5 poèmes

 

Le silence reviendra sur ses pas

Par petites touches j'arriverai au coeur des choses,
là où la nature se désaltère.
Alors, peut-être oserai-je la fidélité.
Alors, peut-être le silence me fera-t-il une place en sa présence.

L'armée des ombres, gardienne spéculaire,
Aplanira ses ailes et s'effacera.
J'aurai alors les trois étoiles pour guider mon regard
Et les deux lions pour diriger ma route.

Lorsque j'arriverai au coeur des choses,
là où la ligne et le tracé ne font plus qu'un,
J'oserai habiter le silence et pardonner aux signes
Leur incommensurable lenteur,
Ma torpeur et ma dette.

Lorsque je parviendrai au seul vouloir,
Oh oui, lorsque je parviendrai au seul vouloir,
Là où la route se fait étroite et le chant profond,
Là où le chant se fait aigu, non pas grêle mais clair,
Le silence reviendra sur ses pas. Il surgira, intact,
De cette enfance sans équivoque où les oiseaux ne craignaient rien.

 

***

 

La nuit Le jour

De chaque écaille du dragon, la paroi froide, létale... de chaque secousse de sa queue ténébreuse, un pas de plus dans le gouffre poisseux, les yeux écarquillés, les peaux nues muant à une vitesse vertigineuse, vertigineuse. « De l'azur nous toucherons la transparence »... Ce bleu, ce bleu de Perse, ce bleu cobalt, cette pincée d'azur, comme un poinçon attestant la légitimité rigoureuse du pacte, son inéluctabilité, l'étau resserré, calibré au plus près. Ascension vers le jour entraînant les cohortes de créatures affamées, avides, tendant leurs mains éperdues, juste avant le non sens, juste avant la ptôse. Flèche de pur désir tendue du fond de la nuit la plus profonde. Le jour ne sait rien de la nuit. Le jour est une crête amnésique, un seuil, une embellie. Les couleurs diaphanes du jour depuis la nuit sont pâles. La nuit, coups de boutoir et décapitation. La nuit lépreuse, la nuit édentée, la nuit puanteur vous entraînant dans ses cloaques. La nuit borgne aux miroirs déformants. Oiseleur, maître des mondes, oiseleur, prince des ténèbres, expert en pièges et artifices.
Le jour est unité, alliance, vérité... La nuit, le chemin inéluctable de sa conquête.
La nuit est connaissance, la nuit les philtres et leur gourmande et délectable élaboration. La nuit, le lent arraisonnement ; la nuit, ses vertiges et la peau de chagrin, le dur devoir à étreindre en bout de course. Nulle nuit n'échappe à son jour. A chaque nuit, son jour. Dans la nuit et ses marges, le kaléidoscope aux mille visages, le creuset où s'ébauchent les possibles. La nuit fertile des chants les plus profonds, des serments les plus doux, la nuit aux caresses irisées, à la plénitude matricielle. La nuit, vestale initiatrice. Chaque marche foulée est promesse de délivrance. Chaque précipice évité, promesse d'architecture éblouissante. La nuit est chair sur les os qui sont le jour. La nuit, le chaudron où cuit lentement la destinée du monde.

 

***

 

Laissez-moi la beauté tutélaire

A mon père

 

Adieu, lave. Un froissement sec. Crépitement d'os.

Laissez-moi la libellule et mon collier de larmes.
Laissez-moi la beauté tutélaire et le naufrage.
Laissez-moi rire et laissez-moi pleurer.

J'ai mâché des larmes d'oubli.
J'ai grignoté la moelle de vos os endormis
Et j'ai craché des filaments séchés,
Des lianes filandreuses de fiel et d'agonie.

J'ai noyé et broyé, souillé et piétiné.
Et de ce machouillis infâme est né un égrégor
Fait de toutes les lames, miroirs de mauvais sorts,
M'en suis enduit le corps.

J'ai trépigné, psalmodié, attisé,
Arraché l'épaisse boue qui dénature.
En trouées de lumière, de mes sanglots enfouis,
Jaillissant comme un cri,
J'ai craché du lilas, du bleu, de l'amarante, des oranges solaires,
Des carmins cristallins, des bleus céruléens,

J'ai lavé les orgies, rougi les amnésies,
J'ai craquelé l'absence, étanché la souffrance,
Puis je me suis assise.

J'étais seule.

 

***
 

Sur le tranchant de l'aube

Puissante la poussée d'un monde en renaissance.
Flèche azur d'un archer veillant depuis des siècles
Dont l'ardeur scintillante ricoche dans l'eau claire.

Véhément le songe secoue la sclérose amnésique
D'un monde qui se dérobe sous le poids de ses ans.
Et cette langue atrophiée,
En bouillonnements d'aurore ruisselante,
déchire le baillon de l'oubli.

Je l'ai vu dans ton chant.
A l'assaut de ta gloire,
Sur le tranchant de l'aube,
Tu largues les amarres sur une mer d'acier.
Et la flèche trempée au plus limpide du songe
Fait une percée d'azur au coeur de l'horizon.

 

***

 

Idéogramme amoureux

 

C'est une libellule, un oiseau-lyre,

Un archange inspiré invitant au baiser.

C'est une promesse d'envol, un objet de désir,

C'est un cri.

C'est une main tendue.

C'est une pluie battante.

C'est la fertilité des songes fécondés.

C'est l'invitation au voyage.
C'est l'élan, c'est un don, une promesse.

C'est une colombe battant des ailes

Prête à prendre son envol.

C'est ton cerf-volant.

C'est un coeur inspiré, c'est un coeur échangé.

C'est la danse d'une âme qui bat pour te combler.

C'est l'amour harnaché.

C'est l'alezan ailé.

C'est une certitude.

C'est ta droite, ton étoile,

C'est la vertu qui s'offre,

Le lien d'âme, l'effusion des enfants.

C'est un oiseau rapace, un petit d'aigle

Un aiglon piaffant de joie,

battant des ailes d'impatience.

C'est une danse de joie.

C'est un profil altier.

Une jeune couronne fine et franche.

C'est une silhouette en marche.

Elle s'est penchée vers toi et t'a donné son coeur.