Chronique du veilleur (30) : Pierre Dhainaut

 

 

 

 

 

              Pierre Dhainaut s’est toujours tenu sur un seuil. De là, il regarde vers le ciel, le grand large, l’infini. « Nulle part notre lieu, mais un poème en est la porte. »  Un art des passages, qui rassemble articles de critique parus en revues et poèmes, nous dit, d’une voix forte et généreuse, la confiance que la poésie instaure entre l’écrivain et son lecteur, l’air pur qu’il lui offre de respirer : « C’est pour respirer moins mal que, très jeune, j’ai eu recours au poème. »  L’idée centrale de sa pensée est que « les poèmes sont des avancées, ils n’ont de valeur que s’ils nous incitent, auteurs et lecteurs, à poursuivre. » Pierre Dhainaut suscite et accompagne la plus belle des aventures, celle du poème en allé, toujours en train de naître :

 

Aurait-il atteint le bord, un poème
persiste à chercher la syllabe
qui le fera retentir, irradier :
il s’apprête à rejoindre
ce lieu où les mouettes sont plus blanches,
où il pourra parmi tant d’autres
exalter la parole,
parfaire une naissance…

 

C’est ainsi qu’il n’y a jamais de chute dans un poème, car rien ne retombe, rien ne se ferme. Les poèmes, nous dit Pierre Dhainaut, sont « ascensionnels », « ils nous redressent, nous regardons par les fenêtres. » Quel sera  leur destin ? Qui peut savoir ? Le poète n’en est que le transmetteur, celui qui délivre ces messages, en partie secrets, que d’autres auront à transmettre à leur tour, dans le bonheur partagé d’une contemplation de beauté. L’œuvre n’est donc pas très différente de la vie même, elle est appelée à avancer, à vibrer, à suivre une route d’air et de souffle.

La suite intitulée, comme ce livre, « un art des passages » semble, à la fin du volume, inscrire une manière de testament au soir d’une existence tout entière vouée à la poésie, « dans la lumière inachevée » :

 

Tant que s’éclairent, d’accord,
un poème, un visage,
la mort n’a rien à dire.

Ne transmets qu’une esquisse,
laisse au poèm
le soin d’aller plus loin.

Comme un parfum une âme,
d’un poème à l’autre
notre haleine est libre.

 

Les admirations esthétiques et littéraires de Pierre Dhainaut sont multiples et paraissent toutes se compléter, en allant dans une même direction, celle de la beauté et de l’absolu. Je ne citerai que cette phrase d’un article consacré au tableau d’Alfred Manessier, Blés après l’averse, contemplé dans le Musée d’art contemporain de Dunkerque, la ville où habite Pierre Dhainaut :

 

                   La beauté n’est pas ce refuge où nous nous arrêterions pour savourer nos traces, apaiser nos peurs, nous retrancher du monde, elle est ce qui, ne s’accommodant d’aucune trace, surmonte la peur, mobilise le meilleur de nous-mêmes, en permanence aux limites de nous-mêmes.

 

Le meilleur du grand poète Pierre Dhainaut se trouve, n’en doutons pas, dans Un art des passages, et nous lui en sommes très reconnaissants.