Facéties de Pierre Puttemans

par : Anonyme

Pierre Puttemans est décédé le 16 août 2013 à Bruxelles. Il fut architecte et poète. On le classe habituellement parmi les poètes post-surréalistes. C'est fin août dernier, quelques jours après sa mort, que j'ai reçu facéties, qui date selon l'achevé d'imprimer de mai 2013. C'est donc le dernier recueil publié de son vivant. Ce qui mérite une attention particulière…

    facéties est composé de deux parties : la première, sans titre, et la seconde intitulée Poèmes de circonstances, dédicaces muettes et illustrations, poèmes qui sont en fait des proses, sauf le dernier qui est écrit en octosyllabes rimés sur le son [u] et qui renvoie ironiquement au titre du recueil… L'ensemble fait penser aux fatrasies médiévales même si le son ne joue qu'un rôle secondaire dans ces textes, vers et proses mêlés. Fatrasies surréalistes ? Dans la première partie, Pierre Puttemans donne l'impression d'illustrer, de manière personnelle, quelques procédés surréalistes. Ses Dictons et pensées sans suite rappellent les 152 proverbes mis au goût du jour par Paul Éluard et Benjamin Péret en 1925. Un humour décapant en supplément, peut-être. L'humour semble être d'ailleurs la ligne de conduite de Pierre Puttemans, un humour qui se décline sous toutes les couleurs : son Petit pastiche, très court, est un modèle du genre. Ses  proses ont souvent l'allure de rêves mis en mots, ces rêves que les poètes surréalistes de la grande époque avaient l'habitude de revisiter dans leur quête de l'inconscient. L'heure d'hiver est exemplaire : accumulation artificielle de phrases sans rapports de sens les unes par rapport aux autres, phrases sèches qui se suffisent à elles-mêmes, allitérations gratuites (comme "Ce n'est pas cette fois-ci que la roulette rusera"). Ces proses sont souvent datées, dont une, significativement, Nuit du 17 au 18.12.12… L'amour des mots qu'on devine chez Puttemans va jusqu'au calembour et je ne résiste pas au plaisir de citer celui-ci : "les œufs du fat berger".

    La seconde partie est plus ardue, plus construite et moins en rapport avec le surréalisme traditionnel. Au-delà de ses textes automatiques, sa prose intitulée Hommages introuvables mêle érudition et humour, elle apprendra certainement à nombre de lecteurs qu'un poète français, Alcanter de Brahm (alias Marcel Bernhardt) inventa un nouveau signe de ponctuation, le point d'ironie, à la fin du XIXème siècle et que ce point d'ironie n'eut guère de succès. Et Puttemans de terminer quasiment sa prose par cette interrogation : "Aimez-vous Brahm ?"  (sans commentaire !). Ses proses sur des images posent problème au lecteur inculte que je suis : qui sont Yves Auquier, Georges Vercheval, Anna Secchi, Bernard Puttemans ? On aurait aimé voir ces images qui sont à l'origine des textes de Pierre Puttemans… Comme on aurait aimé voir, quelques pages plus loin, une reproduction du tableau d'Antonello da Messine, Saint Jérôme au travail, pour mieux apprécier (le lecteur est pressé) ce que dit Puttemans… Il en va pratiquement de même avec les Dix pensées pour traverser les mers : ces textes ne sont pas des comptes-rendus de rêves, mais des adresses à quelques-uns (explorateurs, savants, écrivains…) dont certains peuvent être inconnus du lecteur, ce qui ne facilite pas la lecture. Par ailleurs, si Pierre Puttemans emmène ce dernier là où il ne s'attendait pas à se retrouver, il égare ses lecteurs par des proses érudites émaillées de références dont les plus nombreuses ne parlent guère à ces lecteurs. Du sens se perd, sauf à prendre son encyclopédie ! Un lexique aurait été nécessaire. Mais il est vrai que la lecture n'est pas affaire de paresseux…

    Reste un recueil qui fait découvrir un univers surprenant.  Surprenant par les ouvertures qu'il propose sur la vie, par  les points de vue à l'opposé du consensus ambiant, par les aspects de l'écriture. Et c'est justement ce que je demande à la poésie : de la surprise.