle du vent
Qui disperse
Un nuage
En passant sur le chef
Du pissenlit
Des prés,

Comme le vent
Qui chantonne sur l’âtre
Abandonné,

Je ne cesse d’entendre
La mélodie de ta voix
Qui m’embaume
Le cœur
Et le fait tressaillir
De la joie du Divin :

Puisque tu es
Le visage
Du Divin de la Mère

Comme un air du Cantique…

 

Parce que la mort et la vie
Sont peut-être la même chose
(Et qu’il faut tout d’abord
Etre mort à soi-même
Pour pouvoir renaître
Un jour à      la symphonie
Des étoiles –

Et qu’il faut      sublimer
Notre plomb d’origine
Dans l’or pur, irrigué
De
Tous les parfums      de l’Orient,
Du cœur
De la Déesse),

Je sais,
Je sens,
Je suis sûr -
Tant l’évidence en est là –

Que tu es le ruisseau
Qui dévale aux montagnes
Et qui chante
A ces pierres     qui croient lui
Faire barrage :

Mais le cours saute
Sur les pierres, et
Dans la lumière      du soleil,
Se précipite en riant
Vers la Vie
Qui l’attend
Au milieu
Des herbes folles
Et des fleurs en amour

Ah ! Que tu es belle,
Bien-aimée,
Comme le faon      sous les bois,
Et la biche
Qui détale aux fourrés
Romarin !

 

Et tu m’as découvert

 

Et tu m’as découvert
Le cœur battant du monde –
Tout ce cœur
Qu’aucun mot - jamais ! –
Ne saura désigner,
Tout ce cœur
Qui se donne     au sourire
De tes lèvres
Et
A l’ovale     de tes yeux,
Tout ce cœur
Qui s’exprime     dans le chant
De ta voix,

Oui ! Tu m’as permis
D’y goûter
Dans ta grâce féline :

Le cœur     rouge
Des fleuves
Et des mottes qui glissent
Dans l’eau     noire
De ces jours
Où tu t’échappes en riant

Précaire

 

... Puisqu’elle est
La gentiane
Aux corolles     ouvertes
(Et d’un bleu
Si profond),
Qui soigne      les blessures
De mon âme
Enfiévrée,

Puisqu’elle est
Cette fleur
Qui recouvre façades,
(Aristoloche
Aux remous du soleil
Au zénith) -

Puisqu’elle est
Primevère
Qui annonce      retour
De ce temps ouvré      des Dieux
Où le cœur
Chantera   
Cet immense hosannah
De nos cieux      délivrés,

Puisqu’elle est
Communion
De ce cœur enflammé
Qui embrase les pentes
Et
Resplendit
Tout en haut
Du sommet     des montagnes,

Puisqu’elle est
Mandala

Nous trouvons à tâtons
Le chemin
Vers le Centre
Qui nous hèle pourtant
Et fait signe
A la voie      sans arrêt
Poursuivie,

Puisqu’elle est
Temple entier
Que recherchent      nos cœurs -
Dans la brume légère
Qui recouvre
En tremblant
Le fleuve      de nos vies,

Qu’elle demeure bénie
Par
La puissance tutélaire
Que répandent     à l’envi  
Les génies des sous-bois

Et
Les ondines
Qui veillent
A la mer sans retour –

Qu’elle demeure
Bénie

Par l’esprit
De la danse

Où les pieds,
En tremblant,
Et les mains      qui délivrent
Le secret      de l’amour,

Nous invitent
Au banquet
De la joie      qui s’exprime
Hors
Du temps des horloges ! 

 

Puisqu'elle est la lumière

 

Puisqu’elle est la lumière
Qu’exsudent
Les Ténèbres –

Grand soleil
De Minuit
Au mitan     de nos cœurs –

Et qu’elle est le langage
De ce
Qui n’a point de parole,

Elle est      l’image
De l’abîme
Où s’éteint toute icône,

Elle est la vie
Du cosmos

Nous participons

A la danse éperdue
Des planètes au ciel,
Dans l’amour     infini
De
L’Univers
Ebahi

 

Toi

 

Depuis le ciel entr’ouvert,
La voilà qui est venue –
Venue ? Elle n’est même pas
Venue : elle était là,
A côté –
Et comment ne pas la voir,
Tant elle irradiait
De lumière, tant c’était ELLE
A l’évidence,
Qui se tenait muette -
Et d’autant plus loquace
Dans ce silence
Habité ?

Oui, c’était ELLE,
Je l’ai su sur le champ -
Foudroyé que j’étais
Par
Sa présence
Au sourire
De l’énigme
Vivante
Et dans
La clarté de ses yeux
Bruns
Qui portait avec elle
Tout le chant de la Terre…

Comment eus-je donc pu faire
Pour ne point
T’admirer
Au demi-jour de la salle
Que
Tu embellissais
De la sorte – toute entière, toute entière !
Et ne pas entendre
Cette voix des archanges
Qui
S’exprimait de ta bouche
Sans qu’un mot
N’en sortît ?

Mésange
Des jardins qui fleurissent
A mon âme,
Hirondelle
Au cheveu déposé devant moi :

Ah ! Sur le champ,
Certitude sans retour
Que
Je ne pouvais mettre en doute -
De savoir
Que tu étais

Le jasmin qui s’enroule
Sur le tronc tortu de l’arbre,
La sauge
Bienfaisante
Et la menthe qui croît
Dans l’ombre du soleil !

Oui,
Vraiment – et sans l’ombre
D’une
Hésitation,
Je savais que
C’était TOI –

C’ETAIT TOI !
 

Tu es si loin de moi

 

Tu es si loin de moi –
Et si proche pourtant :
Ton âme effleure la mienne
De tes doigts
Effilés

Et je sens ton souffle
Léger
Qui me berce le cœur
En chantant
De vieux airs du haut
De la montagne !
 

Tu es

 

Tu es
Sans cesse la même –

Et pourtant toujours neuve –

Comme la grive
Au matin,
Qui s’élance
Dans l’air pur
De l’aurore naissante
Et salue
Le soleil
De son chant éperdu –

Comme toujours identique -
Et pourtant
Renouvelée d’aube en aube
Qui se lèvent
Aux champs de
La mémoire,

Oh ! toi qui es
Le calice

Et l’épée -

Et la ronde effrénée
Des loriots
A l’orée     du    crépuscule
Où se forme
La beauté de la Mère!