Mohammed Mekki Ibrahim : poète soudanais en résistance

par : Essia Skhiri

 

Mes amis soudanais souhaitent que leur poésie soit lue dans le milieu culturel français et c'est pour celà que j'ai décidé de traduire des poèmes soudanais pour en faire une anthologie...

Mohammed Mekki Ibrahim est un poète soudanais, né à  El Obeid, la capitale de l'Etat du Nord Kordofah où il  a fait ses premières études. Il a poursuivi ses études secondaires  à Khortguet, dans l’une de plus importantes écoles de Soudan. Il a eu son diplôme de l'Université de Khartoum, Faculté de droit, d’où  il a rejoint le ministère des Affaires étrangères en 1966. Il a travaillé durant trente années au sein de ce ministère mais il a été obligé de partir lors de la révolution islamiste. Mohamed Mekki Ibrahim s’est installé aux États-Unis pour poursuivre son œuvre et sa lutte contre le gouvernement usurpatoire.

poèmes de Mohammed Mekki Ibrahim

 

(Traduit de l’arabe en français par Essia Skhiri)

 

Le peu de nectar, c'est moi... Et tu es l'orange...

Oh! Mon Dieu!
Oh! La métisse!
Tu es un bar
Meublé du sable
Oh! La belle aux yeux noirs
Oh! La belle tressée d'un poème d'une chanson
Oh ! La rose aspergée de toutes les couleurs
Le peu de nectar, c'est moi
Et tu es l'orange
Oh! La belle aux pieds corpulents
Enceints  d'enfants
Oh! La belle, un peu négresse, un peu arabe
Tu es mes quelques paroles
Devant Dieu

***

 

Celui qui t’a achetée, s’est procuré la fragrance du clou  de girofle
De souffles d’une soirée
Ou, il se peut qu’il ait acheté
Les côtes du buste  d‘une île
Il se peut aussi qu’il ait  acheté le buste de l’île,
La vague de l’océan
Les bras du matin
Et ses étreintes…
Celui qui t’a achetée
A  aussi acheté un fourreau/ étui pour la plaie
Et une élégie pour le deuil
Celui qui t’a achetée
A acheté l’histoire de nos pleurs
Et les générations de l’esclavage
Celui qui t’a achetée,
M’a acheté, moi-même, aussi
Oh ! La métisse !
Et bien
Serais-je le vendeur de mon visage
Et de mes paroles devant Dieu

***

Qu’ils interrogent la moelle de palmiers

Si un jour, ils ont aperçu

Un sable lavé et irrigué

Pareillement  au tien

Et qu’ils demandent aux bras du golfe

Quand est ce qu’ avec un peu de ta beauté

Le rêve a-t-il séduit la nymphe

Et qu’ils demandent aux bataillons de conquéreurs

S’ils ont vu une confrontation pareille à la tienne

Et les jours ne sont que des offrandes

 

***

Qu’ils se renseignent
Et la toute belle lunaire va leur raconter
Quelques poésies
Célébrant  tes seins lors des fins nuits
Et qu’ils se renseignent encore plus
Et l’épée et les livres vont en parler.

***

Oh ! L’orange
Ils ont décidé de te déguster
Pour qu’il n’y ait plus du nectar
Au sein de la vallée
Ils ont violé cette terre
Pour installer un grand marché
Aux péchés
Et les voilà régnant
Et la cruche et la cuve demeurent
Et te vignobles n’ont jamais cessé de donner
Et les chopes s’entrechoquent

***

Secoue vers toi le tronc de la source
Oh ! La métisse
Et purifie-toi
De l’affliction de ton passé
Dans le rêve et dans l’obstination/ volonté
Agite vers toi le nombril du monde
Les tours de forteresses se réveillent
Les abeilles ont parcouru les pâturages
Et le nectar te salue
Le rouge Orient/ Levant
Et la grâce te couvrent
Nous galopons et ils marchent en arrière
Jusqu’à ce que nous achevons le parcours

***

Le sommeil flotte dans les yeux de tes amants
Et ils t’ont quittée submergés de rêves
Les régimes de dattes ne périssent jamais
Et les oiseaux de la baie n’ont pas de supplice
La source s’est assoupie
Et tous les êtres s’endorment
Et les fragrances
Et les lanciers de tes anges gardiens
Sont dressés

***

Quand tu les dépasses/ envahis
Je te parviens en bondant
Les cheveux mouillés
Et des roses plein les bras
Et alors
Laisse moi la porte ouverte
Et ma chance dans le lit chalereux
Et porte pour moi des voiles d’effluve
Et des chansons d’arbres et de ruisseaux
J’ai beaucoup de merveilles  à dire
A tes seins lors de l’aube

***

Range!
Le temps de la rencontre est éphémère
Attends que je te rejoigne le matin
La mer est paisible
Et le bruissement des paniers est poésie
Et les nénuphars affluent
Dans l’ étang du palais
Et les abeilles ont comblé les calices de fleurs
De leurs embrassades
Et me voilà, maintenant, plus resplendissant
Que je ne l’ai jamais été
Et me voilà aussi jeune
Que je ne l’ai été
Dans ma jeunesse
Et me voilà enveloppé d’une nouvelle lumière
Contemple moi
Le flux s’approche
Et - je suis partant-
Et avec la nouvelle marée
Je reviendrai
Est-ce que tu m’as reconnu ?
Dans le vent et les vagues
Dans la vigoureuse tempête
Et dans ma mort et dans ma résurrection
Je surviendrai
Et bien, dis
Que tu m’as aperçu
Puisque c’est toi
Qui as sculpté mes traits et ma genèse
Sur les roches et le sable
Et entre les deux parsecs
Et je suis devenu
Sur les tablettes d’amour
souvenir

***

Maintenant, je ne suis ni rassasié
De ta chair parfumée
Ni désaltéré ni déversé
Coulant de tes seins, je m’en vais
Et alors promets moi
De m’inviter à ton lit
Une autre nuit
Dont ta poésie et le parfum de tes cheveux
Font une éternité

***

Et ma couleur s’entremêle avec la tienne
Ainsi que ma genèse
Et je fonds en toi
Étreins moi 

Et aux tombes des fleurs tropicales
Joins moi
Réunis moi avec les pleurs
Et les générations de la servitude
Rassemble mes limbes/ mon cadavre
Et enveloppe moi dans tes bras
Qu’elle est douce ta fragrance
Que tu es forte
Que tu es inexpugnable
Nue et négresse
Tu es
Et tu es mes certaines paroles devant Dieu…