Trois poèmes

 

 

L’instant

 

 

 

A cet instant prévalut l’incertain,
A portée, le jeu jaugé d’une inconstance
Où s’annonçait la racine d’une perte.
L’air était vif et mon consentement
Donné plein à ce qui pouvait s’ensuivre
D’envols forcés, de chutes acceptables.
Ce fut alors le surgissement des étoiles
Et rien ne pouvant leur faire résistance,
Sauf à démentir le ciel enchanté.
La vie, la mort s’invitaient dans la place.

 

 

 

 

 

Restauration

 

 

 

Tous poussés là où ne s’échappe,
Lentement mais assurée, sans faille
Ni exception, si même ne tarde
Son épreuve, cela qui va son cours
Et où se hâte l’inéluctable avance.

Alors pas un pressé, tenu à l’attelage,
L’aurore rose, le cireux crépuscule,
Pas un, d’élégante ou triviale monture,
Rênes en mains ou à force lâchées,
Ne tranche d’un terme ou d’encore.

Et il se peut alors qu’un éclair nu,
Dans la chaîne des nuits successives,
Sans prévenir, ni plus de sommation,
Montre la garde du ciel ou l’ailleurs
D’une imminence sans écho ni répons.

 

 

 

 

 

La voix

 

 

 

Porteuse d’une invisible lumière,
Voilà franchi  le seuil de la chair massive,
L’arcane d’un dedans qui dévoile,
Et livre ainsi une victoire.

 

                      *

 

De là vient la voix,
Oiseau facétieux
D’une cage béant
D’où s’essayent des trilles.

 

                     *

 

Elle livre ses variantes,
Sentencieuse ou sommaire,
Requise ou regrettée,
S’affirmant ou timide.

 

                    *

 

A son théâtre chante,
L’inconfort ou l’amour,
L’antienne variée des heures
A ses cimes ou son creux.

 

                  *

 

Doucereuse, endimanchée,
Ou fagotée mal et assombrie
D’intentions qui la maquillent,
Elle avère ou peut masquer.

               

                   *

 

S’en tient-elle à ce dit
Où elle se fait entendre
Ou t’offre ce qui l’abouche
A l’unique chaque fois ?