Jeanpyer POËLS : La Vie en vie.

 

Cette mince plaquette me désarçonne : je ne sais trop par quel bout la prendre. Dois-je m'arrêter au jeu de mots que je lis dans le titre, La vie envie ? Mais quoi donc ? Le titre reste énigmatique. Qu'est-ce que la vie en vie ? Qu'est-ce qu'une vie vivante ? Mais la vie peut-elle être morte ?

 

La vie me semble, à bien lire ces poèmes, reliée à des choses humbles du réel comme une brouette ou comme des palissades (qui ne vivent pas). Vie et réel semblent intimement liés. Mais sur le plan formel les choses ne sont pas aussi simples. Ça commence par un poème aux vers soigneusement comptés : huit heptasyllabes. "Curieuses", plus loin, est un quatrain d'alexandrins… Mais entre les deux, il y a un texte réduit à un verset d'une longueur certaine (20 syllabes !) comme un quintil d'alexandrins ("La vie se transporte"). Et, ensuite, la même disparité est évidente : depuis un neuvain d'octosyllabes ("Assaillie") à ces versets plus ou moins longs. Comme si les aspects divers de la vie avaient pour reflets des vers de longueur différente réunis en strophes plus ou moins longues ou des versets. La même diversité se remarque dans la façon d'approcher le réel et la vie. Au prosaïsme et au particularisme de la brouette ou des palissades s'oppose la généralité du quatrième poème ("La vie n'est pas la vie / elle enfouit l'humeur / mais ne se courbe pas"). Et ça va et vient entre l'éclopé et l'universalité… Jeanpyer Poëls sait que la mort est inacceptable. Aussi décrit-il la vie au rabais, comme celle d'un éclopé, avec un réalisme insoutenable. Quant au reste, il fait preuve d'une vision dialectique originale où les animaux familiers (chatte ou chien) jouent leur rôle…