CHEF-D’ŒUVRE

 

Ce matin j’ai de nouveau rencontré le vieux peintre local,
armé d’un feu de folie prophétique
dans les yeux. Il distribuait aux passants des photocopies
signées de billets de un dollar.
Chef-d’œuvre, disait-il à chacun, regard perdu
au fin fond des galeries de son crépuscule intérieur.

Les rues battaient au rythme des passages étroits,
telle une pensée des fins des temps. Dans les banlieues commençait
la liturgie florale du printemps.

Je suis attablé à l’ombre d’un tilleul géant.
la lumière prend l’emprunte de ses connaissances souterraines.
Un monde calqué croit au-dessus du ciel noir d’un double express,
sous le signe de notre recherche de sens. J’entends distinctement,
au-dessus de moi, une ébullition de joie biblique
dans les cœurs infimes des oiseaux.

 

Traduit du serbe par Boris Lazić