Petit silence de nuit

 

Les vraies questions ne se posent pas,
ne sont plus posables.

René Lapierre

Où se trouve le haut ? le bas ?
On a beau faire attention, en vérité des fois tout est renversé.
Même les bords. Le cœur. Même la joie
à saveur de naufrage.

On ne peut rien contre le choc, l’à pas de loup
du choc de la rature.
À l’insu de soi, un X criant sur le visage.

 

***

Pas douée pour rester en un seul morceau
derrière une fenêtre de nuit. Ça tient pourtant
réussi, le petit silence de mort 
qui encombre à hauteur d’âme.

Et ce qu’on prenait pour un simple effacement
s’est fracassé contre ce froid d’ennemi. 
Et ce qu’on prenait pour un dur nuage a volé en éclats.

 

***

Quand tout est froissé, que deviennent
l’ombre des phrases et leur surdité de guerre?
Où suis-je – temporairement même – dans cet espace chauve?
Que faire après? en attendant?

C’est fou, la chose barbare, la bête
qui se profile ferme, courant, rampant
sa nuque vers quelque part, ses bras plombés. 

 

***

Penchée, désarmée, en deuil de voix
et regarde alentour, et demande si l’improbable
sans chagrin existe, si encore sous des ellipses de blanc
ce qui sauve – comme espèce d’ardeur – approche.

Mourir de moins en moins.
Peut-être dormir un peu en attendant
que cette géographie de clans s’entrouvre.

 

***

Comment penser les bouches se dénouent
lorsqu’on ne distingue plus ni haut ni bas? Tellement ailleurs
où les blocs de mélancolie sont refoulés.
Partout ailleurs, la poitrine rauque, les pleurs, la boue d’ici.

Comme si plus rien ne dépendait de personne
se protéger surtout, ne pas mentir surtout
sa résistance alignée sur l’immense pourquoi.