Pas encore et déjà, de L. Guilbaud

par : M.H Prouteau

 

Luce Guilbaud, originaire de Vendée, est peintre et poète. Avec les recueils Pas encore et déjà et Trame, nous entrons dans le cheminement intime d’une femme. Une histoire fragmentée se devine sans note en bas de page, comme dit un vers, c’est dire si elle demeure énigmatique. Du elle qui entame le texte au il, silhouette entraperçue, nous ne saurons rien. Un homme et une femme se cherchent, se séparent dans un mouvement troublant. Le vers s’élance sans majuscule, la ponctuation a disparu, l’italique surgit, un blanc bouscule la scansion. Quelque chose s’est défait, amour perdu, épreuve singulière, séparation ? C’est une poésie très incarnée qui dit simplement les corps qui se frôlent, s’évitent : gestes liés aux plis des draps.

Il est souvent question de rêves dans ces recueils mais ils sont cassés, évoqués en creux, amour, mariage, traversée qui n’ont pas eu lieu. L’haleine furieuse des regrets, le naufrage possible de la parole donnée, par contre, sont bien là. Un conditionnel dit l’inaccompli : ils auraient pu s’aimer. Dans Trame, l’infinitif pousse l’impersonnel à l’incandescence, construire d’abord l’escalier. Est-ce pour atténuer la douleur d’un rendez-vous manqué sur un quai de gare ? Un demain pointe timidement, apportant sa palette d’émotions, les objets ont une présence intense et singulière, roses trémières, ancre de bateau, photos d’enfants : l’été viendra peut-être après les larmes. Nous repartirons avec les fleurs qui tiennent les vieux murs. L’écriture allie l’économie de mots et la densité. Luce Guilbaud sait capter avec force l’étrangeté et la fragilité du bonheur, qui est à l’image de cette chorégraphie mesurée mais noire de barques  vides qui clôt le livre.

 

Article paru dans « Encres de Loire », numéro 63, revue trimestrielle gratuite du livre en Pays de Loire.