Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (11) Jacques Viallebesset

par : Anonyme

Jacques Viallebesset a publié un recueil de poèmes L’écorce des cœurs au Nouvel athanor, en 2011. Au printemps, un second recueil, Le pollen des jours, est paru chez le même éditeur. Il est également auteur d’un roman «  La conjuration des vengeurs » , adapté en bande dessinée. Ses poèmes sont présents dans plusieurs revues et anthologies  internationales. Il travaille actuellement à deux recueils, l’un « Pour saluer Giono » , l’autre dont font partie les poèmes présentés «  Ce qui est épars » .

Sa parole creuse les rapports entre les réalités du dedans et les réalités visibles, dans une perspective d'apport de paix et de bienveillance au monde qu'il porte comme son cœur battant.

Deux mots

 

A cœur battant ton sang coule dans mes veines
Et loin de tes bras ouverts mon arbre et ma source
Je suis cloué dans une nuit à la porte des larmes
Le destin aux pieds nus pleure dans mes yeux
Les jours passent dans le reflet vide des miroirs
Le magma de ton rire rougeoie dans mes entrailles
Sa cendre et sa fumée brûlent encore mes paupières
J’entends le souffle du monde entre l’exil et l’espoir
Et mes mots se bousculent sur la trame des jours
Mais l’oiseau bleu sous ma lampe s’est envolé 
Entre le fond de la nuit et une aurore sans retour
Les jours sont comptés dans la forêt des remords
La vie se dissout dans le regard vide des humains
Sans soif sans faim sans cœur sans chair sans désir
Toutes ces vies miroitant dans des ombres d’énigme
Au cœur vitrifié sur la carte de contrées sans amour
Je porte en moi des ailleurs encore inconnus de nous
Où chaque jour est un monde dans les lignes de la main
J’erre à l’orée d’un pays fait de voix vives et de rires
Revenu des confins de moi-même en marge des nuits 
Je guette les résurgences d’un fleuve souterrain
Où naviguer avec toi jusqu’au bord du ciel
J’entends tes pieds nus effleurer  la tiédeur  de la terre
Comme un homme assis au bord de la tendresse
Regarde un monde de lumière couleur de miel
Avec des fleurs de froment coulant sous nos pieds
Et des rires d’enfance soulevant le poids du ciel
La lumière de ton sourire illumine mon souffle
J’en vois les sillons incrustés sur les parois du temps
Mon cœur est toujours aiguisé au soleil de l’amour
J’attends deux mots de toi pour me remettre à vivre
Comme un chant venu de dessous les mousses
Ou deux perles volées entre les dents de la mort
Avant que ton soleil quitte à jamais mon ciel
Et que la nuit éternelle ferme sur moi ses volets.

La béance

 

Je connais les fruits amers de l’exil
Quand seul le ravin vous ouvre ses bras
Où l’ombre de soi ne laisse nulle empreinte
Où la vie a perdu son fil le reliant à toi
Dans ces jours où le bonheur s’est détissé
Où les espoirs mènent au même désert
S’évanouissant dans une fumée de soufre
Avec au cœur qui grésille de sang
Un désespoir marqué au fer rouge
La vie coule de moi comme d’une blessure
Le soleil que tu es a quitté mon ciel
Derrière un nuage lourd de silence

La béance de l’absence est un sillon
De terre fertile pour les graines de l’amour
Je sais des pays où les rêves s’allument
Où l’on peut réinventer des aurores
Toucher une fois ton visage de pêche
Retrouver ta joue fraîche sous ma main
Je veux me reposer et fermer les yeux
Les rouvrir seulement quand la joie d’être
Aura ouvert les portes de son royaume
Et me baigner avec toi au milieu du fleuve
Vivre encore l’heure présente comme on respire
Avant que notre ombre retourne aux ténèbres.
 

La Prisonnière

 

Femme voilée enfermée dans ta nuit
Cette cellule de toi  où des oiseaux
Sont sortis de leur cage et volètent
Alentour cherchant la lumière
Ce que tu crois être la réalité
Tandis que tes yeux reflètent le bleu
Du ciel à l’extérieur de ta prison
Et que tu rêves aux plumes de l’ange
Je viens je viens creusant un tunnel
Je ferai tout pour te délivrer
Ferai sauter les murs et les grilles
Tuerai de mes mains les geôliers
J’enlèverai  de ton visage le voile
Qui t’empêche de voir clair et vrai
Mon amour tu es là en désarroi
Confondant les couleurs du damier
Comme le lys blanc qui se penche
Eperdu au milieu des chardons
Je viens qu’importent les difficultés
Parce que tu es la plus merveilleuse 
Parce que la vraie vie est aussi belle
Que tes yeux sont à tout jamais
Les sources de mon espérance
Pour que tes oiseaux vivent la joie
Sans cage de la seule vraie liberté.

Le fleuve d’amour

 

Mon amour est un fleuve qui coule sans retour
Dans les bras duquel tu peux t’endormir
Quand le mal insidieux te calcine et t ‘épuise
Je ne sais rien de ce feu qui te brûle et te guérit
Mais tu peux te laisser aller dans ces courants
D’eau apaisante jusqu’à l’océan bleu
Où il fusionne avec le ciel de nos yeux
Et deviens gouttes de pluie bienfaisante
Pour que notre amour revienne à sa source
Dans un cycle de joie toujours recommencé
Et la danse stellaire de nos eaux mêlées.

Le navire

 

Qu’est donc ce rien de lumière dans la nuit
Cette braise sous la cendre qui réchauffe
Sous leur écorce nos cœurs trop meurtris
Quand notre vie se noie et touche le fond

Quelle est cette force qui tient ensemble
Les fragments épars des jours égarés
Ce qui comble le vide entre les rendez-vous
De l’enfance de l’amour de la mort

Quelle est cette frêle musique imperceptible
Qui fait survivre au chagrin d’être séparés
Risquant à chaque instant de se taire à jamais
Si l’autre ne tend plus son oreille de coquillage

Quel est ce point où miroite un ciel clair
Dans la triste flaque des souvenirs effacés
Qui  fait se propager ma passion de vivre
Et ma tendre  persévérance obstinée à aimer

Ce goût cette odeur ce regard qui m’appellent
Qui font que mes poumons s’emplissent d’air
Mon navire dont les voiles se déploient au vent
Arbore à sa proue le nom de Belle espérance.

Je suis là

 

Se peut-il que l’on n’arrive jamais
Au seul pays où l’on puisse vivre
Où le pain a la saveur de ton rire
J’ai déjà arpenté cette terre promise
Aujourd’hui j’habite le désespoir
De n’être pas où tu te bats seule
Contre le mal à l’intérieur de toi
Si mes mains ne peuvent être caresses
Qu’au moins mes mots t’atteignent
Te disent que je suis là et te soutiens
Que chacune des cellules de ton être
Sente la force apaisante des miennes
Mon épaule existe pour y poser ta tête
Mon bras se tend pour soutenir tes pas
A quoi bon mon amour s’il ne t’est utile
Il y aura encore je le sais des étés de miel
Nous irons enlacés au devant du soleil
Et j’attiserai le feu ardent  de ton sourire
Je te parlerai de toi de nous de toi
Que l’amour est plus fort que le mal
Tu verras tout recommence et fleurit
Mille et mille matins neufs renaîtront 
Où ta voix vibrera aux frissons du vent
Le chemin est long qui me ramène à toi
Mon espérance est chevillée à ton cœur.