Carnet de voyages/ Travels notebook / Diario de Viajes

 

En hommage à Blaise Cendrars

 

 

À travers la vitre
De-ton-train-à-six-temps
Voyageuses Voyageurs
Sur le quai, alignés
Dans leurs bagages
S’entassent, s’emmêlent puis glissent

Adieu
Les derniers piétons des rues désertes
Adieu
La ville dans les dernières lumières du jour

Adieu retire tout sur son passage

Et Amour s’éloigne
à travers la vitre
Bientôt un monde vous sépare
Et la glace s’aiguise et t’épuise et épris tu te brises
Tu entends encore ses rires
Qui défilent comme les gares

Ta tristesse est immense

Dans un vieux wagon vide
Vrombissante solitude
Pour le vertige voyage
À travers l’Amérique
Cinq mille cent vingt-trois kilomètres
Ici on dit trois milles deux cents deux miles

Tu es seul et tu penses à Cendrars
La prose du Transsibérien a un siècle
Petite Jehanne de France est morte depuis longtemps

 

Et le train file toujours
M’entraine à l’essence du voyage
Là où je suis né
Où du haut de mon enfance je ressentais la profondeur de mon âme
Où le rêve était ma vie
Où je portais la beauté en coffret
Et tout était encore possible
Et tout à présent n’est plus grand chose

Dehors la nuit colonise le ciel
Thermomètres et sabliers basculent
Et dans mon cœur, moins quinze

Première nuit et première fièvre
Tu n’as vu de la Côte Est que des lumières blanches, jaunes, conjonctives, et du noir, beaucoup de noir
La terre tourne sur elle-même plusieurs fois par heure
Et sur ton gramophone, Bon Diable branche le disque rayé de Tes Rêves :

Te souviens-tu du lieu de ta naissance ? Sur la place principale tu jouais. Le soleil tombant rendait le visage des passants rouge et chaque seconde éternelle. Les secondes passaient rendant les soleils rouges éternels et chaque visage tombant. L’Eternel passant rendait les soleils tombants rouges et chaque visage seconde.

Les montres dégoulinent, les aiguilles se tordent, les cadrans fondent
Ça fait des heures que l’on roule
Des jours peut-être
Tes cheveux grisonnent à vue d’œil
Le contrôleur te demande « tu rentres à la maison ? »
Tu n’as plus de Maison
Quelques rumeurs de Famille, tout au plus
Et tu as peur des e-mails
Ils n’annoncent pas de bonnes nouvelles
Et Amour te regarde par la fenêtre chaque fois
Que les sabots de ta mémoire tremblent
Sur le cimetière de tes souvenirs
Ce cheval sent la mort
Plus que Ton Rêve pour t’aider :

Et je voyage dans ton voyage, revis mille fois chaque seconde. Je chante dans ton silence, mon songe, ton rêve, plus réel que le monde.

Tu es en Moscovie et tu es saoul. Tu as vingt ans et tu montes un traineau à six chevaux au galop. La tempête ivre t’envoie de la neige à la figure.

 

 

 

Et les sabots de ma mémoire tremblent
Amour me regarde par la fenêtre
Le disque s’enraye
« Me haces reír »
Qu’elle disait comme un éclat
Fille d’Amazonie au sourire d’Espagne
Si seulement tu savais m’aimer
Si seulement j’étais aimable

Et le soleil poursuit la lune et semble ne jamais l’atteindre
Les éclipses sont si rares

Et je voyage dans ton voyage, revis mille fois chaque seconde. Je chante dans ton silence, mon songe, ton rêve, plus réel que le monde

Le long du Danube, un vent frais siffle la joyeuse bucolique. Des enfants jouent dans les bottes de foin. Tu n’as rien à craindre. Tu apprécies la tranquillité du paysage. Tu respires le parfum de la terre. Tu en goutes les fruits, les dégustes. De ta main fatiguée tu caresses le bois de ta vieille barque. Tu vois ces collines qui défilent, chacune plus escarpée. Et tu entends les violons voyageurs berçant le paysage bercé par les violons voyageurs berçant le paysage bercé par les violons voyageurs berçant le paysage qui se déroule à travers la vitre du train gris. Tu as vu la nuit glaciale de fin du monde au Nebraska, les plaines enneigées de l’Iowa, le lac Michigan comme une grande mer du Nord et Chicago en oriflamme dans les écumes sauvages
              U

T

 

 

M
A
R
C
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S

 

                                   L
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A
N
S

 

 

                              V

                              I

                              L

                              L

                              E

 

 

Je m’en souviens, c’était il y a quelques heures, quelques jours peut-être
Et la rivière du Colorado nous devance, nous suit, nous devance encore
La nuit océane en pays mormon
La locomotive éclaire les récifs dans les fonds bleus infinis
Et peu à peu Amour sombre dans
Les souvenirs et ses souvenirs sombrent dans
La douleur et ma douleur sombre dans
L’oubli, pour ne laisser que les étendues immenses du Nevada

Et au bout de l’inconfort, vaincu par la fatigue, rebuté par l’odeur des corps enfermés, dans ton demi-sommeil, les rideaux vont et viennent, se gonflent et se dégonflent, dans la respiration du monde. Et les fauteuils aussi, et le wagon, et le train respirent, la nature, les éléments…

Et je voyage dans ton voyage, revis mille fois chaque seconde. Je chante dans ton silence, mon songe, ton rêve, plus réel que le monde

Tu es à Sarajevo. Tu es vieux à présent. Et la mort te fait un peu peur. Tu crois en Dieu. Soudain convaincu de son existence. Juste au cas où.

Et les cloches sonnent, appellent à la messe. Les paroissiens orthodoxes prient déjà à la fumée de l’encensoir. Du haut d’un minaret le Mu'adhdhin chante à la gloire d’Allah. Agenouillé dans la marée de fidèles, à quelques pas à peine tu entends la Amida récitée par un rabbin barbu à la pénombre d’une ménorah. Et tout se mélange dans ta tête : « Baroukh ata Adonaï… Pater Noster, qui es in caelis … Allahu Akbar… Gospode Isuse Hriste, Sine Božiji, pomiluj me grešnog ».

Et dans l’antre du néant
Tu entends encore la symphonie immémoriale des religions
Orthodoxes, juives, musulmanes, catholiques,
Entrecoupée du rythme saccadé de nos mécaniques modernes :
« Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou… »
Et les voix susurrent « Baroukh ata Adonaï…Allahu Akbar… Pater Noster, qui es in caelis… Gospode Isuse Hriste, Sine Božiji, pomiluj me grešnog ».
Et plus doucement, et plus doucement encore
Et les mécaniques modernes détonnent et détonnent plus fort
« Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou…»
Annoncent la fin d’un rêve.

Vagabonds des étoiles dans ce train aux mille promesses inachevées nous sommes arrivés à San Francisco. Sur Pacific Avenue j’ai vécu ma vie à l’envers. Dans une cellule j’ai voulu être prisme de lumière entre les murs de mon vertige, et j’ai vu la mer. J’ai fini entre les dents du diable : mille chevaux d’écumes que le vent pleut au ciel. C’était la fin de mon voyage et une voix m’a dit qu’il était temps de rentrer maintenant. J’ai revu une dernière fois la ville dans les éclats de lumières, miettes de mon souvenir.

Je voudrais, je voudrais que ce voyage ne s’arrête jamais. Fuir la réalité pour toujours. Au delà du Pacifique, de l’horizon, jusqu’à ce que tout disparaisse.

Et le Japon fleuri les cerisiers
La Chine gong
Le Brésil carnaval
Tombent les masques à Venise
Et les entrepreneurs marchent
Sur Singapour, Moscou, New-York
Sous les tropiques

Les salseros
Havanent
Des processions andines
Où le chaman sacrifie
Où les Hougans, les Péristils
Et partout les chansonniers
Chantent mon agonie-naissance

Un jour j’ai aimé Amour
Et Amour est morte.

Maman, le monde est si cruel et tu ne m’as rien dit. Parfois je préfèrerais ne pas exister, ou à peine. Et pour seule once de présence un regard, et tout raconter :

Les cinq mille cent vingt trois kilomètres de rails
Les montagnes enneigées de l’Utah,
Le désert triste et ses buissons prêts à mourir,
Les vallées oranges du Colorado,
Presque aussi belles que sa peau,
Son soleil rouge-à-lèvre de Californie
Et le vent de l’Ohio qui fait frémir
Comme sa démarche d’enfant,
Le vide de son absence perdu dans les vallées du Nevada,
Remballez, remballez tout et rangez dans un coin, car c’est la fin de mon voyage et demain je rentre seul, dans l’immense nulle part du monde.

 

 

 

Travels Notebook

 

Translation by the Author
Corrections in English provided by Farahn Morgan

 

A tribute to Blaise Cendrars

 

Through the window
Of your six-sound rhythm train
Travellers
Along the platform, aligned
In their luggage
Pile-in, entangle and slide

Goodbye,
The last walkers in the deserted streets
Goodbye
The city in the last daylights

Goodbye takes everything away

And Love stays behind
Through the window
Soon a world separates you
And the glass sharpens and wears you out and in love you are smashed
You can still hear her laughs
Cat-walking like the train stations

Your sadness is immense

In an old empty coach
Throbbing loneliness
For the vertigo travels
Across America
Five thousand, a hundred and twenty three kilometers,
Here we say three thousand two hundred and two miles
You are alone and you think of Cendrars
The prose of the Trassiberian is a century old
Little Jehanne of France is long gone

 

And the train still dashes,
Takes me to the essence of the journey
Where I was born
Where from the high of my childhood I could feel the deepness of my soul
Where the dream was my life
Where I held beauty in a box
And Everything was still possible
And Everything is not much anymore

Outside the night colonizes the sky
Thermometers and hourglasses tip over
And in my heart, minus fifteen

First night and first fever
You have seen of the East Coast only white, yellow, connective lights, and a lot of black
The earth turns around itself several times per hour
And on your gramophone, Good Devil plugs the scratched record of Your Dreams:

Do you remember your place of birth? You were playing on the main square. The falling sun turned passers-by faces red and every second eternal. The seconds passing by turned suns red eternal and every face falling. The Eternal passing by turned the suns falling red and every face seconds.

Watch drips, its hands bend, dials melt
We have been on the road for hours
Maybe days
Your hair turning gray
The ticket inspector asks you « are you going home ? »
You don’t have a home
Some rumors of a Family, at most
And you are scared of e-mails
They don’t bring good news
And Love watches you through the window every time
That your memory’s hoofs shake
On the cemetery of your reminiscences
This horse smells like death
Only Your Dreams to help you:

And I travel in your travel, live each second a thousand times. I sing in your silence, my daydream, your dream, more real than the world.

You are in Moscovia and you are drunk. You are twenty and you drive a galloping six-horse sledge. The stone storm throwing snow to your face.

 

 

And your memory’s hoofs shake
Love still watches you through the window
The record skips
« Me haces reír »
She was saying like a sparkle
Daughter of Amazonia with a Spanish smile
If only you knew how to love me
If only I was lovable.

And the sun pursues the moon and never seems to reach it
Eclipses are so rare

And I travel in your travel, live each second a thousand times. I sing in your silence, my daydream, your dream, more real than the world

Along the Danube River, a fresh breeze whistles the joyful bucolic. Children play in the sheaves. You have nothing to fear. You enjoy the landscape’s tranquility. You smell the land’ smell. You taste its fruits, delighted. Your tired hand caresses the wood of your old small boat. You see hills passing by, each one steeper. And you hear the traveling violins cradling the landscape cradled by the traveling violins cradling the landscape cradled by the traveling violins cradling the landscape unrolling across the window of the gray train. You have seen the frozen night of Nebraska and the end of times, the snowy plains of Iowa, Lake Michigan as a big Northern Sea and Chicago as an oriflamme in the savage spume.

                                                                                                                                    V
                                                                                                                                    E
                                          W                                                                                      R
                                           A                                                                                       T
                                           L                                                                                        I                                   C
              Y                           K                                                   T                                 C                                   I
              O                          E                       I                           H                                 A                                   T
              U                          D                      N                          E                                 L                                   Y

 

 

I remember now, it was a couple of hours ago, maybe days
And the Colorado River precedes us, follows us, and precedes us again
The night oceans in the Mormon country
The locomotive lights the reefs in the infinite blue depths
And slowly Love sinks into
Memories and memories of her sink into
Pain and my pain sinks into
Oblivion, to leave but only the immense stretches of Nevada

And at the end of discomfort, defeated by tiredness, put off by the smell of bodies locked in for too long, in your half-sleep, the curtains come and go, inflate and deflate, in the world’s breathe. And the seats also, and the car, and the train breath, the nature, the elements…

And I travel in your travel, live each second a thousand times. I sing in your silence, my daydream, your dream, more real than the world

You are in Sarajevo. You are old now. And death frightens you a little. You believe in God. Suddenly convinced of its existence. Just in case.

And the bells ring, call for the mass. The Orthodox parishioners are already praying at the censer smoke. From the top of a minaret the Mu’adhdhin sings to the glory of Allah. Kneeling down on your prayer rug, a few steps away you hear the Amida recited by a bearded rabbi in the dim light of a menorah. And everything blends in your head: « Baroukh ata Adonaï… Pater Noster, qui es in caelis … Allahu Akbar… Gospode Isuse Hriste, Sine Božiji, pomiluj me grešnog ».

And in the nothingness den
You still hear the immemorial religions’ symphony
Orthodox, Jewish, Muslim, Catholic,
Halting with the broken rhythm of our modern mechanicals
« Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou… »
And the voices whisper « Baroukh ata Adonaï… Pater Noster, qui es in caelis … Allahu Akbar… Gospode Isuse Hriste, Sine Božiji, pomiluj me grešnog ».
And slowly, and slower still
« Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou…»
Announcing the end of a dream.

Stars’ vagabonds, in this train of thousand unfulfilled promises, we arrived in San Francisco. On Pacific Avenue I lived my life in reverse. In a cell I desired being a prism of light between the walls of my vertigo, and I saw the sea. I ended in the Devil’s jaw: a thousand horses of spume that the wind rains to the sky. It was the end of my journey and a voice told me « it is time to go back now ». I had one last look at the city in its sparkles of light, the crumbs of my memory.

I would like, I would like this journey never to end. Escape reality forever. Beyond the pacific, the horizon, until everything disappears

And Japan cherry blossoms
China gongs
Brazil carnival
Fall the masks in Venice
And the Entrepreneurs walk
In Singapore, Moscow, New-York
Under the tropics
Salsa dancers Havana
Andean proclamations
Where the Shaman sacrifices
Where the Hougans, the Presitils
And everywhere the singers
Sing my agony-birth

One day I loved Love
And Love died.

Mother, the world is so cruel and you told me nothing. Sometimes I would rather not exist, or barely. A glance as the only ounce of presence, and tell everything:

The five thousand one hundred and twenty three kilometers of rail
The snowy mountains of Utah
The sad desert and its dying bushes
Colorado orange valleys
Nearly as beautiful as her skin
Her California lipstick sun
And the Ohio wind that makes you quiver
Just like her childish walk
The emptiness of her absence lost in the Nevada valleys
Wrap-up, wrap-up everything and store it in a corner, because it is the end of my journey and tomorrow I will return alone, in the immense nowhere of the world.

 

 

 

Diario de Viajes

 

 

Traducción por el Autor
Correcciones en Español por Alexandra González

 

Homenaje a Blaise Cendrars

 

A través de la ventana
De tu tren de seis tiempos
Viajeras Viajeros
En el andén, alineados
En sus equipajes
Se apilan, se enredan y deslizan

Adiós,
Los últimos peatones de las calles desiertas
Adiós
La ciudad con las últimas luces del día

Adiós retira todo en su paso

El Amor se aleja
A través de la ventana
Pronto un mundo los separará
Y la ventanilla se afila y te agota y amando te rompes
Todavía oyes sus risas
Que desfilan como las estaciones

Tu tristeza es inmensa

En un viejo coche vacío
Soledad abrumadora
Para el vértigo viaje
A través de América
Cinco mil ciento veintitrés kilómetros
Aquí se dice tres mil doscientas y dos millas

Estás solo y piensas en Cendrars
La Prosa del Transiberiano tiene un siglo
Pequeña Jehanne de Francia murió hace tiempo

Y el tren todavía vuela
Me lleva a la esencia del viaje
Donde yo nací
Donde de la altura de mi infancia sentía la profundidad de mi alma
Donde el sueño era mi vida
Donde llevaba la belleza en un joyero
Y todo era todavía posible
Y todo ahora es poca cosa

Afuera la noche coloniza el cielo
Termómetros y relojes de arena basculan
Y en mi corazón, bajo quince

Primera noche y primera fiebre
Has visto la Costa Este, solo luces blancas, amarillas, conjuntivas y negro, mucho negro
La tierra gira sobre sí misma varias veces por hora
Y en tu gramófono, el Buen Diablo pone el disco rayado de Tus Sueños:

¿Te recuerdas del lugar donde naciste? En la plaza principal jugabas. El sol cayéndose poniendo el rostro de los transeúntes rojo y cada segundo era eterno. Los segundos pasaban poniendo los soles rojos eternos y cada rostro cayéndose. El Eterno pasaba poniendo los soles rojos cayéndose y cada rostro segundo.

Los relojes gotean, sus agujas se retuercen, las esferas funden
Hace horas que andamos
Días quizás
Tus cabellos se vuelven gris a simple vista
El controlador te pregunta " ¿Te vuelves a casa? "
Tu ya no tienes casa
Algunos rumores de Familia si acaso
Y tienes miedo a los e-mails
No traen buenas noticias
Y el Amor te mira por la ventana cada vez
Que los cascos de tu memoria tiemblan
Sobre el cementerio de tus recuerdos
Este caballo huele la muerte
Solo Tus Sueños para ayudarte:

Y viajo en tu viaje, vuelvo a vivir mil veces cada segundo. Canto en tu silencio, mi ensueño, tu sueño, más real que el mundo

Estás en Moscovia y estás borracho. Tienes veinte años y montas un trineo tirado por seis caballos galopeando. La tormenta salvaje te envía nieve a la cara.

Y los cascos de mi memoria tiemblan
El Amor me mira por la ventana
El disco se raya
"Me haces reír"
Dijo Ella con una carcajada
Hija de Amazonia con la sonrisa Española
Si solo supieras amarme
Si solo fuera amable

Y el sol sigue la luna y nunca parece alcanzarla
Los eclipses son tan raros

Y viajo en tu viaje, vuelvo a vivir mil veces cada segundo. Canto en tu silencio, mi ensueño, tu sueño, más real que el mundo

A lo largo del Danubio, un viento fresco sopla la feliz bucólica. Niños juegan en los pajares. No tienes nada que temer. Disfrutas la tranquilidad del paisaje. Hueles el perfume de la tierra. Pruebas sus frutas, las saboreas. De tu mano cansada acaricias la madera de tu barco viejo. Ves las colinas desfilando, cada una más pronunciada. Y escuchas a los violines viajeros arrullando el paisaje arrullado por los violines viajeros arrullando el paisaje arrullado por los violines viajeros arrullando el paisaje que se desenrolla a través de la ventana del tren gris. Has visto la noche glacial del final del mundo en Nebraska, las llanuras nevadas del Iowa, el lago Michigan como un gran mar del Norte y Chicago como una oriflama dentro de las espumas salvajes

                                                                                                                                                                 V
          A                                                                                                                                                     E
          N                                                                                                                    C                             R
          D                                                                                                                     I                              T
          A                                                                                                                     U                             I
          S                             P                                                                                     D                            C
          T                             O                                    L                                               A                             A
          E                             R                                    A                                               D                            L

 

Recuerdo, fue hace unas horas, unos días quizás
Y el río Colorado nos adelanta, nos sigue, nos adelanta
La noche oceána en país Mormón
La locomotora alumbra los arrecifes en los fondos azules infinitos
Y poco a poco el Amor se hunde en
Los recuerdos y los recuerdos se hunden en
El dolor y el dolor se hunde en
El olvido, para dejar sólo las extensiones inmensas de Nevada
Y al final de la incomodidad, vencido por el cansancio, repelado por el olor de los cuerpos encerrados, en tu entre sueño, las cortinas van y vienen, se inflan y desinflan, en la respiración del mundo. Y también las sillas, y el coche y el tren respiran, la naturaleza, los elementos…

 

 

Y viajo en tu viaje, vuelvo a vivir mil veces cada segundo. Canto en tu silencio, mi ensueño, tu sueño, más real que el mundo

Estás en Sarajevo. Ya eres viejo. Y la muerte te da miedo. Crees en Dios. De repente estás convencido de su existencia. Solo por si acaso.

Y ya las campanas tocan, llaman a la misa. Los parroquianos ortodoxos ya rezan al humo del incienso. Desde un minarete el Mu’adhdhin canta a la gloria de Allah. De rodillas en la alfombra de fieles, a pocos pasos apenas oyes la Amida recitada por un rabino barbudo en la penumbra de un menorah. Y todo se mezcla en tu cabeza: "Baroukh ata Adonaï... Pater Noster, qui es in Caelis... Allahu Akbar… Gospode Isuse Hriste, Sine Božiji, pomiluj me grešnog. "

Y en la guarida de la nada
Todavía oyes la sinfonía inmemorial de las religiones
Ortodoxas, judías, musulmanas, católicas,
Intercalada con el ritmo entrecortado de nuestras mecánicas modernas:
"Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou ..."
Y las voces susurran "Baroukh ata Adonaï... Pater Noster, qui es in Caelis... Allahu Akbar… Gospode Isuse Hriste, Sine Božiji, pomiluj me grešnog. "
Y más suave y más suave todavía
Y las mecánicas modernas desentonan y desentonan más fuerte
"Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou Tchoukoutchoukou ..."
Anunciando el final de un sueño.

Vagabundos de las estrellas en este tren con mil promesas inconclusas hemos llegado a San Francisco. En Pacific Avenue viví mi vida al revés. En una célula quería ser prisma de luz entre las paredes de mi vértigo, y vi el mar. Terminé entre los dientes del diablo: mil caballos de espuma que el viento llueve al cielo. Era el final de mi viaje, y una voz me dijo que ya era hora de regresar. Vi una última vez la ciudad en los resplandores de luces, migajas de mi recuerdo.

Deseo, deseo que este viaje no se pare nunca. Escapar de la realidad para siempre. Más allá del Pacífico, del horizonte, hasta que todo desaparezca.

Y el Japón florece los cerezos
China gong
Brasil carnaval
Se caen las máscaras en Venecia
Y los empresarios marchan
Sobre Singapur, Moscú, Nueva York
Bajo los trópicos
Los Salseros
Havanan
Procesiones andinas
Donde el chamán sacrifica
Donde los Hounganos, los Péristiles
Y todos los cantantes
Cantan mi agonía-nacimiento

Un día amé el Amor
Y el Amor murió.

Mamá, el mundo es tan cruel y no me dijiste nada. A veces preferiría no existir, o apenas. Y por única onda de presencia una mirada, y contarlo todo :

Los cinco mil ciento veintitrés kilómetros de rieles
Las montañas nevadas del Utah,
El desierto triste y sus arbustos dispuestos a morir,
Los valles anaranjados del Colorado,
Casi tan hermosos como su piel,
Su sol rojo, barra de labios de California
Y el viento de Ohio que emociona
Como sus andares de niña
El vacío de su ausencia perdido en los valles de Nevada,
Despachan, despachan todo y guardan en un rincón, porque es el final de mi viaje, y mañana regreso solo, en la inmensa ninguna parte del mundo.