Helga M. Novak

Par son introduction, Jean-François Nominé nous permet d’approcher à la fois l’écriture et la vie d’Helga M. NOVAK. Il y fait le parallèle entre la « langue percutante » et les « ruptures existentielles », nombreuses, qu’Helga M. NOVAK a endurées : orpheline, elle a connu la naissance d’une dictature, la guerre, des exils douloureux…

Fatalement, l’animosité grandit :

 

ma patrie tu pues
la grande foire aux bestiaux
je me pince le nez
et tourne à gauche

On trouvera dans le recueil d’autres poèmes-coups-de-poing.

 

MODE D’EMPLOI

bouffe
vends
riposte
bouffe
vends
riposte
ne brode pas sur le canevas de ta faim

le soleil de tes utopies
n’attends pas l’heure dernière
pour happer ta plus belle étoile
bouffe
vends
riposte

riposte
riposte
riposte

 

On croisera des uniformes, des hauts fourneaux, mais un peu d’espoir aussi.

 

je suis est-allemande et je traîne
derrière moi un boulet d’espoir.

 

L’espoir s’envole pourtant. Car quelle que soit la direction que choisit son regard, Helga tombe sur une nouvelle tragédie. Il lui arrive de jouer alors le rôle d’Antigone, de défendre ceux – celles souvent – que l’histoire abandonne sur le bord de la route. On trouvera dans le recueil une magnifique lettre à Médée et, juste après, un texte dans lequel Helga s’inquiète du sort des femmes girafes lorsqu’elles sont accusées d’adultère. Helga M. NOVAK est plus fragile qu’Antigone cependant. Un grand vide l’accompagne toujours, depuis l’origine, depuis l’abandon. Alors, au détour d’un poème, on la sent vaciller.

 

tanguant et roulant comme une vieille corvette
la dame ivre du parc dans le matin
est peut-être ma mère
peut-être ma sœur ma fille
elle me ressemble tant

Et plus loin :

aucune mère ne me nourrit jamais
ni même ne me changea mes langes
celle qui me mit au monde ne ressentit
que sa seule douleur
je n’existais pas pour elle
je fus donc libre à l’âge de trois jours

 

L’exil ajoute du vide au vide. La nostalgie qui traverse les poèmes intitulés Supplique à Sarah et Tout me revient est immense.

Alors on sort de cette lecture bouleversé. Avons-nous traversé ces épreuves ? Avons-nous été les confidents d’une amie qui les a traversées ? Le livre refermé, la voix d’Helga vibre encore à notre oreille.

Chez moi à la maison

 

chez moi à la maison les cerisiers fleurissent
la terre fraîchement labourée recrache larves
et vers de pluie et sent fort

chez moi les murs de la maison
se réchauffent de jour en jour

dans les forêts l’herbe de l’an passé sèche au point
que l’on peut s’y coucher
le feuillage des chênes finit par tomber pour de bon
seule la mousse clapote encore sous les pieds
et garde pour le sol un vin aigre

chez moi à la maison chante le coucou
cinquante fois
nous vivrons encore cinquante ans non encore plus non toujours

chez moi à la maison
si tu ne peux pas me faire rire
montre-moi donc ton chez toi

chez moi à la maison fleurissent les cerisiers
et le lilas
et dans les châtaigneraies se dressent les rouges et blancs chatons
de la bonne et brûlante amour

Pierre

 

mais qu’est-ce que cette pierre
à mon cou
pas un bijou
pas un insigne ça c’est sûr
mais il y a bien une pierre
pendue là à mon cou
bien assez lourde pour
m’inquiéter toute ma vie
et pourtant trop légère pour
me jeter à l’eau avec elle
la flûte du charmeur de rats
flotte plus haut

Maisons

 

campagne terre nature
tout au féminin
c’est là que je veux aller
où c’est sinistre
c’est là que je veux aller
où il n’y a rien
nature et virginité
et en toute tranquillité
je construirai une maison
j’habiterai une maison
et j’irai – étant sans amour
ni capable d’aimer –
l’enflammer d’un amour