Aleksey PORVIN, Poèmes traduits par Eric Boury

par : Eric Boury

 

Né à Leningrad, Aleksey Porvin est poète et traducteur. Il a publié ses poèmes dans des revues comme World Literature Today, Cyphers, Saint-Petersburg Review, Ryga Journal, SUSS, Words Without Borders, Fogged Clarity, The Straddler, The Dirty Goat, Action Yes, Barnwood International Poetry Mag, Otis Nebula, New Madrid, The Cafe Review, The New Formalist etc.

Porvin est l'auteur de trois recueils de poésie en russe - "Les ténèbres sont Blanches" (Argo-Risk Press, Moscou, 2009), Poèmes (New Literature Observer Press, Moscow 2011) et “Le soleil de la côte en détail d'un navire" (INAPRESS, Saint-Petersburg, 2013). Plusieurs poèmes d'Aleksey Porvin ont récemment été sélectionnés pour le Prix Andrey Bely Prize (2011, 2013) et il est le lauréat du Russian Debut Prize (Prix du jeune poète russe) (2012).

 

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4 poèmes d'Aleksey Porvin

         1

 

Le vase qui tombe salue le sol
de ses fleurs et de son eau trouble,
le cercle de verre brisé
jonche le parquet, où le coupable -     

chaque éclat crisse tout en cruauté vernie -
s'est réfugié sous la garde-robe
bien que toujours à portée de l'eau, comme
chaque bruit est à portée du silence.

Un minuscule éclat de verre explore l'entaille
& cherche un semblant d'âme au fond du doigt
Il ne s'en trouve aucun dans la veine limpide,
pas un seul & maintenant n'est nulle part ;

mais il est transparent & par conséquent                                                                              
capable de voir,
à travers lui-même il contemple la douleur :
le lieu - une goutte de sang,
un angle mort à la surface du verre.

 

           2

Les branches sombres déclarent forfait
le vent se referme sur lui-même ;
quelque chose en moi daignera-t-il
consigner leur souvenir ?
Le vent a échoué - ici
il y a de l'air, des pierres et des brindilles        
- que reste-t-il en eux ?
Tout ne saurait périr.

L'automne gardera-t-il souvenir
de moi ? Quelle faculté
de mémoire est la sienne ?
Vent, rapporte les branches.

Continue ta route - laisse ici toute chose -
Je me souviendrai de toi :
offrant les vestiges des ultimes
rameaux du jour.

 

3.

 

Obliquant sur le chemin, vers la musique,
nous nous enrôlerons avec la pluie,
faute de mieux  :

salut chéri,                                                                  
ouvre la route -
ta demeure grandit
à cette résonnance, où il n'y a personne.

Tu as beaucoup d'amis
qui, ayant entrepris une distante ambulation,
n'atteignent pas leur destination.

Nous sommes passés dans la soirée, mais
sans trouver la porte :
finalement, il est apparu que c'était toi.

La pluie se lèvera pour nous ;
Tu seras aussi strict qu'un instrument de mesure
dans tes questions :

mais sans cacher les yeux humides,
l'eau sublime, nous lave
avec quelque chose qui tient de la solitude.

 

                 4

 

Un oiseau marche sur le toit du grenier,
sur les corniches, comme s'il était une main :
tap, tap, tap - permettez-moi
de frapper, chaleureux et de concevoir...

De quoi ma main est-elle lourde, quand les plumes
des doigts et les pulsations des becs - les tiens ? - sont chauds
Le sang est-il en réalité aussi vaste que le vol
en cette année qui a fondu ?

Ce murmure est celui de mon sang, de mon enfant non-né* :
C'est moi qui suis là sur le toit, et parfaitement satisfait
C'est mon choix de venir ainsi frapper à ta porte
Toi qui n'es pas ma destinée.

 

 

Traduction : Eric Boury