Vu du Sud (8). La poésie de Mohamed Hassen Zouzi Chebbi

Poèmes proposés par Nasser-Edine Boucheqif

Canto de la divina luz

 

Oser corriger les cavales brusques des passions échevelées
Les luxuriantes floraisons vampires des sylves carnivores
Délasse l’esprit épris de fantasmes intermittents et bariolés
De vieux vin de Phénicie engourdi à la gorge des amphores

Lever les strates tentures et dénuder les indices d’Aphrodite
Traduire le jargon extravagant du branle-bas transi de Babel
Grossit la voix qui psalmodie le sacré des proses interdites
Verbalise le poème embrasé  des îles des oasis des archipels

L’oiseau que tu crois chanter la gaieté entre les barreaux de sa cage prison
Pleure la liberté par malheur perdue à la jeunesse désinvolte du printemps
Scrute sa détresse et se noie dans l’ivresse des contractures et trilles de sons
Asperge  les cicatrices souvenances heureuses  que jamais n’efface le temps

Oubliez  les remords les regrets les angoisses poisseuses des heures molles
La lassitude mornes des captifs ressasse les infortunes entretiens la révolte
Mais la mémoire inculte est une intermittente passoire, une girouette folle
Un feu follet une étincelle une abeille reine nuptiale qui danse et virevolte

La grêle des cordes égrène les rebonds et les rythmes rutilants de la guitare
La voix hermaphrodite se love et se tord avance et recule en amples délires
Rallume les tournantes flammes d'étincelles de sons ardents d’arômes rares
Dissipe les miasmes qui encombrent souvenir apaisent l’esprit  et les désirs

La larme divine  pluie diffuse le soleil lampe le cœur de ses rouges rayons
Pour inscrire le nom de l’eau  messagère fossile des temps les plus anciens
Rouler murmurer son fier parcours dans les rigoles cavernes et les rebonds
Comme cabriolent les doigts agiles de dentelières et le génie des musiciens

Ce rêve en boucle

 

Ce rêve en boucle d’obsession géométrique précise
Des millions de pieds qui balisent des frontières
Sautent les murs, les murailles, les nasses à menu fretin frivole,
Les champs de mines, les embuscades, les traques meurtrières

Embusquée dans ta mémoire insomniaque une violente surprise
D’habiter des continents inexistants bâtis de sourdes paroles
Aux rythmes saccadés, au débit bègue bêlant, aux silences criards
Tu survolais la terre les océans les îles les immenses déserts

Des archipels de corail rouge sang, des forêts émeraude et cornaline
Les canyons de Saragosse aux brusques avalanches de surprises
Les collines calcinées truffées troglodytes berbères de Foum Tataouine
La torpeur Tozeurine des oasis, les torrents forestiers aux lits désarçonnés

Réfugiés dans l’insomnie fœtale sèche arborescence de rêves surannés
Ta boussole tourne à la folie, ton sang ferrique démagnétise le Nord
Bateau sans voiles ni gouvernail tu rouilles ta quille au fond sec d’un port
A fleur de dune finit la course au vent du nord et sa rumeur indécise

D’une foule vagabonde de flâneurs, clochards, truands fêtards
Sordides dealers de sornettes, de filles mutantes sirènes de marée basse
Sourire acide de séduction vorace et regard de nuit sertie d’olives de jade
Nuages d’insectes tueurs, des soupirs d’enfers qui font fondre la banquise

Des couleurs d’arc-en-ciel tendu de rêves tournant en cauchemar
Des amas de corps sans vie sous les décombres de Beyrouth et de Bagdad
Comme ces cités archaïques fantômes aux arômes de Carthage aux senteurs de Damas
Paquebots échoués faute de fond ou piégés dans la poigne cosmique de la glace

La paresse des saisons secrètes carbonifères à racines de plomb aux feuilles d’or
Précipices précis d’amnésies quiètes, de résistante lâcheté des supplices indolores

Il n’est point d’horloge pour le réveil, point d’ombre au soleil, il n’est ni tôt ni tard
Ni trop près ni trop loin  ni trop long ni trop court ni trop faible ni trop fort

Voyez cette planète depuis Platon tremble d’effroi démocratique et pollue ses orbites
Blessée moribonde gisant à l’ombre pieuse des temples, des mosquées ou des églises
Couvez la colère des volcans, ces monstres pirates dormant d’un œil sous la banquise
Que vous importe-t-il désormais, de quelque langue soyez-vous, si cette vérité est dite

Escarbilles

 

Pareil à l’éloquence brodée par la toile d’arachnide
Graines amarrées aux escarbilles perles condensées
Tant de hantises insolites et autant d’autres sordides
L’abordage pirate des fantômes escamote la pensée

Par la saveur acerbe arawak chamane coloquintes
Le cyanure flagorné suinte des saintes souvenances
Grotesques  jardinières des verts paradis de pacotille
Des ferveurs incantations carnivores de repentances
Emballent les femmes mutilent et castrent leurs filles

Féticheurs d’idées bizarres sorties des têtes de hibou
Détournent les désirs étouffent les rires et les danses
Nourrissent la haine de sottes rengaines et de tabous
Oud se tait Kamenja  cabre le Nay le tam-tam délire
Qui peut savoir quand finira une mascarade pareille

Qui peut jurer qu’un peuple soit preste pour  choisir
Les chemins de gloire l’instinctive sagesse de l’abeille
Fougue irrévérencieuse crinière bondissantes cavales
La toux des volcans les vague furieuses intempestives
L’errance de nuit le jour tarde sa renaissance  navale

Dis-moi Mariam si mon embarcation vogue et dérive
Vers quel havre sûr derrière quel horizon décamper
Terre séduite l’étreinte garrot des craintes te brisent
Dans la poussière et la misère tu ne fais que ramper
Devant les charlatans marchands de sornettes grises
De traditions suspectes coutumes abjectes du passé
Comme l’oubli  la honte le remord et la fière bêtise
Tire-moi enfin du cauchemar poli carré cadenassé

Des urnes encombrées des cendres de matière grise
Des anneaux ferrés que Chabbi a cru un jour casser
La pierre sacrée météore ma secrète Makke intime
Mon pôle magnétique mon méridien mes parallèles
Pour atteindre ce ciel que seul ton sacré nom anime
Pousse sur mes reins écaillés des plumes et des ailes

Planer au dôme ciel vide vers le soleil incandescent
Te  souviens –tu  de visages paysages épouvantables
Des peuples soumis à la pépite plus noire que sang
Marchander dévotion des délivrances improbables
Des brigandages fervents  souverains tout puissants

Un borgne sorcier t’a-t-il un jour glabre jeté un sort
L’oxyde de tes entrailles carbonifères me rend sourd
Tu fermes les yeux sur ceux qui répandent la mort
Les gerbes flétries des bourgeons de  sommeil lourd
Marbre  tes rêveries aux colonnes d’ivoire et d’or