Comme un nuage au fond des yeux, Geneviève Le Cœur

Auteure discrète d’un premier recueil – Pénombres - édité en 2004 par Tarabuste, la rennaise Geneviève Le Cœur publie Comme un nuage au fond des yeux chez le même éditeur. Dans le catalogue de Tarabuste (implanté dans l’Indre à Saint-Benoît-sur-Sault) elle côtoie, entre autres, Louis Calaferte, James Sacré, Antoine Emaz, Marylise Desbiolles… Ce ne sont pas, on le voit, de maigres références. « M’attirent les inquiétudes, les questions de mes contemporains », déclarait en mars dernier, à propos des textes qu’il choisit de publier, le cofondateur de Tarabuste, Djamel Meskache, dans une interview à la Quinzaine littéraire.

Pour Geneviève Le Cœur, ces « inquiétudes » et ces « questions » tournent autour de l’enfance, de la famille, de la parentèle. Son nouveau recueil est notamment organisé autour de difficiles relations avec une mère aujourd’hui « à la tombée du soir », quand « le couvercle de la nuit » vient, peu à peu, envahir son existence. De cette mère, elle s’approche un jour avec un « Cahier de verdure » (celui de Philippe Jaccottet). « Je choisis, raconte-t-elle, de lui lire le passage où des alouettes avec leurs cris frénétiques semblent lever le couvercle de la nuit ». Peine perdue. La mère ne cille pas. « Pour moi, j’eus l’impression d’apercevoir un lieu inhabitable, au-delà de la peine, des cris, des larmes ». Mais un autre jour, sous une autre lumière, le lien s’établira (« les paroles n’étaient plus blessantes »…)

Geneviève Le Cœur fait alterner, dans son recueil, textes en prose et formes poétiques. Elle ramasse des « mots épars », « galets soigneusement cueillis / au hasard » dans les « éboulis » de sa « mémoire ». À la manière d’un journal de bord scandé de souvenirs, de réminiscences et aussi d’aveux de souffrances enfouies. « Graver les lettres d’un silence  /sur le marbre léger des feuilles », écrit-elle. Et avoue la difficulté et la gravité de cette introspection. « Comment écrire un chant fidèle / pour cette peine nue / enfouie / sous tes oripeaux maternels / brûlants / glacés ».

 Heureusement, il y a des « éclaircies » qui font dire au poète : « Cueillons des fruits / à l’arbre / de la vie ». Et aussi des bouffées d’enfance qui remontent à la surface depuis « la grande maison résonnante / chemise et cheveux au vent ». Mais le chagrin est tenace. Quand il  « plombe » ses pas, elle « cherche dans les nuages / d’autres chimères / d’autres mots ».