Nicole Drano Stamberg

par : Anonyme

4 extrait inédits de Extrémité de la Ciociara
Visage dans la roche de Canneto

Désigner le rocher

 

Il dit : « Regarde les grands arbres,
Jusqu’à la cime, une mystérieuse touffe obscure,
En- dessous, tu vois ? » Je traverse le temps, j’approche.
Je grimpe le long du rocher jusqu’aux secrets du ciel.

Lever les yeux trop haut, les abaisser trop bas.
Le doigt de Luigi, sa voix suppliante : « Il y a un enfant
Qui ne craint ni le jour ni la nuit ». Soudain je saisis une main
Du jeune homme. Le visage innommable du roc,   le reconnaître !

Scruter le bloc de l’écriture quand il tourne la tête,
Interroger la blancheur qui se détache de la paroi.
Un poulain n’obéit à aucun chef
Il jette ses sabots d’avant en arrière grimpe et s’accroche.

Qui a fui le monde
Et ne veut ni vieillir, ni mourir
Ici          et là-bas, tout en haut d’un Mont,
Sur une terre couverte de végétation hospitalière.

 

 

Extrait de Extrémité de la Ciociara

Rocher

 

D’où vient l’enfant qui surgit des roches
Au-dessus du fleuve de Canneto.
Que dit-il de nous,
De la beauté. De nos mots.

Naître est étrange. Comment en venir
Jusqu’au bout avec nos chaussettes usées,
Quelques objets incompréhensibles
Qu’il faut jeter. Tu dis : « Ne désespérons pas. »

On ne peut oublier en cours de route.
Continuer comme si rien ne s’était passé,
« Mets ton foulard, veux –tu une part de tarte,
Si nous allions dans l’hiver si rude semer les petits pois. »

L’enfant survit près de nous sur le rocher
Semble loin de nos assemblées.      Pas à pas
Il nous rejoint.   S’enfuit                 il crie :
« Je veux un peu plus de bonheur sur la terre. »   

 

Extrait de Extrémité de la Ciociara

Un visage dans le rocher

 

L’insouciance des plantes dans l’écriture,
L’air penché des campanules, l’austérité de l’œillet sauvage.
Vous fleurs, l’avez- vous enlevé de nos soins
Alors que nous rêvions près de l’autre rivière Sumida.

Le peintre dessinait sur une toile des traits vus par le ciel.
J’avançais sur terre, je te cherchais.
Il y avait un bouvreuil qui ramageait tout en pleurs
Sur une branche de cerisier.

Le pinceau rature incessamment.
Je choisis dans l’agitation des mots
La phrase qui diffère de ce qui est écrit
Et enjambe le rocher pour découvrir un regard dans une cavité.

Pose les doigts sur tes yeux, se reposer
Un instant. Benito a allumé les feux de l’espoir et du partage.
Fais de tout cela la fabrique active et simple,        un message
D’amour au- delà du roc pour chaque enfant en souffrance.

 

 

Extrait de Extrémité de la Ciociara

Nuit sur le rocher

 

Quelque part dans la pierre à Canneto
Un visage s’impose.
Formes ondulées,
Clartés brisées.

En bas des pelletées d’argile sombre,
Très sombre où nous demeurons. Il ne pourra chanter
Pour nous atteindre
Avec une feuille de lierre dans les cheveux.

Notre résistance avec des ailes en papier crépon est-elle perdue
Malgré la lumière qui dira: « bonjour ! » bientôt.
Entre mes incessantes virgules sur la paroi rocheuse je prendrai le temps
De décrypter l’incompréhension de nos vies.

Sur la vieille route renonçant aux traces des amours
Le car de Flavio arrive. La lune brillante accueille l’aube.
Une femme cherche son enfant, trébuche entre des touffes d’herbes rases
Elle court vers le ruisseau qui ne coule plus elle court, elle continue,   elle.  

 

 

Extrait de Extrémité de la Ciociara