Lionel Gerin, Si nous n’avions qu’une ombre

Dans ce recueil, nous avançons à grandes enjambées. Parfois des cascades d’images font retentir la musique douce, harmonieuse de mots choisis dans la couleur du quotidien qui se tâtent et se répondent. Des images quelquefois grandiloquentes puisent au réel un léger murmure, léger décalage, elles  entretiennent une plus value des mots usés : Ce souffle à l’oreille de la nuit. Les sens en éveil sont le support du vivre d’une marche tendre et rugueuse qui ouvre un monde déjà connu. Les questions fondamentales subsistent, celles qui forment la vie et ne répondent jamais. Il y a une traversée chez Gerin qui engage nos épidermes avec un mouvement qui s’accélère et débite plus d’images quand l’auteur cherche une contrelangue :

Une langue qui tienne pour certaine la connivence de l'ombre
Qui épouse les hauts champs laminés des estives du corps

 

Il marche jusqu’à

La civière de nos regards
A nouveau
Au chevet du monde

Il y a un mouvement dans ces textes, mouvements internes qui décroisent les mots de la prison de leur sens et qui souvent démarrent par le côté du manque.

Les diverses  sections du recueil sont comprises entre deux parties d’un texte en italique à structure différente, écrit sur un ton et un esprit qui tranchent sur le reste. Un lyrisme plus étouffé, plus proche de la confidence, plus musical : J’ai … dessiné sur ta robe tout le désir que j’ai de toi. Le recueil balance entre deux voix, l’une plus dure sous la lèvre à peine écorchées des rizières/ la margelle de ton sexe l’autre plus douce : Et les yeux du chat sur les branches/ Font naître un oiseau comme si la chose apparaissait par simple désir. Gerin en appelle à l’amour dans toutes les directions parfois jusqu’à la douleur, en étroite relation avec des éléments naturels. L’abstrait et le concret s’appuient l’un sur l’autre pour libérer un dire que l’on sent plus rêvé qu’accompli.