Choix de poèmes

 

AUX BRAISES DE L'ENTRELACS INITIAL

L'exploration du temps à reculons par une série d'emboîtements qui font penser à des miroirs est un tremplin qui permet d'autres bonds, d'autres plongées qu'une fausse réponse perdue. La première de ces plongées s'effectue dès la fin du premier écho incantatoire.

 

*

LE CRÉPUSCULE VACILLANT

I

c'est ici
cathédrales d'eau
elle font frémir les précipices

l'écorce prométhéenne se fige encore
un phénix naîtra des terrains vagues
des ruines d'un sonnet d'huître

 

II

le venin des astres mord le rubis fondant

éclosion d'une main
le mime s'écroule

 

III

dans les entrailles d'une étoile un emblème de péril

 

*

 

LA GERMINATION DES SQUELETTES

Toute cellule est entièrement entourée d'une membrane et contient un cytoplasme d'apparence agréable dans lequel flottent nos utopies.
Les objets du quotidien fondent l'un dans l'autre, échangent leurs qualités sensibles, retrouvent entre eux plusieurs voies de communication semi-liquides.

Les hiéroglyphes imprévus traduisent l'altération de la brume,
suscitent d'autres phénomènes atmosphériques prodigieux ou inquiétants,
mais leur cycle reproductif est conditionné par la contradiction sociale.

 

*

 

LES RACINES DU MASQUE

sur un dessin de Pascale Dubé

 

dans la vallée médusée
à l'origine intense et mortuaire
la pierre inquiète se couvre le visage
pour demeurer cloîtrée longtemps
parmi les divinités souterraines

 

*

 

JORGE CAMACHO

J'ose cracher sur la mort et je mords le cachot de la joie
Mes mâchoires cassent la cage d'os

Le chaos jauge la roche du mage

 

*

 

L'AUBE PÉTRIFIÉE

à Jacques Lacomblez

les parures du vent
la sève des glaciers
la rosée du vitrail
les bactéries fossilisées sous la fine écorce cristalline
                               interrogent le voyageur immobile

 

*

 

GUY ROUSSILLE

la mer et le volcan s'unissent au centre de chaque corolle
le diagramme d'un fruit s'ouvre aux éruptions luxuriantes
le ciel éclot dans l'océan d'une libellule

 

*

 

JORGE KLEIMAN

Au large de son île natale, les immeubles labyrinthiques apparaissent et disparaissent comme des éclats de verre sur la table, ou comme le rayonnement d'une noyade.