Rouge contre nuit (1)

« La bougie brûlait, sa flamme se tordait, s’élevait dans une tension, un effort ininterrompus. »

 

pour renouer

 

En italiques, des lignes en prose pour présenter celle qui apparaît comme origine. Tout commence « dans un silence troué de sanglots » où la jeune fille de quatorze ans voit sa grand-mère morte et, près d’elle, la flamme d’une bougie qui semble s’efforcer de monter...

Alors, le poème. Des vers longs d’abord comme cette flamme dans la nuit du chagrin, puis des vers courts, fragiles, suspendus qui malgré tout éclairent :

         « Source du sourire
            fontaine de force
            forme de la joie
            lumière ! »

 

Dernier vers : chute sur une prière exaucée qui fait naître dans le présent une capacité à retrouver, à travers les mots, celle qui initia une forme de perception :

 

« On m’a dit que tu passais à travers
les mots de ceux qui longuement contemplent
le monde […] »

 

Le vers, déployé sur une durée nécessaire, accueille le souvenir devenu « rose / après tant de bleu ». Vers le soleil et le ciel, entre terre et mer, une présence. Trait d’union d’un regard qui éclaire le puits (nul danger). Lumière, devenue anaphore sur le seuil des vers du poème IV, comme on appelle ou reconnaît ce qui, plus grand que soi, ne peut être réduit. Texte après texte, ronde autant que prière, le poème consacre cette présence « devenue invisible » pour un « chant perceptible », associant « lenteur » et « ferveur » dans un hommage à Glenn Gould.

Long vers, à l’escalade du ciel, « arbre » devenu inaccessible pour que de nouvelles feuilles sur « des branches plus rares » se nourrissent de cette lumière captive du ciel.

Charme du passé « où poudroient d’indestructibles pépites », un frère « troué de vide ». En automne, même les fruits arrondis et les dahlias entonnent leur propre chant « en adieu tranquille ». Nuages blancs, échos de neige, la couleur ou son absence et la lecture personnelle du monde : les feuilles d’érable et leur « taches noires », maladie qui les apparente aux « crêpes bien cuites ». Fête de partage et de saison, régal de vie où l’ombre présente son attrait dans un retournement qui fait percevoir une douceur malgré la menace.

Cela retrouvé en l’adulte qui se souvient de l’enfant qu’elle fut dans « le crépuscule d’automne ». Un autre enfant le lui rappelle (Gabriel), il réclame un poème d’automne qui réveille Apollinaire, Lamartine rejoignant « [t]ant de beauté fragile » ou « un poème comme une flaque ». Mélancolie douce et heureuse dans la lecture d’un reflet qu’elle offre : alors l’automne n’est plus l’adieu.

La Cloche de tourmente, qui est aussi le titre de l’un des poèmes proche de la fin du recueil, ne sonne plus la menace terrible, elle s’accompagne d’un instrument de vent qui secouait les ombres, fidèle au rôle à elle dévolu depuis le XIXème siècle. Elle guide celui (celle) qui, dans la tourmente, a perdu « tout repère », tel un phare pour les marins, elle « redonne force ». Ce repère, sonore, voisine le poème, le chant. Traverser les bourrasques, les tempêtes de neige, retrouver le nord ou l’âme, ce qui permit de percevoir la lumière pour encore.

 

« chaque coup résonne
comme des mots d’homme
au secours de l’autre
 

et devient poème. »

 

Vertu protectrice d’un son clair de roche, La Cloche de tourmente. Tel est le sens du titre : après la traversée reste le repère – lumière ou son pour renouer avec la vie.