Evelyne Deferr, Soudain sans retour

 

D’un azur « pourpre » à l’autre, le temps d’un livre, Evelyne Deferr concède au lecteur son intimité de mère. Les titres des poèmes sont là comme autant de balises précieuses pour construire un parcours à l’enfant en elle, qui, un jour, est là, « incarné ». Dans une résonance sereine, qui doit beaucoup au « Nouveau-né » de Georges de La Tour, la mère converse, signale « tes cris dans le couloir », évoque son fils entre « ces fleurs blanches » et « le chemin (qui) se fait aérien ».

Maternité heureuse donc, louée, entretenue subtilement par les mots, dans une langue assez classique et sur un ton lyrique bienvenu :

 

Absorbée dans tes yeux vibrants de faim
Tu es le cri, je suis le lait
Arc et flèche tendus vers un seul but
Immobiles, sans sujet ni objet

 

Tout le livre honore la vie dans toutes ses mailles, qu’il soit « nuit organique, chaude, silencieuse » ou « jour aveuglant de juillet » ; le poète entend « des bribes de cris d’enfants/ De joyeux appels entre les rives » ; à peine si la mère perçoit dans cette nasse de joie qui la comble quelques fantômes de mauvais augure.

La beauté rayonnante du livre au thème universel tient beaucoup à cette voix qui ne hausse pas le ton, trop soumise à son bonheur.