Yeats : le poète irlandais réédité

 

     Prix Nobel de littérature en 1923, William Butler Yeats (1865-1939) nous revient en force, par la magie de la réédition,  grâce à deux livres qui nous donnent la juste mesure de son immense talent.

     Le premier – Le crépuscule celtique – rassemble des histoires et des légendes populaires recueillies par l’auteur dans son île natale, à l’image de ce que firent, en Allemagne, les frères Grimm ou, en Bretagne, Hersart de la Villemarqué et Emile Souvestre. Il s’agit, pour la plupart, d’histoires que le Yeats avait entendues, quand il était enfant, dans le comté de Sligo : récits faisant intervenir des fées et des elfes, à moins qu’il ne s’agisse d’histoires plus prosaïques mais toujours mêlées à des croyances occultes.

     C’est la volonté de ranimer une forme de celtisme qui motive, à l’époque, le jeune auteur. Yeats a 28 ans quand la première édition du Crépuscule celtique est publiée. Il en a 37 lors de la deuxième édition (c’est l’objet du livre publié aujourd’hui par un éditeur breton). « Dans ces nouveaux chapitres, comme dans ceux plus anciens, je n’ai rien inventé, écrit le futur Nobel, à l’exception de mes commentaires et d’une ou deux phrases trompeuses afin d’éviter que les relations du pauvre conteur d’histoires avec le diable et ses anges, ou ce qui en tient lieu, soient connues de ses voisins ».

     On retrouve cette « matière celtique » au cœur de la réédition d’un choix de ses poèmes sous le titre Après un long silence. Les mythes propres à son île et le patriotisme qui la traverse (c’est l’époque de lutte de l’Irlande pour son indépendance) constituent la matrice de  nombreux textes : « Méditations en temps de guerre civile », « Pâques 1916 », « Les funérailles de Parnell »…

     Mais il ne faut pas réduire Yeats au poète engagé pour son pays. Des événements personnels donnent chair à de nombreux textes. « Je t’apporte dans les mains respectueuses / Les livres de mes rêves innombrables / Dame blanche que la passion a usée / Comme le ressac use les sables gris-tourterelle », écrit-il dans « Un poète à sa bien-aimée ».

       Lisant et relisant Yeats, lui qui fut aussi bien influencé par le mouvement symboliste que par le théâtre nô japonais, comment ne pas être frappé par sa parenté spirituelle avec une certaine littérature chinoise ou japonaise, comme dans ce poème écrit en 1890. « Je vais me lever et partir à présent, partir pour Innifree / Y construire une petite cahute d’argile et de claies / J’y aurai neuf rangs de fèves, une ruche pour mes abeilles / et je vivrai seul dans la clairière bourdonnant d’abeilles ». Cet engouement pour la nature et la contemplation, propre à de nombreux poètes d’Extrême-Orient comme d’Extrême-Occident, se retrouve également dans ce poème écrit quarante ans plus tard, en 1936 : « Peinture et livre demeurent / Un arpent d’herbe verte / Pour prendre l’air et faire de l’exercice / A présent que s’en va la force du corps / Minuit, une vieille maison / Où rien ne bouge qu’une souris ».

      William Butler Yeats avait le don de la simplicité mais aussi la pleine conscience que la poésie devait nous mener ailleurs : « On ne peut donner corps à quelque chose qui vous transporte, écrivait-il, si les mots ne sont pas aussi subtils, aussi complexes, aussi remplis de vie mystérieuse que le corps d’une fleur ou d’une femme ».