5 poèmes

 

Aujourd’hui se termine
Rehaussant légèrement
La pile des jours
Aux contours flous
Comme un vêtement sur la peau
Qu’on voudrait saine et sauve
Une gomme à  rendre invisibles
Les tâches accomplies
Nous-mêmes floutés
Juste un sourire raturé
Mais je sais que derrière la porte
Qui ferme lundi
Ou bien ouvre mardi
C’est selon
Il y a un matin ciselé
Un arbre aux branches
Incontournables
Des bras qui nous tiennent
Le regard haut

 

***

 

Chair des pierres
 

Faire glisser les heures
Comme des billes
En terre couleur
D’orage dans la pente
Sur le versant ouest
Perles sans fil tombées
De nos poches béantes
Langage poucet
Miettes de pain
Miettes de toi
Grains de moi

Galets en transit
Posés sur l’édredon
De granit où brille
La pointe d’une étoile
Comme un poinçon
Sur l’absence vive
Petit caillou roulant
Entre la semelle
Et le pied entravé
Alors ajuster le pas
Le soleil se couchera
Plus tard que prévu
Graviers surnuméraires
Osselets du temps
Lancés au hasard
Vers le ciel vacant
J’écarte les doigts
Tout est encore
Possible si je joue

 

***

 

Chaque fois que le silence
Nous attrape par les épaules
Nous secoue comme un prunier
Pour faire tomber les particules
De vacarme en nous
Débris et graviers
Grumeaux et copeaux
Chardons et pardons
On peut s’endormir
La fenêtre ouverte
Au son du marteau-piqueur
Dans la rue où résonne
La colère de l’enfant hurlant
Qu’on ne l’écoute jamais
On peut se laisser glisser

Dans la bassine des doutes
Gorgés de paresse
Les paupières striées de soleil
Des abeilles plein les mains

 

***

 

Delta

 

A cet endroit
Où le soir s’élargit
Vaste embouchure sur la nuit
Des ciseaux à plumes coupent la trajectoire
Des avions que je ne prendrai pas
Alors avaler sa salive
Penser à maintenant
En rassemblant d’un revers de main
Les dernières miettes du jour
Refermer à moitié la fenêtre
Sur ce qui n’est pas encore fini
Etirer la dernière heure de clarté
Jusqu’au bord
Comme une nappe repassée
Sur le ciel migraineux
S’attabler à l’horizon
En attendant le solstice
Ou entrer dans le courant
Avec nos malles vides
Nos brindilles rutilantes
Et aller vers…

***

 

L’aurore est double
Dans l’intervalle ecchymosé
Monter sur la pointe des pieds
Et poser la joue sur la ligne de crêtes
Il y a l’envers du décor
Qui gratte
Et les coutures
Qui craquent
Mais quelqu’un chante
En glissant  le long
Des pentes accidentées
Le crépuscule
Est resté coincé
Dans l’horloge  aphone
Et je n’ai pas
De pile pas de ruse
En réserve
Juste du temps
Qui déploie ses ailes
Dans la chambre claire