Il fait un temps de poèmes, textes rassemblés par Yvon Le Men

     Yvon Le Men, le passeur. Depuis vingt ans, le poète breton invite à Lannion, dans son Trégor natal, écrivains et poètes du monde entier. En moyenne cinq auteurs par an. Cela se passe au « Carré magique » de la ville. Et, à chaque rencontre, « il fait un temps de poème ». L’intitulé donné à ces rencontres, Le Men l’a choisi en hommage aux vers de Jean Malrieu : « Il fait un temps de poème/Ta chair neige j’écris la neige/Parce que c’est beau et parce que c’est vrai ».

         Un très beau livre (volume 2 de la série) rassemble aujourd’hui les contributions des auteurs invités à Lannion. Il s’agit de textes inédits pour la plupart. « La poésie, c’est sortir de soi et y faire entrer les autres ». Boualem Sansal, l’écrivain algérien en butte aux autorités de son pays, reprend dans son texte les mots du poète Gérald Neveu, relayés par Yvon Le Men, pour illustrer cette belle aventure culturelle menée au Carré magique.

     Andrée Chedid, Charles Juliet, Nedim Gursel, Claude Vigée, Vassilis Alexakis, Bernard Chambaz, Alexis Gloaguen, Valérie Rouzeau… (pour ne citer que quelques uns des auteurs présents dans ce livre) sont passés par Lannion. « C’est magique !». L’expression est galvaudée. Mais elle prend ici tout son sens.

    

     « J’ai écouté battre les paroles de mes invités », raconte en préambule Yvon Le Men. « Cerveau contre cerveau avec Edouard Glissant dont je craignais à chaque seconde perdre le fil du discours. Je ne le quittais pas du crâne, comme si, à travers l’os, j’apercevais sa pensée en archipel se fabriquer devant moi ».

     Et ils affluent les souvenirs de ces exceptionnels moments de partage autour de la poésie. « D’où nous vient, interroge Le Men, notre sentiment d’être en lévitation quand nous écoutons, à fleur de peau, circuler le souffle fragile de François Cheng au milieu du vide (…) D’où nous vient notre étonnement devant la capacité du Palestinien Elias Sanbar à ne pas baisser les bras en prenant appui sur les poèmes de son ami Mahmud Darwich ? »

         Qu’espérer, sinon que ce temps consacré au poème puisse se pérenniser. Il y a bien sûr Lannion. Mais aussi Saint-Malo, depuis quinze ans, lors du festival Etonnants voyageurs. Ou encore Archères, dans les Yvelines, depuis cinq ans. Parlant de Le Men, Boualem Sansal érit encore ceci : « Quel sacré guide touristique il aurait fait si les touristes étaient avant tout des poètes ». Eh oui !