Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (5) Gérard Bocholier

 

La profondeur de la voix de Gérard Bocholier procède de son regard contemplatif, scrutateur de ce qui se meut au-delà du visible,  de ce qui se cache derrière les ombres, de ce que révèle le visage du vent. Poète de l'imperceptible et de la nuance, lorsque cet imperceptible joue la capacité de la grâce en tout être, et la nuance l'enrichissement salvifique de la conscience, Bocholier aime, dans son long cours d'homme de parole, rapprocher les éléments contraires, marier la mer et le feu, la glace et le soleil. Dans les apparences à priori contradictoires réside une unité que le poète, à l'œuvre, cherche à concilier.

L'attention à la nature, aux petites choses qu'à peine on entrevoit dans notre monde suréclairé vont attirer le regard de Bocholier et mettre sa voix en mouvement. Ces petites choses, révélées par la connaissance du poème dont Bocholier a l'art, tissent une tension sans laquelle tout s'effondrerait, entre le monde ordinaire et le temps sacré. C'est cette profondeur que Bocholier révèle poème après poème. Profondeur qui est verticale, permettant de monter les yeux vers les clartés célestes et dans le même mouvement de les baisser en deçà des racines. Seul le Poème des profondeurs peut ce déplacement simultané, abolissant la loi de continuité imposée à nos vies terrestres. La poésie de Gérard Bocholier permet, depuis ici et maintenant, de percevoir cet au-delà du terrestre.

Les murs ne bougent pas

 

Les murs ne bougent pas
Les portes restent closes

Une cime se courbe
Sur le bois et la plaie

Tu souffles sur la braise
Et fais tout apparaître

 

 

La Venue (Arfuyen, 2006)
 

Le mystère s’appuie aux limbes

 

Le mystère s’appuie aux limbes
Mais la lucarne attire
Soudain l’étoile
Dans une extase de neige

Glisse des tuiles
Le livre ouvert
Laisse une parole d’aubaine
Dans l’embrasure avec le feu

 

 

Belles saisons obscures (Arfuyen, 2012)

Aimer sans aucun retour

 

Aimer sans aucun retour… Aimer ce qui arrache en nous les dernières esquilles que notre conscience égoïste resserre… Laisser le passé se blottir dans ses lambeaux funèbres…
Ce tilleul, je le sens, vient à ma rencontre, ce nuage, cette rosace radieuse. Ils ne ressemblent à aucun autre, non plus alors que moi à moi-même. Que tout exil, que toute souffrance soient tremplins vers eux !
Plus loin s’annoncent la rive, et puis la mer, la mer allée avec le feu.

 

 

Abîmes cachés (L’Arrière-Pays, 2010)
 

Le manteau usé des herbes

 

Le manteau usé des herbes
Achève de disparaître
Au bout du chemin le vent
Se dresse en apparition

Le mort retourne la pierre
Qui bouchait la vue du ciel
Son âme boit tout entière
L’avalanche de soleil

 

 

Psaumes du bel amour (Ad Solem, 2010)

Le bon berger m’a jeté

 

Le bon berger m’a jeté
Son manteau sur les épaules
A l’heure où la main du soir
Sonde l’âme en chaque plaie

Les chiens aboient dans les granges
On ferme toutes les portes
Bientôt ne va plus rester
Que ce manteau plein d’étoiles

 

 

Psaumes du bel amour (Ad Solem, 2010)

Plus fidèle que la brise

 

Plus fidèle que la brise
Au jasmin les senteurs d’ombre
Aux vergers après l’automne
Tu ne quittes pas ma main

Chaque instant que je reçois
Bel inconnu comme un hôte
Porte en secret ton visage
De grâce penché sur moi

 

 

Psaumes de l’espérance (Ad Solem, 2012)

Les fleurs de l’amandier volent

 

Les fleurs de l’amandier volent
Les cloches soudain se taisent
Le vent passe au cimetière
Soulever l’obscur des tombes

Tout est prêt un inconnu
Vient guetter à la fenêtre
Il disparaît sous des palmes
Dans un jardin de lumière

 

 

Psaumes de l’espérance (Ad Solem, 2012)