5 poèmes

 

 

Nuages usés

 

Linges usés jusqu'à la transparence, effilochures grises passant très bas,  les nuages, ce matin, ont tout de suaires anciens.
Livres de poussière, arrivés d'un horizon oublié.
Ainsi drossés vers nulle part, ils affolent le ciel et le font courir.

Nous haletons sous notre souvenir.

 

*§*

 

 

Chantier d'oiseaux

 

Au matin, on entend le chantier de tous les oiseaux,
des tutoiements aigus, des ouvriers qui s'interpellent. Suspendus comme des lampions, des moineaux
se chamaillent en vol.

Après le bégaiement des rêves, voici le corps des mots, dans leur muselière de poussière. Voici les grandes herbes dodelinant.

Pendant la journée, dans une peine qui s'épaissit,
c'est toute la mémoire des cailloux qui durcit.

 

*§*

 

Bagarre d'arbres

 

Le ciel déverse ses oiseaux
Ses fantômes de feuilles
Ressac de la peine
Sur un grand pan de mur
Jauni par le soleil neuf
Des ombres d'arbres se bagarrent

 

*§*

 

 

Toupie

 

Lumière dévalant le toboggan de la colline

C'est là que les arbres délabrés
appuieront leur renaissance.

Larmes pas loin,
Juste derrière le mur gris
Là où ramiers et merles se toisent

Les pensées tournent en toupie.

 

*§*

 

Il pleut des cris

 

Précise présence, la nuit te fait face.
Rageusement, tu froisses l'instant.
En haletant, ta mémoire cherche le mot oublié,
Le mot indispensable tombé dans le puits,
Puits des mots oubliés...
Un puits dont le fonds nargue,
Ne renvoie que l'écho inaudible.

Il pleut des cris.