Si nous savions que les arbres...

 

Si nous savions que les arbres nous entendent,
que nos paroles tombent dans les cercles de leurs années plus longues que les nôtres,
qu'elles interfèrent peut-être même avec la lente et régulière formation de ces cercles concentriques,
les altérant, les modifiant, — les détruisant, qui sait ? —
si nous le savions peut-être nous tairions-nous, au moins un peu, au moins un temps,
le temps que l'arbre génère un de ses cercles d'âge, beau et régulier.

Mais peut-être, aussi, que les belles paroles les aident à engendrer ces cercles d'âge
et, franchissant d'un seul élan l'écorce et l'aubier,
atteignent leur coeur et résonnent en eux comme autant d'ondes concentriques.

De crainte que cet abîme ligneux nous interroge cruellement,
n'ayons plus que paroles élégantes et verbe doux
quand nous côtoyons les arbres.