GUERNICA 2006

 

I

Vieilles capitales de la douleur je me souviens de vous
dans la bouche écumante des chevaux ; dans les vains meurtres de la rancune d'enfance — à présent
mes prières sont mangées par une nuit épaisse. Et je n'ai
ni chandelle de ma mère, ni clef jetée dans le puits, ni chien
pour m'attendre. La maison refuge de fantômes. Terrée
dans son silence et le sable. Et n'existent même plus
les arbres aux larges feuilles ombreuses d'autrefois

pour couvrir ta nudité.

 

 

II

La maison, un mausolée. Des prétendants l'occupent, au cœur dur. Ils invoquent des bûchers funéraires, des meurtres d'enfants
et les capitales de la douleur qu'ils ont bâties.
Les gens terrifiés attendent
déclarations et nouvelles ; les autres bombes que tu laisseras
tel un insecte noir ses œufs sur leur corps. Entre-temps,
les femmes se déchirent les joues, pleurent près des fleuves leurs enfants
défont les étoffes du destin qui leur offrent
un peu de temps dans le chagrin. Le soir
les mères épuisées s'affalent dans les fauteuils
et aussitôt s'endorment. Leur fait signe d'en haut
une lune ensanglantée. Mais pour celles qui vivent par terre
elle paraît étrangère.

 

 

III

Pourtant, vieilles capitales de la douleur je me souviens de vous
tandis que vous sombrez inhabitées dans l'oubli. Une clameur éveille
l'aspic sortant des fondations
qui prophétise une gloire nouvelle aux prétendants : ils reviendront portant des masques de terreur,
toujours membres de la même bande.
Ainsi l'ordonne le sombre monarque de Perse
apportant d'un signe la panique à notre misérable vie.

Et fumeront sans fin les champs de ruines.
Et s'affaleront les mères sombres, pour mourir.

 

 

Traduction de Michel Volkovitch